Hequipole : intégration à la perfection
mercredi 13 septembre 2006

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1er Frédéric Aguillaume (Fr) ; 2ème Lucie Fornecker (Fr) ; 3ème Louise Acker (GB) Crédit photo : Gary Photos / Hervé Garibaldi

Du 8 au 10 septembre, le domaine équestre de Chevillon ouvrait ses portes pour la deuxième édition d’Hequipole à un jumping Pro2, des épreuves handisports, des colloques sur l’équitation et le handicap, et une exposition photo.

Samedi, 18 h, l’épreuve handisport vient de se terminer, les cavaliers rejoignent la piste pour la remise des prix. . Pas une ombre sur les visages, un cocktail sera servi dans une heure, presque tout le monde a tourné sans faute, même les cavalières venues tout spécialement d’Angleterre et d’Irlande pour découvrir cette « bizarrerie » française, le jumping pour les cavaliers handicapés… Le vainqueur de l’épreuve est Frédéric Aguillaume sur Ok Nouveaulieu, il en est bien sûr ravi, mais à lire la pointe d’espièglerie au coin de ses lèvres, une autre performance le rend encore plus jovial : il a dressé son cheval à monter sur le podium «pour éviter de me compliquer la vie à descendre puis remonter avec ma prothèse » (amputé d’une jambe) plaisante-t’il ; Ok sait également ramasser un gant lancé par son cavalier, et Frédéric ne se prive pas de ce petit jeu qui divertit toute l’assistance. A la seconde place, on retrouve Lucie Fornecker, la ptite jeune qui monte avec Leila. Arrivée sur le circuit depuis un an, la demoiselle alsacienne de 22 ans signe un sans fautes au chrono canon, qui lui assure la deuxième place, au nez et à la barbe des vieux de la vieille comme José Letartre ou Didier Tesson.Le lendemain, (dimanche 15 h), , on prend les mêmes et on recommence. Frédéric Aguillaume remporte la deuxième manche juste une seconde devant Lucie. La troisième place du classement cumulé revient à la cavalière Anglaise Louise Hacker sur Goldeau Desroches.

« allez Kirikou ! » toute la table des handisportifs vibre à l’entrée en piste de José Letartre dans l’épreuve nocturne des 6 barres. Le cavalier amputé à partir des genoux aimerait bien égaler son exploit de l’an passé : 1,80 m. malheureusement il est éliminé au troisième tour à 1,60 m. Hequipole est un melting-pot, les cavaliers handicapés qui le souhaitent et qui le peuvent s’engagent dans les épreuves valides. José Letartre est emblématique, mais il n’était pas le seul. Dimanche matin, Didier Tesson allait au barrage du petit grand prix à 1,05 m, Frédéric Aguillaume se classait septième du petit grand prix à 1,15 m, et la veille, Lucie Fornecker arrachait une douzième place dans une épreuve de vitesse à 1,05 mètre

Pour faire vivre le jumping handisport, il faut des cavaliers motivés, mais aussi des chevaux ; Difficile de faire débarquer d’Angleterre une équipe avec ses propres équidés, les conditions matérielles sont encore bien loin de s’y prêter. Beaucoup de cavaliers français ne disposent d’ailleurs pas non plus d’une monture pour tourner dans les concours qui se multiplient. Heureusement pour eux, un cavalier landais pro2 met à leur disposition ses chevaux, les transporte au quatre coins de France pour les concours et coache tout le monde sur le terrain (Lucie Fornecker, Laetitia Bernard, les cavalières britanniques…). A Hequipole, il s’est même payé le luxe de remporter le petit GP du dimanche à 1,15 mètres et de se classer deuxième d’une épreuve de vitesse à 1,25 m, avec Hyper d’Ebcrevon, cheval qu’il confiait à la cavalière anglaise Emilie Lawes, ainsi qu’à la cavalière non-voyante Laetitia Bernard. Il la guidait lui-même avec son autre cheval de tête Goldeau Desroches.

La problématique est désormais récurrente : comment créer une équité entre les cavaliers, tout en permettant à chacun de se faire plaisir et de participer ? Cette fois-ci la question s’est très sérieusement posée pour les déficients visuels. Seuls les nonvoyants ont maintenant le droit d’être guidés en parcours, les malvoyants ne peuvent qu’avoir recours à des indications sonores au sol, ce qui n’est pas sans poser problème à ceux dont les représentations mentales sont perturbées par la visibilité. Les discussions et les réflexions sont donc toujours en cours. Chacun y va de sa proposition, Anglais et surtout Irlandais arrivent avec de solides analyses. A Chevillon, le juge FEI handisport anglais Tony Bott, était venu avec une ébauche de règlement international en main : 3 catégories : handicap visuels, handicaps lourds, handicapés légers. Mais son souhait général est que pour l’instant, chaque nation établisse un règlement interne en s’inspirant de ce que font les autres, et invite des cavaliers étranger pour le tester. Ensuite, un « mix » du meilleur de chaque mouture sera possible. Une chose est sûre, ils veulent développer la discipline, une épreuve de jumping handisport en Angleterre ne saurait tarder, il pourrait même s’agir du CSIO d’Hickstead…

Photo Le Podium du Challenge handisport 1 : 1er Frédéric Aguillaume (Fr) ; 2ème Lucie Fornecker (Fr) ; 3ème Louise Acker (GB)Crédit photo : Gary Photos / Hervé Garibaldi