Cambi-assaut !
jeudi 01 janvier 1970

Polo-provence
Polo-provence

Enorme ! Tout simplement énorme ce que vient de réussir Adolfo Cambiaso, décidément le plus grand joueur de polo de ces dernières années. Avec sa jeune équipe de La Dolfina, après avoir déjà empoché l’Open d’Hurlingham, il s’impose en finale de l’Open d’Argentine, le summum dans la discipline.

Cambiaso s’est joué de l’une des redoutables équipe de la famille Heguy, Indios Chapaleufu II, sur le score de 20 à 16. Une finale marquée par la double expulsion d’Edouardo et de Nachi Heguy !

Le public est encore plus nombreux cette année. Comme si les Argentins cherchaient à exorciser leurs fantômes avec leur sport favori ? Comme pour effacer un instant de leurs esprits les images de la catastrophe économique au profit du plus grand match de polo du monde, qui affirme, au moins dans ce domaine, la suprématie inégalée des Argentins.Après de longs applaudissements des 30 000 personnes massées dans les énormes tribunes ainsi que sur les balcons des nombreux immeubles de la capitale surplombant le célèbrissime terrain n° 1 de Palermo, les deux équipes peuvent enfin en découdre. Le jeu est tendu, rugueux et peu ouvert, comme c’est souvent le cas lors des premières minutes. Cambiaso essaye déjà de marquer cette partie de son empreinte. Difficile tant la pression est sur toutes les épaules. Dans l’attente de totalement se libérer, il inscrit son premier goal de cette finale, suivi par son coéquipier Sébastian Merlos. Indios II répond par les maillets de Milo Fernandez et de Edouardo Heguy sur corner.

 

Ici, un Fernandez qui brilleComme on l’a vu cette année à Deauville, Milo Fernandez est un merveilleux distributeur. Il joue encore ce rôle de régulateur pour le trio Heguy, alors qu’en face, c’est Cambiaso qui est à la baguette. L’homme est maintenant complètement dans sa partie, déchaîné comme à son habitude, bien décidé à ne pas renouveler l’échec de l’an passé en finale. Cambiaso inscrit les trois goals de son équipe en second chukker. Les Indios resserrent les rangs pour tenir tête à La Dolfina. Pepe et Edouardo Heguy montrent l’exemple pour s’accrocher au score. En fin de deuxième période, La Dolfina mène donc 5 à 4. Pepe Heguy doit faire intervenir les médecins pour un choc finalement sans conséquences. Une troisième période brouillonne prend alors place. Chacun exploite assez bien les nombreuses erreurs adverses. Mais la domination s’inverse, alors que Cambiaso continue son festival avec deux buts supplémentaires, les Indios reviennent à égalité grâce à trois réalisations, deux pénalités d’Edouardo et un goal en action de Nachi. Les deux protagonistes se séparent sur le score de 7-7.

Edouardo Heguy voit rouge !Cambiaso est toujours très concentré et sort le grand jeu qu’on lui connaît. Avec Sebastian Merlos, ils inscrivent un goal chacun mais surtout, ils exploitent les erreurs de débutants incroyablement effectuées par leurs adversaires. Au sein des Indios, plus une flèche n’est assez incisive, les esprits tournent au ralenti, surtout chez Edouardo, qui est très loin de son solide et merveilleux niveau de jeu habituel. La Dolfina reprend l’avantage 9-8. C’est peut-être le tournant du match lorsque les huit champions entament la cinquième période. Après deux petites minutes, stupeur, Edouardo Heguy reçoit son troisième carton jaune pour un marquage intentionnellement dangereux sur Cambiaso, il est expulsé! Entrée en jeu du remplaçant, Sugar Erskine. 7 de handicap, le Sud-Africain est un joueur en devenir mais il est encore bien loin d’un 10. Surtout lorsqu’il faut entrer en cours de partie lors de la finale du plus grand tournoi du monde ! Comme ses nouveaux coéquipiers, Sugar fond au contact de la tornade Cambiaso. Une pénalité de Nachi ne peut effacer le mal que fait Cambiaso avec ses quatre réalisations !

Heguy & Cie s’arrachent pour revenir…A la pause, les mines d’Indios sont déconfites, ils perdent pour le moment 13-9. Les mots sont durs pendant le repos, mais les Indios reviennent remontés comme des horloges et leur jeu est bien aiguillé par un Milo Fernandez à nouveau décisif. Il inscrit d’ailleurs trois goals qui s’additionnent aux deux pénalités de Nachi. Cambiaso limite les dégâts. Avec deux pénalités réussies, il préserve un très léger avantage à son équipe, 15-14.L’avant dernière période est tendue, passionnante et pleine de suspens. La Dolfina semble avoir pris un coup sur la tête. Seul Cambiaso surnage dans ces 7 minutes de jeu. Cette jeune équipe va-t-elle encore craquer sur la ligne à l’image de l’an passé ? Milo Fernandez continue à merveilleusement bien driver ses trois coéquipiers. Il enfonce la défense et pousse l’adversaire à la faute. Ce qui profite à Nachi qui enfile deux pénalités. Cambiaso, encore et toujours lui, sauve le moral des siens en inscrivant le goal de l’égalisation à 16-16.

Les Indios scalpés !Les esprits s’échauffent dans la huitième et dernière période. D’autant que depuis l’an passé on redoute encore plus la période supplémentaire, dite « en or », en cas d’égalité en fin de temps réglementaire. Mais la furie des pistoleros de Cambiaso est trop forte. Même Bartolomé Castagnola et Pite Merlos y vont de leur but, leur unique goal de la partie. Cambiaso remet une double couche pour saigner définitivement les Indios. Avec quatre goals contre zéro dans la dernière, c’est Indios Chapaleufu II qui s’écroule cette année dans les derniers instants de la finale. Rien ne va plus chez les Heguy puisque à 30’’ de la fin, c’est Nachi Heguy qui se fait expulser pour insultes envers les arbitres !

Joyeux Noël Adolfo !La Dolfina s’impose finalement 20 à 16 pour s’adjuger son premier titre à Palermo, première victoire également ici pour les frères Merlos et troisième pour Lolo Castagnola. Si elle continue sur cette lancée cette jeune équipe, de deux an et demi seulement, a le talent pour entrer dans l’histoire mondiale du polo. Avec comme leader, meneur de jeu, buteur… un joueur d’une autre galaxie, Adolfo Cambiaso qui s’adjuge à 27 ans son 4e titre, avec en sus le record de goals inscrit en finale : 16… Joyeux Noël Adolfo !En cette période de fête, souhaitons à tous les passionnés français de polo, petits et grands, de commander au Père Noël la possibilité d’aller voir l’an prochain Cambiaso à Palermo et de peut-être l’admirer dès cet été sur les pelouses de Deauville.