Le constat alarmant de Sophie Dubourg

jeudi 16 mars 2017

  • imprimer

La Directrice Technique Nationale ne mâche pas ces mots et fait un constat alarmant sur l’attitude de la FEI et le peu de cas qu'elle fait des positions européennes sur l'évolution du sport. Sophie Dubourg s'est concertée avec ses homologues européens et un large consensus existe pour dénoncer les récentes mesures annoncées par la FEI. Les fédérations européennes entendent bien faire valoir leurs positions lors du prochain forum du sport. Seront-elles enfin entendues ?

Sophie Dubourg largeL

Scoopdyga.photo

Sophie Dubourg

Quelle est la position de la FFE sur les dernières mesures annoncées par la FEI ?

Sophie Dubourg : "La même que celle de toutes les fédérations européennes et nous avons cosigné un projet de lettre ouverte au président de la FEI, Ingmar de Vos. On espère ne pas en arriver là et que, alerté par tous nos mails, il va nous donner rapidement une réponse collective. Ce projet de lettre a, en tout cas, engendré un échange constructif entre les présidents et les directeurs sportifs de chaque fédération européenne. Nous avons décidé de nous réunir fin mars pour harmoniser nos réponses et nos souhaits avant le "Sport Forum" (10 et 11 avril à Lausanne). Nous allons donc rédiger un document commun avec des objectifs communs, en concertation aussi avec l'association des cavaliers, celle des propriétaires et la Fédération européenne. 

Aujourd'hui, nous sommes d'accord sur le fait que nous ne pouvons plus fonctionner comme ça. Nous n’avons aucun intérêt à nous retirer de la FEI, mais nous sommes adhérents d'une instance qui n'organise rien en direct. Et au minimum, nous devrions avoir un peu d'écoute. La Fédération européenne organise 80% des compétitions et ses propositions devraient être retenues, même s'il ne faut pas oublier qu'il y a d'autres continents et qu'il ne faut pas leur fermer la porte. Il faut trouver un juste milieu et que le dialogue existe, mais le "jumping comité" de la FEI est complètement opaque.

La position de la France, qui est également celle que véhicule Kevin Staut (lire ici) est que :

Premièrement : nous sommes contre l'harmonisation des tarifs d'engagement. C'est un non sens et c'est vraiment ne pas prendre du tout en compte ce qui se passe en Europe.

Deuxièmement :  il faut être clair. Nous ne sommes pas contre le Global Champions Tour, mais contre le fait qu'il y ait des traitements différents entre les uns et les autres concernant la ranking-list et les pay-cards.

Troisièmement : nous nous insurgeons contre le manque de concertation en amont de la FEI. Là, c'est un peu la goutte d'eau qui fait déborder le vase ! Déjà au sujet des formats olympiques, on avait eu des groupes de travail pendant deux ans et les compte rendus de la FEI étaient complètement différents des débats. Il y a le fond et il y a la forme. C'est juste hallucinant la façon dont la FEI adopte des points de règlement sans aucune concertation.  Et même quand elle organise une concertation, via un forum du sport, elle ne retient rien des propositions qui sont faites et d’autres choses sont validées en Assemblée générale."

Avez-vous eu un retour des organisateurs français ?

S.D. : "Je les avais sollicités sur le sujet qui a mis le feu au poudre  : le nouveau système d'invitations des "high level "qui a été étendu aux CSI2 et 3*. Il s'appuie sur la ranking-list. C'est une méconnaissance totale de la population de cavaliers. J'ai demandé un retour à chaque organisateur français et nous avons fait une réponse forte à la FEI. Nous avons été suivis par la Belgique, la Suisse et l'Italie, mais la FEI nous a répondus : "on verra ça plus tard !"

Est-ce que vous êtes inquiète sur l'avenir des Coupes des nations ?

S.D. : "Super inquiète oui.  Je comprends qu'il faille penser un sport plus moderne, car le nerf de la guerre c'est l'argent, l'équitation coûte cher aux Jeux olympiques... Nous sommes déjà fragilisés, mais en même temps nous devons vraiment réfléchir pour que notre sport soit médiatisé, que nos formats soient mieux compris, sans dénaturer nos trois disciplines. Nous sommes bien conscients de ça, mais aujourd'hui avec le tournant que prend le notamment le Global mais pas seulement -  il y a aussi le Grand Slam - , les sponsors investissent fort dans ces circuits au détriment d'un circuit qui est le seul qualificatif pour les Jeux olympiques. Quand on sélectionne pour une Coupe des nations, on peut prendre un cavalier 600e au classement mondial, car la sélection relève des prérogatives de la fédération. Dévaloriser ce circuit-là, c'est oublier la compétition par équipes. Le projet de Jan Tops est assez illisible, on présente des équipes qui sont des écuries donc des sponsors. C'est de l'argent qui fait du bien, mais au détriment du sport. Et puis on ne parle plus que d'argent et on ne parle plus d'un sujet qui nous a animé il y a deux ans et qui s'aggrave : c'est le clash de dates. On se demandait comment la FEI pouvait valider une date du Global en face d'une Coupe des nations. Il y avait alors 13 étapes, l'année prochaine il y en aura 20 ! Cette année, nos meilleurs cavaliers nous interrogent déjà : « est-ce que le CSIO de Rome compte pour la sélection pour le championnat d'Europe car il y a un Global en même temps ? ». Le calendrier devient compliqué et on n'en parle plus. Et dans deux ans, on ne parlera plus non plus de la pauvreté de la dotation des Coupes des nations et des Grands Prix CSIO. Je suis super inquiète parce qu'on voit les applications concrètes dès maintenant. Nous avons la chance d'avoir douze CSI5* en France, qui nous permettent de rentrer entre 10 et 15 couples au moins une fois par mois, mais il faut penser à ceux qui en ont moins. C'est flippant !

