Astier Nicolas "Je commence à ronger mon frein"
mercredi 05 décembre 2018

Astier Nicolas et Vinci de la Vigne
Septième des JEM de Tryon, Vinci de la Vigne a rejoint Kazuma Tomoto. Le Japonnais évolue en Angleterre dans les écuries de William Fox-Pitt © Images'Inn Photographies / Eric Knoll

Après la mise à la retraite de son olympique Piaf de B'Neville en début d'année puis la vente de Vinci de la Vigne, son compagnon d'aventure à Tryon, Astier Nicolas se consacre aujourd'hui pleinement à la formation de sa relève. Croisé au détour des allées du Salon du Cheval de Paris, le complétiste tricolore s'est confié sur son état de forme, son travail hivernal, ses espoirs, mais avant tout sur son envie de courir à nouveau les plus belles échéances mondiales.

La saison de concours complet est désormais terminée, comment allez vous et comment abordez-vous l'hiver ? 

Ça va très bien. Nous sommes sur le mois le plus calme de l’année. J’ai pas mal de jeunes qui sont rentrés au travail. Les vieux chevaux terminent leurs vacances, je leur en donne toujours en novembre, cela s'étend souvent jusqu’en décembre. Les jeunes sont rentrés en octobre et remis progressivement au travail. Il y a eu quelques achats de trois ans en novembre que l’on a débourré. J’aime travailler les jeunes parce que j’apprends beaucoup d’eux. D’ailleurs je ne sais pas si je ne préfère pas travailler les jeunes mais concourir avec les vieux ! 

Le départ de Vinci de la Vigne laisse un vide dans votre piquet de haut-niveau. Sur quelles montures misez-vous désormais pour les championnats à venir ? 

J’ai Babylon de Gamma et Alertamalib'Or pour prendre la relève. Ils ont des qualités un peu différentes mais ce sont deux très bons chevaux. Alertamalib'Or est le cheval destiné à aller aux Jeux olympiques de Tokyo, de là à dire qu'il va y aller, c’est encore autre chose. Je suis réaliste, il ne suffit pas d’avoir un bon cheval pour y aller, il faut que l'on soit prêt. D’ici là, mon cheval peut se blesser dix fois ou faire une contre performance, même si cela j’en doute moins parce que j’ai confiance en lui. Ce cheval je l’adore, j’ai de l’estime pour lui, c’est la même chose pour le sélectionneur. La partie la plus incertaine, c’est qu’il me faudrait plus de chevaux pour viser une échéance comme ça. Deux ans de préparation, c’est long et cela fait beaucoup de poids à porter sur les épaules pour un seul cheval. Il avait un collègue d’écurie de huit ans qui s’est blessé cette année, il est maintenant tout seul. 

On parle souvent de préparation physique pour le cheval, qu’en est-il de la vôtre ? 

Elle existe, par exemple j’ai séché un peu pour Tryon. Je pense que j’ai perdu quatre kilos la semaine du cross, le but étant d’être plus léger. Ce n’est pas tout de faire attention à son matériel et de l'avoir le plus léger possible, il faut être fit. Mon cheval a fait un cross des plus parfaits, sans accroc, très fluide et malgré ça, je suis pile à l’heure. Avec quelques kilos de plus sur le dos, on peut se dire que le cheval aurait pu perdre quelques secondes. Ça, ça change le sport. Avec une seconde de plus sur le cross je perdais deux places et je descendais neuvième donc évidemment il faut se préparer. A Tryon, comme je montais moins et que je n’avais qu’un cheval on a tendance à reprendre du poids. Quand on monte énormément de chevaux au quotidien, on se sent fit. Personne ne m’encadre pour le moment mais c’est un souhait que j’ai, Je me suis déjà blessé à plusieurs reprises et j’ai quelques irrégularités dans mon fonctionnement. 

Comment abordez-vous la saison 2019 ? 

Je suis encore et toujours dans une phase transitoire. Il y a les championnats d’Europe où j’aimerais bien emmener Alertamalib'Or mais il n’est pas qualifié parce qu’il s’est fait mal au glôme avant Boekelo. Avant tout, il s’agit de le préparer pour en faire un bon cheval pour les Jeux Olympiques, les championnats d’Europe sont forcément idéaux pour cela. Babylon va redoubler, c’est un cheval que je ne veux pas rendre précoce, je le trouve un peu plus tendre que son aîné. J’ai dans l’optique de former des chevaux au top pour le haut-niveau et ce sont les deux sur lesquels j’espère pouvoir m’appuyer. D’autres me plaisent aussi mais ils sont encore plus jeunes, leur formation prend énormément de temps. Si un bon cheval d’âge veut rejoindre mes écuries, il est le bienvenue. En attendant, il faut prendre son mal en patience, je dois dire que je commence à ronger mon frein parce que les concours comme Badminton et Burghley sont avant tout les raisons pour lesquelles je fais ce sport.