Philippe Guerdat : "Je serai toujours supporter de l'équipe de France"
jeudi 20 décembre 2018

Philippe Guerdat La Baule 2018
Philippe Guerdat, il y a quelques mois, lors du défilé des nations au CSIO de La Baule © Eric Knoll

Après plusieurs semaines d'incertitudes, entretenues par le mutisme de la Fédération française d'équitation, l'information est officielle depuis quelques jours, Philippe Guerdat n'est plus le sélectionneur de saut d'obstacles français. Si le flou demeure sur la réorganisation qui va s'opérer à la tête de l'équipe de France, le Suisse peut enfin essayer de passer à autre chose.

Son sentiment 

"Je n'ai aucune amertume, aucun ressentiment. La seule chose qui me blesse c’est que je suis parti contre ma volonté à un moment donné, mais une fois que la machine était lancée, c’était impossible de faire marche arrière, une fois que la confiance est entamée, de quelque côté que ce soit, on ne peut plus travailler dans de bonnes conditions. Je ne suis pas un type qui aime les honneurs, je ne regrette pas de ne pas avoir été décoré (rires) ou remercié publiquement. Tous les messages de remerciements que j'ai pu recevoir dans le cadre privé m'ont fait autant, si ce n'est plus, plaisir. 

On a tous besoin de repos, il y a dix ans que je ne me suis pas arrêté, mais en ce moment je suis plutôt face à un vide qu'à un calme apaisant. J’ai eu des propositions à gauche à droite, mais je ne veux pas prendre de décision rapide. Je ne sais pas si je vais le faire, pas le faire… C'est une période angoissante. La situation couvait depuis plusieurs semaines mais c'est tellement abrupt malgré tout. Je ne pensais pas qu'on en arriverait là. Il faut que je me reconstruise et que je passe à autre chose. C'est compliqué parce que je suis dans l'affectif et là en l'occurence, je laisse énormément d'affectif derrière moi. Je serai toujours supporter de l’équipe de France. J’ai dirigé d’autres équipes, mais la France, c'est la plus prestigieuse que j’ai reprise. C'est gratifiant mais c'est donc beaucoup plus difficile à quitter. Mais c’est la vie, et attention, il ne faut pas faire de moi un martyr. Il y a des gens malheureux dans le monde, pas en santé, des gens dans le besoin. Ce sont des problèmes que je n’ai pas et je suis heureux dans ma vie, je suis simplement malheureux d’avoir quitté mes cavaliers. C’est à moi de gérer ça et de relever la tête. On dit « un Guerdat se relève toujours » et c’est vrai. On est des gens de la campagne, des gens de travail et on finit toujours par remonter la pente."

Son analyse 

"Le saut d’obstacles français n’est pas en période de crise. Pas du tout. En envoyant une équipe si jeune à Tryon, nous avons fait une transition qui ne s’est pas passée de manière révolutionnaire, certes, mais qui s’est passée dans le calme. Les cavaliers ont beaucoup appris. il y a eu des changements notables dans leur manière de monter en concours après Tryon. Je pense que ça a été une bonne leçon pour eux. Ce sont des couples qui se sont aguerris et qui ont pris du métier.

Au final on se focalise sur le négatif, mais n'oublions pas que cette saison nous avons gagné la Coupe des nations de St Gall, nous avons été 2e à Sopot, Dublin et lors de la finale de Barcelone. On a raté une Coupe des nations à La Baule parce qu’on essayait des choses et on a loupé celle à Tryon mais encore une fois, je le répète pour la millième fois, sur 12 parcours il aurait fallu deux barres et quelques secondes de moins pour que toute cette discussion n’ait pas lieu. Il ne fallait pas non plus peindre le diable sur la muraille pour ce résultat aux mondiaux. Je pense que l’équipe de France a des cracks cavaliers, des chevaux en devenir. Certains ont eu quelques problèmes de chevaux mais ces cycles là existent dans tous les pays ! Il faut regarder autour de nous. Les Hollandais se sont qualifiés (les Pays-Bas ont terminé 5e des championnats du monde de Tryon, ndla) en faisant appel à leur toute dernière cartouche de secours, il n’avait plus de réserve, plus rien alors qu’ils ont dominé la discipline pendant des années. Les chevaux évoluent en cycles de quatre, cinq ans. Le saut d'obstacles évolue tous les ans, et ces dernières années à une vitesse folle avec le nombre toujours plus croissant de concours, avec des parcours toujours plus délicats et des constructeurs toujours plus pointus.

Comme tout va très vite, il y a des moments ou on est un peu à la traîne parce qu’on manque de matériel, de chevaux... Mais je ne me fais aucun souci pour l’avenir de l’équipe de France et pour les cavaliers. Ils sont prêts à relever le défi de la qualification olympique à Rotterdam ! Tout va bien se passer."

Une objection ? 

"Je trouve l'argument concernant le recul des cavaliers français dans le classement mondial, qui mène à celui du besoin d'entraineur, un peu fallacieux. On s’est battus au sein de la fédération, on a fait le maximum pour que, justement, nos cavaliers restent sur des circuits tels que les Coupes des nations et les Coupes du monde, qui rapportent moins de points pour la ranking que le Global Champions Tour. Et vous savez, que vous soyez 7e mondial ou 17e mondial ne change rien du tout, mais rien de rien, dans le système de concours (Philippe Guerdat fait ici référence à Kevin Staut, ancien n°1 mondial, longtemps dans le Top 10 et actuellement 15e mondial, ndla). Et avec le staff on a toujours dit que la ranking n’avait aucune influence. D’ailleurs j’ai pris Alexandra Francart en équipe de France alors qu’elle était je ne sais combientième mondiale. Et a contratrio, il y a des cavaliers français qui se sont approchés du Top 100 et que je n’aurai jamais appelés en équipe parce qu’ils n’avaient pas les chevaux. Cédric Angot était 450e, mais ça ne m’a pas dérangé de le mettre en Coupe des Nations. Philippe Rozier est venu aux JO alors qu’il était loin du Top 100. Honnêtement, je trouve cette argument insidieux. C’est comme cette idée de "remettre les choses à plat et de travailler plus". Je connais par coeur les cavaliers que j’ai dirigés pendant six ans, je peux vous assurer qu’il n’y a pas de fainéants, ce sont tous d’énormes travailleurs qui ont par ailleurs quasiment tous des coachs privés. Et puis bon, on allait pas revenir sur ce système de stages. Nous avons déjà ça pour le championnats et si on regarde autour de nous, dans tous les pays d’Europe, il n’y a nulle part où on fait des stages… Cette envie de revenir à un système d’entrainement des cavaliers est pour moi un peu bancal aussi."