Emmanuele Perron-Pette : "Quoiqu'il arrive, nous n'aurons aucun regret pour Rêveur à ces JEM"
mercredi 19 septembre 2018

Emanuele Perron pette
Emmanuele Perron Pette © Scoopdyga

Suprise lors de l'annonce de la composition de l'équipe de France de saut d'obstacles en partance pour Tryon : Rêveur de Hurtebise HDC, pourtant annoncé à la retraite après sa grosse contre-performance lors de la finale Coupe du monde à Bercy, sera l'acolyte de Kevin Staut. A quelques heures de l'entrée en piste du cheval qui a si bien servi l'équipe de France ces dernières années, sa propriétaire Emmanuèle Perron-Pette revient en détails sur les raisons et conditions qui ont motivé ce choix.

L'Eperon : Tout d'abord, pourquoi aviez-vous pris la décision de mettre Rêveur de Hurtebise HDC à la retraite ?

Emmanuèle Perron-Pette : Lors de la finale Coupe du monde a Bercy, le cheval est l’ombre de lui même. Kevin et moi sommes tristes. Au delà du résulat, nous sommes tristes pour le cheval, il sort de piste avec un score qui ne lui ressemble pas. De là, tous les deux, peut être dans l’urgence et dans la peine, on a pris la décision de le mettre à la retraite. Il faut comprendre qu’on a pris cette décision parce qu’il avait 17 ans, il en aurait eu 14, on n’aurait jamais réagi comme ça. On s’est juste dit « c’est bon, il ne veut plus ». Et puis, une fois rentrés à la maison, lors du check vétérinaire, on se rend compte que le cheval est blessé. Ce qui n’empêche qu’il a quand même 17 ans, donc on ne revient pas sur ce qu’on a dit. On le soigne, comme n’importe quel cheval de sport classique, et il revient super bien. On fait un concours, puis un autre… Et on se dit qu’on ne peut pas le laisser sur Paris, il ne mérite pas ça. On prend donc la décision d’aller courir deux ou trois beaux concours pour lui donner une fin de carrière un peu comme Casall. On voulait lui donner la possibilité de sortir de la compétition par la grande porte sur quelques concours 5*. 

Et là, c'est la surprise, le cheval remonte en puissance et semble en meilleure forme que jamais...

Effectivement, lors de ces beaux concours, il cartonne. C’est le seul cheval français a chaque fois sans-faute et au barrage. Bon, 4 points au barrage parfois, parce que Kevin est gourmand, mais il est classé dans tous les 5* qu’il fait, il est sans faute dans tous les Grands Prix. Je ne change pas d’avis pour autant quant à sa retraite. J’attends juste la performance sur laquelle lui faire tirer sa révérence et Kevin aussi. Et puis l’équipe de France vit certains déboires, économiques parfois, de santé pour d’autres, notamment avec le forfait d’Aquila. Philippe continue ses sélections pour les Coupe des nations, on ressort Rêveur en CSIO (à Aix-la-Chapelle, ndla). Le cheval saute magnifique. On entend même Philippe en sortie de piste sur une video du groom dire "mais c’est pas possible, c'est le meilleur cheval que j’ai en France". Tous les cavaliers demandent à Kevin si c'est lui qu'il emmènera aux Jeux. Et fin juillet, à 9h, Kevin m'appelle : « Je ne voudrais pas te gacher ta journée de vacances, mais qu’est ce qu’on fait ? Qu’est ce que tu en penses ? Le cheval est en pleine forme ». Je lui dis d’accord, mais à condition que le cheval ait toujours envie. Kevin m’assure que le cheval s’éclate. 

D'où le fait qu'il n'ait pas eu la même préparation que les autres pour ce championnat ?

On a pris la décision de l’emmener, mais d’y aller comme si c’était pour un Grand Prix, oui. De ne pas préparer le cheval comme pour un championnat. Il n’a pas fait le stage de préparation par exemple. On l’emmène ici en l’embobinant un peu. On a tout fait pour qu’il croit qu’il est dans un concours normal, dans un cadre classique, pour lui enlever le stress. Rêveur est un cheval très proche de l’homme mais stressé. On a essayé de le rouler pour lui dire « allez, sois cool, c’est comme ailleurs ». On va voir si ça marche ! Mais son retour en équipe de France, c’était à la demande de Philippe Guerdat, tout simplement. 

Vous n'avez pas peur d'avoir des regrets si la compétition ne passe pas comme souhaitée ?

Quoiqu’il arrive, je n’aurai pas de regrets. J’ai tellement envie pour lui qu’il sorte sur quelque chose de bien, qui lui ressemble. C’est un cheval qui a toujours été moins démonstratif qu’Orient Express ou que Silvana, mais avec du recul, c'est celui qui a le plus donné à l’équipe de France. C’est le seul double sans faute de Rio. Personne ne se rend compte, mais c’est le seul cheval français qui sort sans point de temps à Rio ! On n’est pas médaille d’or si il ne tient pas le chronomètre… Ce cheval a toujours donné au bon moment pour la France, et je me dis qu’il a le droit à une belle sortie. Au final, une belle sortie avec la veste de l’équipe de France, c’est ce qui le représente le plus ! Et dans tous les cas, quelle que soit sa performance ici, on le respectera et on l’écoutera. L'émotion est double aujourd'hui,  j’espère vraiment qu’il va bien faire pour la France certes, mais surtout pour lui."