Isabell Werth : star du dressage
vendredi 18 août 2000

werth amaretto
Amaretto, qui a déjà battu Bonfire, est calme et apprend vite. Ph. P. Llewellyn.

Championne d’Europe, du monde et olympique, l’allemande Isabell Werth , trente et un ans, forme avec Uwe Schulten Baumer et GIGOLO un team d’une efficacité redoutable depuis dix ans.

Isabelle est née le 21 juillet 69 dans une famille d’agriculteurs – éleveurs - cavaliers à Rheinberg, à 60 km au nord de Düsseldorf. Ses parents ont su lui transmettre passion du cheval et équilibre, en selle et dans la vie. Débutant à 7 ans, elle se tourne vers le dressage car son poney refuse de sauter. Le Dr Uwe Schulten-Baumer s’est justement installé en 71 à Rheinberg et, n’ayant pas de manège pour faire travailler ses enfants, cavaliers émérites, il utilise celui du club hippique où monte Isabell. Quand ses enfants abonnent la compétition il fait appel à la jeune fille de 17 ans 1/2.

A l’époque, c’est de Nicole Uphoff que l’on parle. Vingt ans, entraînée par le Docteur, la futur championne olympique de Séoul et de Barcelone vient de remporter le Grand Prix et le Prix Spécial de Lausanne avec REMBRANDT. Mais un an plus tard, juste avant Séoul, elle quitte les écuries du Docteur, laissant toute la place à Isabell. Celle-ci n’a pas perdu son temps et a appris avec une facilité déconcertante les mille et une subtilités du dressage classique. Elle brûle les étapes. De 91 à 98, avec Gigolo, elle obtient tous les titres majeurs hormis l’or individuel de Barcelone.

Cette écurie est unique au monde : cinq chevaux de grand prix (GIGOLO, AMARETTO, ANTONY, WOTTICELLI, GIORGIO S), des résultats record. Le Dr. a mené 5 cavaliers au sommet, dont ses trois enfants.C’est bien sûr un très grand investissement moral et financier. Les bonnes années on couvre juste les frais. Le Dr. N’achète que de jeunes chevaux, lors des ventes aux enchères, et n’en vend pas. Il assure la responsabilité financière de l’ensemble (dont 5 employés), une chance inouïe pour Isabell , qui en est consciente. Deux sponsors patronnent les chevaux, Nissan et FRH (éleveurs du Hanovre).

GIGOLO est arrivé à Rheinberg à 6 ans. Il apprenait très vite, au point d’anticiper les figures. Depuis il a appris la sagesse. Il a aussi son caractère, et ne veut pas partager le manège avec un autre cheval, ni le quitter sans avoir reçu un bonbon. On ne peut pas le sortir au pré, il est fou et risque de se blesser, alors on lui aménage un programme aussi varié que possible. Sa cavalière et lui sont très proches et Isabell se réjouit chaque jour d’aller le monter. Ce phénomène de 16 ans ne l’a jamais déçue et a la santé d’un poulain . Elle espère réussir sa sortie, trouver le bon moment pour sa retraite.

Comme le Docteur, Isabell a son franc-parler, mais n’est pas du genre à polémiquer. Elle a des idées claires et les exprime. Consciente de son rôle, elle est toujours très disponible, ouverte, d’humeur agréable avec les médias. Elle a aussi une volonté de gagner incroyable, un fort pouvoir de concentration et des nerfs solides, même si elle se trouve plutôt émotive. Souple à cheval, elle l’est aussi dans la vie… Elle traverse tout avec légèreté et plaisir, comme ses chevaux. Que de vie dans leurs reprises aussi.Elle travaille dur, alliant études d’avocate, chevaux à monter et élevage familial.

Isabell a dix chevaux en travail. Karsten Peters l’aide à les monter et s’en occupe. Il est important que les chevaux ne fassent pas tous les jours les mêmes exercices, car ils en perdent toute envie. Ils travaillent tous les jours dehors, en balade ou sur la piste extérieure, notamment les jeunes, qu’on laisse « cracher leur feu ». La plupart vont au pré. En effet une grande importance est donnée au moral des chevaux, qui doivent exprimer et développer leur personnalité pour briller en épreuve. On obtient d’ailleurs beaucoup plus en associant le cheval qu’en le matraquant !

Ils arrivent souvent à trois ans. On commence par leur mettre la selle, après avoir attendu qu’ils s’habituent à leur nouvelle vie. Le premier mois ils sont travaillés à la main, sur l’immobilité. On fait ensuite leur musculature, à la longe et au pas. Les premières épreuves se font à 5 ou 6 ans, selon les chevaux, le but étant de les amener tous au niveau Grand Prix. C’est toujours passionnant pour Isabell d’amener un cheval au niveau du Grand Prix : chaque cheval est différent, il faut trouver les boutons… On doit aller vers le cheval, le découvrir, le comprendre, et le prendre comme il est.

Isabell apprécie beaucoup les reprises en musique, mais pense que l’équitation classique doit rester déterminante, même si la Kür est l’aimant de la télévision. Pour rendre le dressage plus populaire, on pourrait encore raccourcir un peu certains programmes. Il serait intéressant aussi de donner des totaux intermédiaires aux téléspectateurs, comme en ski : total de chaque juge après le travail au trot, puis le passage - piaffer et le travail au galop, par exemple. Par contre sur place, cela est exclu car les chevaux risquent d’être dérangés par les réactions du public.