Elles aiment le Polo !
mercredi 25 juillet 2001

Polo-filles
Finale de la Coupe de POlo à Bagatelle. Photo: Halifax

Le polo, très développé en Argentine, notamment, où il peut être considéré comme le sport national, est par tradition un univers masculin, viril et plutôt machiste. Pourtant, de plus en plus de femmes s’y adonnent et certaines d’entre elles sont même professionnelles. Une ouverture, encore timide, mais réelle dans un monde où elles font, cependant, figures d’exception.

Lorsque le polo fit son apparition en Europe, les femmes de la bonne société montaient en amazone et ne s’adonnaient généralement pas aux activités sportives. Soulignons, par ailleurs, que la mentalité de pays comme l’Argentine, devenue incontournable tant comme producteur de poneys que de joueurs de très haut niveau, est assez machiste ! Autant de raisons, indubitablement, qui ont fait de ce jeu, jusqu’à il y a peu un sport d’équipe exclusivement masculin. Cependant l’évolution sociologique de la condition féminine, plus particulièrement au cours de ces trente dernières années, a permis aux femmes d’accéder à autant de domaines typiquement masculins ; alors, pourquoi pas au polo !

Les femmes qui accèdent à un statut professionnel ne sont évidemment pas légion dans le monde. En France, seule Caroline Anier vit de ce sport en « vendant » son talent de joueuse. Elle découvre le polo en s’occupant de chevaux dans une écurie et débute à quinze ans. Michel Gontier, dit Pepito, vice-président de l’Union des polos de France la remarque et lui donne sa chance. « J’y suis arrivée à la sueur de mon front, portée par la passion et la volonté de réussir », confie-t-elle. En 1997, avec 4 de handicap (les meilleurs joueurs français culminent à 5), elle devient la meilleure joueuse mondiale. Professionnelle depuis une dizaine d’années, basée sept mois en Californie durant l’hiver, elle élève et dresse des poneys de polo et passe cinq mois en France pour disputer des matches. « Au polo, les femmes jouent avec les hommes. Les tournois purement féminins sont rares. Il y en a un en Jamaïque en janvier, deux en Californie en avril et en décembre ou encore en Floride ou au Canada. C’est donc surtout un sport mixte où les femmes professionnelles restent des cas rares. Je pense que nous ne sommes pas plus d’une dizaine dans le monde…Etant d’un assez petit gabarit (1,63 m pour 50 kg), je compense le manque de puissance physique par la technique. La qualité des chevaux compte aussi, l’agilité, la rapidité, la maniabilité et la soumission sont des atouts, je passe donc beaucoup de temps à les dresser. »La finale de l’Open de France opposait, le 10 juin dernier, l’équipe d’André Fabre et de ses jeunes joueurs étrangers In The Wings à celle de La Cardonne, seule équipe du tournoi à compter deux femmes dans ses rangs, Caroline Anier et Céline Charloux. « C’est sans doute la première fois, assurait Caroline, qu’une formation à 50 % féminine atteint une finale d’un tournoi à 14 goals. » Eh bien, cette très féminine équipe de La Cardonne l’a finalement emporté à l’issue d’une rencontre disputée, victoire qui erstera gravée dans la mémoire de Caroline. Philippe Perrier commente : « En 1999, le polo de Chantilly a organisé un championnat d’Europe féminin, une première dans ce domaine, regroupant quatre équipes représentant la Grande-Bretagne, la Hollande, l’Allemagne et la France. La finale a été gagnée par les Anglaises contre les Françaises. A Bagatelle, le Polo de Paris organise une Coupe des femmes en juin depuis plusieurs années. Cependant, les très bonnes joueuses n’aiment pas trop les tournois féminins qu’elles trouvent insuffisamment performants et préfèrent jouer à plus haut niveau avec les hommes ».Actuellement, la meilleure joueuse mondiale est l’Américaine Sunny Hale qui atteint 5 de handicap. En Angleterre, Claire Tomlinson, elle aussi, était arrivée à 5 de handicap même si maintenant elle joue à 2.

