Poulain mort ou orphelin, que faire ?
jeudi 18 avril 2019

© Images'inn/Eric Knoll

En pleine période de poulinage nombreux sont ceux, qu’ils soient éleveurs professionnels ou amateurs, qui ce sont déjà trouvés démunis face à la mort d’une jument ou celle d’un poulain pendant, à la fin ou bien encore quelques jours après la mise-bas. Nathalie Hanriot, la fondatrice de l’association SOS Poulains, visant à mettre en relation des juments allaitantes ayant perdues leur progéniture et des poulains orphelins, partage ses précieux conseils pour faire face à une telle situation.

L’Éperon : Comment est née votre association, SOS Poulains ?          

Notre association a été créée en 2016 car un an plus tôt nous avions justement perdu la maman d’un poulain. Nous sommes éleveurs de quarter horse. Elle est décédée alors que ce dernier n’avait que dix jours d’une tumeur au pancréas foudroyante, puisqu’elle est partie en 48 heures. Nous nous sommes donc retrouvés avec ce poulain de dix jours sur les bras sans savoir quoi faire. Nous étions complètement démunis. Il n’y avait rien qui existait et très peu, voire pas, de communication sur ce genre de cas. Livrés à nous mêmes, nous avons dans un premier temps essayé de faire fonctionner notre réseau en sachant que nous étions déjà au mois de juin donc tard dans la saison des poulinages. Évidemment à cette période, nous n’avons trouvé aucune jument poulinière de substitution disponible. Nous avons finalement dû élever le poulain au lait maternisé jusqu’à ses six mois. Après cette expérience, nous avons convenus qu’il fallait mettre en place quelque chose pour que les prochains éleveurs ou particuliers qui se retrouveraient confrontés à une situation similaire puissent trouver une solution rapidement. Or la meilleure alternative au décès d’une jument ou à celle d’un poulain est toujours d’offrir à l’équidé orphelin une mère ou un petit de substitution. Nous avons donc créé SOS Poulains en 2016, une plate-forme qui permet de mettre en relation les propriétaires de poulains orphelins ou poulinières. Nous avons fait appel à des ingénieurs pour créer ce site très fonctionnel, professionnel et surtout très actuel. Il faut savoir que temps moyen d’adoption est de seulement vingt minutes après la mise en ligne d’une annonce. C’est très rapide. Il est donc nécessaire que quelqu’un s’occupe du site presque en permanence pour assurer sa réactivité face à une importante demande. Sur l’année 2018 nous avons participé à 142 adoptions et enregistré 2182 utilisateurs. On espère pouvoir faire encore mieux ; depuis le mois de janvier 2019, soit sur environ un mois et demi d’utilisation puisque la période des naissances a commencé début février environ, on a déjà recensé 80 adoptions ainsi que 676 utilisateurs. Ce qu’il faut savoir c’est que souvent je n’ai pas le temps de mettre l’annonce que j’ai déjà trouvé preneur, il y a énormément de demandes, bien plus que d’annonces déposées. Comme quoi ce n’est pas un phénomène exceptionnel. Si on tient compte des chiffres : en France, sur les 100 000 naissances annuelles on estime 10 000 décès de poulinières ou de poulains dans les trois ou quatre mois après la naissance. 

Quels conseils donneriez-vous à un éleveur ou à un particulier qui se trouveraient avec un poulain orphelin ? une mère sans poulain ? 

Pour le second cas, c’est plus simple. Le seul facteur physique posant problème est qu’il va falloir arrêter la lactation, ce qui est tout à fait possible chimiquement. Ensuite, il faut vérifier que la poulinière n’est pas de mamite, d’infection, etc dû au fait que la jument ne puisse évacuer le lait qu’elle produit. Il faudra également la surveiller car elle va être affectée par la mort de son poulain et perturbée hormonalement. Dans l’idéal on cherche un poulain de substitution pour réduire l’apparition de troubles psychologiques chez la jument. Contrairement au premier cas, on ne se retrouve pas dans une situation pouvant causer la mort de l’individu.

Pour un poulain orphelin, surtout s’il l'est dès la naissance, on est dans l’urgence car il faut absolument dans les 24 heures, 48 grand maximum, après la mort de sa mère lui trouver une jument de substitution. Ce délai passé, il perd sont réflexe de succion et ce sera alors très compliqué de le nourrir par la suite, et quasiment impossible qu’il le soit par une autre poulinière. Non seulement, la mère risque de rejeter le poulain mais celui-ci ne saura pas téter. Si ce délai est passé, l’ultime solution sera de le nourrir au biberon. Dans ce cas, il faut prévoir un budget conséquent de plusieurs milliers d'euros, avec bien sûr toutes les contraintes que cela implique, à savoir être suffisamment disponible pour nourrir le poulain au biberon toutes les deux heures. Petite difficulté également : trouver des biberons suffisamment grand (3/4 litres). Les seuls existants peuvent être trouvés dans les zoos. Ils sont fabriqués en Angleterre et sont compliqués à faire parvenir. Sinon il faut remplir les biberons au fur et à mesure, ce qui est assez compliqué.

Un poulain orphelin est-il plus fragile, médicalement parlant, qu’un poulain élevé par sa mère ? 

Il y a deux cas de figure à différencier. Le premier : le poulain n’a pas pu boire le colostrum -premier lait - parce que la mère est décédée pendant la mise bas. Dans ce cas, on lui administre des compléments ou un colostrum de synthèse, mais qui malheureusement ne sera jamais aussi efficace que celui de sa propre mère. Le poulain risque de contracter plus de maladies qu’un poulain lambda, car il n’aura pas reçu tous les anticorps nécessaires à une bonne défense immunitaire. Il devra faire l’objet d’une surveillance accrue car en effet ce déficit en anticorps le fragilisera probablement toute sa vie.

Deuxième option : la poulinière est décédée quelques heures ou quelques jours après la naissance du poulain et celui-ci a bu le colostrum. Dans ce cas, il sera aussi robuste qu’un poulain lambda élevé par sa mère et l’éleveur ne devrait pas rencontré de complications particulières le concernant. Bien sûr, un poulain nouveau-né reste un être fragile et il est important de prendre quelques précautions pour le protéger ; ne pas l’exposer au courant d’air, utiliser des biberons propres, etc. 

Sera-t'il plus aisé d'éduquer un poulain élevé au biberon qu’un poulain lambda ? 

Plus tard, le propriétaire rencontrera probablement des difficultés pour l’éducation du poulain, puisque forcément si ce dernier a été élevé par des humains il les considèrera alors presque comme l'un des leurs. Il sera donc difficile de mettre de la distance, de lui imposer des limites et des notions de respect. On se retrouve souvent avec des chevaux trop proches de l’homme, un peu capricieux, qui peuvent même être compliqués au débourrage. Ces facteurs varient également selon les races, certaines sont plus faciles que d’autres. Dans tous les cas, un poulain ne sera jamais mieux qu’entouré par ses congénères. Le contact avec d’autres équidés est primordial pour son développement et son éducation. Le mieux est de lui trouver un « accompagnateur équin », un âne, un poney, un vieux cheval ou autre, qui veillera sur lui et lui enseignera les codes sociaux du toupeau. Le nôtre a par exemple été « élevé » par un falabella, qui vivait avec lui dans son box.

Le site SOS Poulains