Lettre ouverte à la FEI
jeudi 24 juin 2004

jean d'orgeix archive rotterdam
jean d'orgeix archive rotterdam

Nous nous permettons de vous écrire en raison de la très longue connaissance que nous avons des concours de sauts d’obstacles. Or, aujourd’hui, il nous semble que cette discipline est en danger.

Elle devient d’une effroyable monotonie du fait de la suppression de toutes les difficultés techniques qui en faisaient l’intérêt et la grandeur.Autrefois, les concours hippiques avaient leurs spécialités et leurs tradition. Rome ne pouvait être comparé à Madrid, ni Aix la Chapelle à Londres. Les obstacles étaient extraordinairement variés : barrières, gâtes, claies, talus bretons, murs de toutes sortes, stationnatas, passage de route, bull-finch, haies barrées de toutes tailles, etc. Et cette variété obligeait les cavaliers à monter leurs abords différemment selon la particularité de l’obstacle.C’était « l’art équestre » et cela passionnait les spectateurs.Aujourd’hui, tout est, et DOIT être uniforme. Les obstacles en terre tellement spectaculaires ont été pratiquement interdits et les merveilleux terrains de Lucerne et Dublin, aplatis aux bulldozers.Les distances à l’intérieur des combinaisons étaient extrêmement diverses et les cavaliers devaient varier leurs abords afin de changer les trajectoires en fonction de chaque combinaison.Aujourd’hui, c’est toujours, à quelques centimètres près, les mêmes distances (une ou deux foulées) et les chefs de pistes vont même jusqu’à mesurer « entre » les obstacles pour que les concurrents fassent automatiquement 3, 4… ou 5foulées.Un des plus grands problèmes technique résidait dans la différence de hauteur des obstacles d’un parcours. A titre d’exemple, voici la liste des obstacles du Grand Prix d’Aix la Chapelle de 1975 : une haie barrée de 1m40, 6 oxers variant entre 1m40 et 1m45 sur 1m80 à 85, 6 verticaux de 1m60, un mur de 1m70 et une spa de 1m80 sur 2m20.

Aujourd’hui, les hauteurs sont pratiquement les mêmes tout au long d’un parcours, les chevaux dès le départ peuvent se mécaniser sur une même trajectoire et tous les obstacles se sautent pratiquement de la même manière alors que les différences de hauteur obligeaient les cavaliers à adapter leurs abords en fonction des trajectoires à effectuer.Ainsi, nous arrivons au paradoxe suivant : les élevages ont fait considérablement évoluer la race équine. Nos chevaux sont plus grands, beaucoup plus puissants or incroyablement les parcours tendent à être moins hauts et surtout sans pratiquement plus aucune difficulté technique.Nous assistons alors à ce déluge de parcours sans faute, fastidieux et tristement sans intérêt. Pour 36 partants du Grand Prix de Rome, il y a eut cette années 18 sans fautes, et 16 encore lors du barrage. A Lucerne, dans la Coupe des Nations, 15 sans faute sur 32 partants…Est-ce que ces épreuves peuvent être encore considérées comme des « compétitions sportives » ou seulement comme des « présentations de chevaux » ?Nous pensons que cette évolution de notre sport est profondément regrettable tant pour l’intérêt des compétitions, que pour le public et aussi la grandeur de l’art équestre de l’obstacle. Aussi nous souhaiterions que la F.E.I. étudie des mesures ayant pour objet de redonner à notre sport ces lettres de noblesse sportives et techniques.

Pierre Jonquères d'Oriola et Jean d'Orgeix.Photos d'archive de Jean d'Orgeix à Rotterdam et de Pierre Joncquères d'Oriola.