En France, selon Philippe Perrier, une quinzaine de femmes jouent en matches pour un effectif total de quatre à cinq cents joueurs, soit un pourcentage assez faible. Pourtant, ce sont les femmes, paraît-il, qui, aux temps immémoriaux de l’origine du polo, ont inventé ce jeu pour tromper leur ennui dans les steppes de l’Asie centrale. Il semble néanmoins que ce sport séduise d’emblée celles qui s’y intéressent, c’est du moins ce qui ressort de leurs propos. « J’ai découvert le polo par hasard, à l’occasion d’un match à Dourdan qui n’a pas eu lieu. Les organisateurs ont alors proposé aux spectateurs une séance d’initiation. J’ai été emballée instantanément, confie Véronique Empain (0 de handicap). Je pratique depuis bientôt cinq ans, en moyenne quatre fois par semaine, toute l’année. Je joue en match depuis deux ans, avec un seul cheval au début. Ce qui est formidable dans le polo, c’est qu’on peut s’amuser à un certain stade sans forcément être très fort en équitation. Par contre, il est nécessaire de progresser pour évoluer et monter de niveau ; le niveau d’équitation donne de l’aisance dans le jeu ». Discours similaire de la part de Frédérika Tellier (0 de handicap) : « Je suis allée voir un match, et je suis tombée amoureuse. Je m’y suis mise, il y a cinq ans ; je n’étais jamais montée à cheval, mais j’adore les chevaux. C’est un sport où l’on va vite, sans trop d’apprentissage équestre ; il suffit de savoir galoper, s’arrêter et sentir l’équilibre, ensuite on apprend le jeu et le placement. Très rapidement, on se fait plaisir ! Je préfère jouer avec les hommes ; je les trouve plus simples, sans rivalité, avec un meilleur état d’esprit sportif. Et puis, ce qui plaît aux femmes dans le polo c’est aussi l’équipement que je trouve, personnellement, très beau et l’environnement toujours agréable » Il est vrai que le monde du polo s’associe à l’image d’un univers raffiné, chic et élégant souvent utilisée pour la promotion de produits haut de gamme (Ralf Lauren, par exemple) ce qui permet d’attirer les industriels du luxe vers le sponsoring. Mireille Solarz (0 de handicap), quant à elle, vient de l’équitation classique et s’est mise au polo petit à petit, avec son mari et un groupe d’amis, il y a une vingtaine d’années. « Nous avons découvert le polo au Salon du cheval et nous avons été emballés », Mireille Solarz s’est vue attribuer le Trophée Robert Skene en 1984. Offert en 1963 par le joueur américain Robert Skene, handicap 10 de 1951 à 1965, ce challenge est destiné à récompenser le joueur français de l’année ayant fait le plus de progrès et montré le meilleur esprit sportif. Caroline Anier l’a reçu en 1979 et, à ce jour, Caroline et Mireille sont les deux seules femmes auxquelles il ait été décerné. Autre amoureuse des chevaux, cavalière de chasse à courre, entraînée par son mari, Delphine Beck débute, elle aussi avec enthousiasme et déplore que ce jeu ne soit pas plus connu en France. « Du point de vue de l’équitation, ce sont d’autres sensations. Pour l’instant, en phase d’apprentissage, je prends des leçons toutes les semaines et j’espère pouvoir jouer un premier match en septembre ; je suis impatiente ! » Dans le futur, elle espère parvenir à monter des équipes, mais aussi, à mener des actions pour mieux faire connaître sa nouvelle passion en participant activement à la vie du club (en l’occurrence Apremont, comme la plupart de nos interlocutrices, car il faut souligner que le Polo-club du domaine de Chantilly regroupe un tiers des cartes de handicap de l’effectif total de l’Union des polos de France).

Pascal Jamet, entraîneur de polo à poneys, explique « dans les poney-clubs, les filles sont majoritaires (70 à 80 % environ). Le polo en club en récupère une partie. Ainsi, à Paris et à Jardy, sur douze enfants en formation, j’ai 50 % de filles ; à Chamant, les garçons sont minoritaires puisqu’ils ne sont que quatre pour huit filles. Si elles commencent tard, les filles ont beaucoup plus d’appréhension que les garçons qui sont, par nature, plus rustres. Des débuts précoces leur ôtent toute inquiétude et les mettent à égalité. De plus, les filles adorent soigner leurs poneys ; très vite elles savent mettre des bandes, ont le souci de leur récupération et de leur confort après l’effort. En revanche, au début, elles ont tendance à retenir leur maillet de peur de toucher leurs poneys ! Elles travaillent davantage leur style pour améliorer l’amplitude de leur mouvement et sont généralement plus perfectionnistes. Je suis convaincu que le polo-poney palliera les débuts tardifs qui handicapent les filles au niveau du jeu et de la maîtrise équestre. Petit à petit, le niveau va monter et le polo féminin devenir une réalité : Il faut, en outre, encourager le parrainage des grands joueurs vis-à-vis des jeunes comme celui de Caroline Anier à l’égard de Chloé Spoerry, par exemple. »

Actuellement en France, tous les amateurs, et plus particulièrement les femmes, se situent entre -1 et +1 de handicap. Si l’on se réfère à la liste des handicaps, accessibles sur le site internet de l’Union des polos de France (Polosdefrance.com), on constate que, si une dizaine de femmes sont référencées à 0, seules deux apparaissent au niveau 1. Si l’on sait que la moyenne des meilleurs tournois se situent, toujours en France, autour de 6/8 goals (ce qui est déjà énorme pour les purs amateurs), on comprend bien que le niveau 12/14 goals soit trop difficile pour eux et, qu’à handicap 0 ou même 1, ils n’y fassent, le plus souvent, que de la figuration. Les perspectives évoquées par Pascal Jamet, appuyées par son action, remédieront peut-être, à plus ou moins long terme, à la notoriété du polo en général et à l’essor du polo féminin qui reste encore à conquérir.