Montjeu, une empreinte qui n'est pas près de s'effacer
jeudi 29 mars 2012

montjeu illustr
montjeu illustr

Montjeu est mort, jeudi matin, à l’âge de 16 ans, en son fief de Coolmore, en Irlande. C’est une lourde perte que celle de cet authentique champion, en compétition, puis au haras.

Montjeu incarnait, à lui seul, toutes les valeurs traditionnelles de l’élevage européen. Gagnant de onze courses, de 2 à 4 ans, dont six groupes I, il était à son meilleur sur la distance classique, où il signa ses cinq victoires majeures, dans le Prix du Jockey-Club, l’Irish Derby et le Prix de l’Arc de Triomphe, à 3 ans, puis dans le Grand Prix de Saint-Cloud et les King George VI & Queen Elizabeth Stakes, à 4 ans. Né sous le signe du Derby français –ancienne façon, cela va de soi–, en tant que fils de Sadler’s Wells, deuxième de Darshaan dans la fameuse édition de 1984, petit-fils de Top Ville, lauréat en 1979, et arrière-petit-fils de Tennyson, dauphin, malheureux, de Roi Lear, en 1973, il était issu, en outre, d’une famille maternelle de stayers, sa mère, Floripedes, ayant remporté le Prix de Lutèce et s’étant classée deuxième du Prix Royal-Oak. Frère utérin de Floripedes, Dadarissime s’octroya également le Prix de Lutèce, ainsi que les Prix Vicomtesse Vigier et de Barbeville. La famille est, par ailleurs, celle d’Ababoumi, Acacio d’Aguilar, Dear Doctor, Généreux Génie et autres Le Mamamouchi, tous chevaux de 2.400 mètres et plus.

Ainsi Montjeu n’avait-il pas, en fin de compte, un profil commercial, mais il avait le principal, c’est à dire la classe et le « papier ». Au reste, les associés de Coolmore ne s’y trompèrent pas, qui l’achetèrent, pour moitié, dès ses 2 ans et en furent, ô combien, payés en retour. Entré au haras chez eux, à 5 ans, en 2001, Montjeu –dont on rappellera qu’il fut élevé en France, par sir James Goldsmith, avant d’y être entraîné, par John Hammond– allait faire mieux que répondre aux attentes placées en lui, engendrant champion sur champion, dont trois vainqueurs du Derby d’Epsom, Authorized, Motivator et Pour Moi, tenant du titre, et trois gagnants de l’Irish Derby, Fame and Glory, Frozen Fire et Hurricane Run, lequel aurait dû s’adjuger aussi le Prix du Jockey-Club, si celui-ci n’avait été lamentablement raccourci, en prélude à ses succès dans l’ « Arc » et les « King George ». Parmi les autres produits les plus talentueux de Montjeu, tous lauréats de groupe I, on citera, par ordre alphabétique, Corre Caminos, Jukebox Jury, Masked Marvel, Montare, Montmartre, Sarah Lynx, Scorpion, St Nicholas Abbey et tutti quanti. Heureusement, à l’heure de sa disparition, nombre de ses fils sont étalons, dont plusieurs en France, à commencer par Montmartre, sachant que nous avons aussi son demi-frère, Le Fou. Bref, Montjeu ne nous quitte pas sans laisser d’empreinte et gageons que celle-ci n’est pas près de s’effacer.

Vidéo à voir sur www.paris-turf.com