Je suis pour le Global et pour tous les autres beaux circuits qui apportent du développement, de la visibilité, qui font vivre une économie, mais nous avons perdu l'arbitrage de la FEI, comme nous on l'exerce au sein de la FFE parce qu’on rencontre les mêmes problèmes avec les concours nationaux. Il y a un moment où on ne se fait pas d'amis, mais on a une ligne de conduite, on essaie de protéger tous les niveaux et c'est ce que doit faire la FEI sans influence, notamment en ce moment américaine. Les Etats-Unis ont une économie très différente de la nôtre. Penser pouvoir harmoniser des tarifs en prenant comme repère les Américains, c'est mal connaître la situation. Je suis inquiète à moyen terme et à très court terme quand on voit le planning des concours, les échéances, le championnat d'Europe. Nous avons une formidable adhésion en France, nous avons des propriétaires, des cavaliers qui respirent pour le drapeau mais est ce que ça va durer ?

Notre mot d'ordre c'est : il ne faut pas être contre le Global et contre l'évolution qui est nécessaire, mais il faut protéger le sport en protégeant la ranking et les sélections. Notre dernière proposition (européenne) était de revaloriser les points des Coupes des nations et des Grands Prix CSIO (que les cavaliers en prennent 28O au lieu de 190). Cela ferait déjà la différence, et comme c'est à partir de cette ranking qu'ils peuvent intégrer le Global, ils auraient alors aussi un intérêt à courir les Coupes des nations. Mais le regret que nous avons aussi, c’est que tout le monde ne soit pas informé de nos propositions. Nous avons fait des écrits, mais c'est comme s’ils n'existaient pas. C'est dur !"

Comment expliquez-vous le manque de sponsors pour les Coupes des nations ?

S.D. : "Aujourd'hui, nous demandons la transparence des contrats de sponsoring. On a bien compris que la société Longines détient la ranking, qu'elle est sur le circuit des Coupes des nations car elle traite les résultats, mais elle a la main mise sur le circuit et empêche un autre partenaire de rentrer. Nous, ce que nous demandons au titre de la Fédération européenne, c'est d'ouvrir le sponsoring, car aujourd'hui tout est verrouillé par Longines et Rolex.

On peut aussi s'interroger sur les compétences de la FEI à trouver un sponsor. Pourquoi Jan Tops trouve des millions d'euros, pourquoi Rolex investit des millions d'euros, pourquoi Longines investit sur le circuit de Christophe Ammeuw, mais pourquoi la FEI n'arrive pas trouver des sponsors pour redorer le blason des Coupes des nations et y distribuer des gains corrects ? Encore mardi, Ingmar de Vos a proclamé "nous n'avons toujours pas trouvé de sponsor".  Je pense qu'il n'en cherche pas, ce n'est pas possible. Aujourd'hui, nous sommes plus inquiets qu’en colère. Nous n’avons jamais eu autant de cavaliers, d'argent et de compétitions, et nous sommes quand même soucieux. C'est dur, heureusement qu'il y a ce consensus européen, et nous espérons que nos positions seront enfin entendues et relayées au prochain Forum du Sport."

Propos recueillis par Claire Feltesse

  • imprimer


On passe à table

Marine Haÿ vous emmène déjeuner chez un professionnel du monde équestre.
Dans l’intimité de sa cuisine, il se livre avec authenticité.

La semaine dernière
On Passe A Table 82 Manuel Godin

HS elevage

Guide de l'élevage

Recherchez un étalon parmi les 700 étalons du Hors-Série et obtenez des informations sur : la génétique, le prix de saillie, le type de monte, le propriétaire…

annuaire cheval

Annuaire du cheval

Recherchez une personne ou une société



ÉQUItagada
EQT 39 les coins

Le Widget des actualités Leperon.fr

Les actus de Leperon.fr sur votre site

L’information de Leperon.fr, écrite par la rédaction des équipes de L’Eperon, mise à jour en temps réel, consultable gratuitement sur votre site internet.
>> Installer le widget Leperon.fr