Guêtres postérieures : le règlement FEI doit évoluer d'urgence

samedi 14 avril 2018

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Le passage des postérieurs démesuré d'Admara sous la selle de Carlos Lopez hier soir lors de la deuxième étape de la finale Coupe du monde Longines FEI de saut à Bercy a choqué et vivement relancé le débat sur l'interdiction des guêtres postérieures. Malheureusement, rien ne bouge à la FEI ! La preuve, nous pouvons republier telle quelle l'enquête que nous avions déjà sortie en décembre 2016 dans notre magazine pour dénoncer ce dopage mécanique... Et le dessinateur Pierre Milon l'avait très justement illustrée...

Dessin de Pierre Milon largeL

Pierre Milon

Le dessinateur Pierre Milon illustrait dans notre enquête les dérives de ces guêtres postérieures

Voici donc l'extrait de L'Eperon de décembre 2016 :

Disqualifier un couple à la moindre goutte de sang, même accidentelle, mais continuer à autoriser les guêtres postérieures qui peuvent nuire aux chevaux et améliorer leurs performances. Cette aberration illustre parfaitement la difficulté d’adapter au mieux les règlements FEI et FFE en matière de protections et harnachements pour garantir le bien-être des chevaux et l’équité sportive en saut d’obstacles. Même s’ils évoluent plutôt dans le bon sens, des incohérences et des problèmes d’application subsistent. En voici quelques exemples concrets.

« T’as pensé à mettre les guêtres qui font sauter ? » Les stewards n’entendront heureusement plus ce genre de phrases ahurissantes sur les paddocks des épreuves Amateurs. Déjà interdites en catégories Club, Ponam et Jeunes chevaux par la FFE, les guêtres postérieures sont, depuis septembre dernier, également prohibées en Amateur. Alors, pourquoi la Fédération française d’équitation (FFE) et la Fédération équestre internationale (FEI) ne font-elles pas de même pour les épreuves Pro et CSI ? « Comment voulez-vous que nous les interdisions dans les épreuves Pro tant que la FEI n’a pas légiféré alors qu’il y a tant de Nationaux couplés avec des CSI en France ? Le même week-end, un cavalier n’aurait pas le droit de les mettre dans un Grand Prix 150, mais il pourrait les utiliser sur une 135 ou 140 internationale…, illustre Sophie Dubourg, la directrice technique nationale (DTN). Le mieux serait qu’elles soient totalement interdites, mais c’est difficile pour nous d’être plus sévères que le règlement international sur les mêmes terrains… Comment voulez-vous être pédagogiques s’il y a deux poids, deux mesures ? Nous avons davantage intérêt à échanger avec la FEI pour évoluer ensemble là-dessus plutôt qu’avoir un règlement différent. »

Sauf que la FEI, qui a mis en place le contrôle du positionnement et du serrage des protège-boulets juste avant les JEM 2014, ne semble pas encore décidée à franchir le pas. « Nous avons des expertises et des avis très différents sur les effets de ces guêtres postérieures, et nous devons faire attention, car ce sont avant tout aussi des protections pour les chevaux, répond John Madden, vice-président de la FEI en charge du saut d’obstacles. Nous devons mesurer plus précisément leurs effets sur la santé des chevaux et sur leurs performances avant de trancher. Si c’est une question de fairplay, que ça améliore juste la performance, on peut programmer leur interdiction d’ici trois à cinq ans afin que les cavaliers comprennent et s’y préparent. Si c’est une question de bien-être du cheval, en revanche, on les interdira plus rapidement. »

Le lobbying du commerce

Aucune étude scientifique poussée n’a malheureusement encore été menée, mais des vétérinaires, éleveurs, propriétaires et cavaliers avaient déjà témoigné de leurs flagrants effets néfastes dans le dossier présenté à la FEI par Frédéric Cottier, le premier à être monté au créneau sur le sujet, dès août 2014 (lire l’enquête dans L’EPERON n°351). Tous dénonçaient alors déjà « le dopage mécanique » provoqué par le pincement du tendon, les pathologies engendrées par cette hyper extension lombo-sacracle (notamment au niveau du dos et des membres), ainsi que la difficulté, même si les gens ne sont pas dupes, à évaluer la réelle qualité d’un cheval avec toutes les conséquences que ça peut avoir sur l’élevage et sur le commerce. Le lobbying des marchands de chevaux semble d’ailleurs toujours être un des principaux freins à leur interdiction définitive. Un cheval vendu alors qu’il portait des guêtres postérieures alignera-t-il autant de sans-faute sans ? Un cheval évoluant sans sera-t-il aussi démonstratif et donc attractif ? Les prix des chevaux ont tellement flambé en saut d’obstacles que les enjeux financiers sont énormes. Le sport est devenu un business et le cheval une marchandise. Les dotations ont grimpé en flèche pour les meilleurs mondiaux, mais elles ont à l’inverse fondu dans la plupart des CSI moins étoilés et Nationaux, donc la vente des chevaux est aujourd’hui, pour beaucoup de cavaliers, le seul moyen de gagner leur vie face aux frais engagés en compétitions. Cela incite forcément certains à davantage les préparer et/ou utiliser ce genre d’artifices, d’autant que la concurrence et la difficulté des parcours ont, dans le même temps, aussi redoublé.

Les contrôles effectués avant et après les épreuves les plus dotées et les Grands Prix en CSI limitent en partie les abus, mais ils font cruellement défaut aux niveaux inférieurs et ils ne sont, de toutes façons, pas fiables à 100 %. Comment établir précisément la frontière entre l’inconfort, la gêne, et la douleur ? « Les cavaliers sont habitués maintenant, mais nous sommes toujours obligés d’en recadrer quelques-uns. Et nous devons être très vigilants, car certains savent bien y faire pour les serrer quand même », constate Fabrina Lebourgeois, responsable de la Commission des stewards en Normandie. « On nous dit que les guêtres doivent être souples, mais qu’est-ce que ça veut dire ‘’souple’’ ? Et ‘’trop serré’’, c’est quoi exactement ? D’autant que tout dépend aussi de la sensibilité de chaque cheval... On évalue le mieux possible avec nos connaissances et notre bon sens, mais ce n’est pas toujours si simple avec, en plus, tous les nouveaux modèles qui sortent. L’idéal serait que les protections soient homologuées avant d’être mises sur le marché », suggère Patrick Hervé, steward depuis une trentaine d’années. « Pourquoi ce qui serait mauvais pour un jeune cheval ou un cheval d’amateur serait bon pour un cheval de haut niveau ?, interroge à son tour Gérard Longis, steward sur de nombreux 5* français. Je suis également chef de piste et depuis leur interdiction en Amateur, nous avons observé un net recul du nombre de sans-faute. Avant, dans un Grand Prix 120, on devait mettre deux ou trois verticaux à 125 et des oxers de 135 de large pour éviter d’avoir vingt barragistes. Depuis qu’ils ne mettent plus de guêtres postérieures, nous avons laissé la même difficulté technique, mais limité les hauteurs et largeurs. C’est mieux pour les chevaux et ça oblige les cavaliers à mieux monter. »

Si au plus haut niveau, les cavaliers utilisent en général ces guêtres postérieures « seulement » pour donner un coup de rehausse supplémentaire en épreuves à des chevaux déjà qualiteux et bien dressés, beaucoup s’en servent pour compenser des lacunes techniques. Le manque de formation des enseignants et des cavaliers et, par ricochet, le manque de dressage des chevaux sont les principales causes de la course à l’armement en matière de protections et harnachements, mais aussi de leur mauvais usage… Et un abus réalisé par ignorance est-il plus ou moins condamnable qu’un abus sciemment exécuté par un bon cavalier ? C’est encore un autre débat ! Mais les méfaits sur le bien-être du cheval sont de toutes façons les mêmes, donc les Fédérations doivent impérativement essayer de les limiter au maximum.

(...) Et pour ceux que ce sujet intéresse, cette enquête réalisée fin 2016 évoquait également les dérives observées avec les muserolles et embouchures, et tout l'impact négatif sur l'image de notre sport...

Elodie Mas

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0Commentaires

BERNARD M | 15/04/2018 14:29
L’article dit bien l'aberration que représente l'usage actuel de ces guêtres postérieures en saut d'obstacles. Comme le dit Elodie, nous avons le même souci en dressage pour le serrage des muserolles. Sauf stewards compétents et sachant faire preuve d'autorité et de diplomatie (heureusement en FEI ils sont de plus en plus actifs - mais ils ne sont pas obligatoires en épreuves FFE) le contrôle des embouchures reste dans notre discipline à améliorer ... B.Maurel
PHILIPPE P | 15/04/2018 09:54
100% d'accord et heureux qu'un cavalier professionnel porte sur change .org une pétition pour l'interdiction des protège-boulets.
Cette interdiction va remettre en cause la génétique de tous les grands pays d'élevage qui privilégient l'équilibre et la technique de devant au détriment de la bascule et de la force du dos, artificiellement compensés par l'effet coercitif des protège-boulets; le tout pour une plus grande facilité d'emploi et une commercialisation plus rapide.
Le bien-être animal devient une tendance lourde de nos sociétés. Il est préférable de s'y préparer en évitant les prestations outrancières comme celle qui a eu lieu à Bercy .
Faute de quoi ce ne seront plus seulement les protège boulets qui seront mis en cause mais aussi les mors sévères, les cravaches, les enrênements les muserolles serrées, et très vite les courses de trot...pour commencer !
C'est loin d'être gagné face aux lobbies allemands et néerlandais et à leurs représentants à la FEI mais la FFE serait avisée de prendre les devants dans ce domaine au lieu de se réfugier derrière le mutisme de la FEI.
BERTRAND A | 14/04/2018 15:38
Vaste débat encombré d'hypocrisies (surtout de la FEI comme d'habitude) Bien souvent ce ne sont pas toujours les têtes de série qui dressent les chevaux qu'ils montent, ce sont souvent des pilotes dont les montures ont été dressées par des préparateurs. QUESTION: Comment je fais quand je monte dans une 130 élite amateur puis le jour suivant quand je monte dans une 130 Pro 2 ? Un coup je ne peux pas mettre de guêtres à double coques et dans l'autre cas, je les sors de mon placard ? Qui peut me donner la réponse ? Ou alors ayant une licence Amateur, serais-je interdit de les utiliser dans les deux cas ? Ceci serait le comble en donnant encore un avantage supplémentaire au petits Pro.


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