Marcel Rozier : « J’ai fait le tour du cso »
mardi 12 décembre 2000

Rozier marcel portrait
L'expression malicieuse qui éclaire souvent le visage de Marcel Rozier. Ph. PSV/Konica.

Casaque bleu roi, toque orange, voici les nouvelles couleurs de l’écurie Rozier. Non, pas celles de Philippe, cavalier international de saut d’obstacles, mais bien celles de l’écurie de courses de galop de son père, Marcel. Après Sydney et son épopée des J.O., il a décidé de mettre à profit son brevet d’entraîneur. Le point avec lui sur son année 2001.

Après de longs mois à étudier des livres spécialisés, Marcel Rozier, l’heureux propriétaire du Haras des Grands Champs, s’est décidé à passer son diplôme d’entraîneur de chevaux de course. C’est désormais chose faite. Obtenu à Chantilly, ce dernier lui permet d’entraîner cinq chevaux inscrits à France Galop, l’organisme chargé de la gestion des courses. Un permis privé qui lui ouvre de nouveaux horizons. « Le monde des courses est plus professionnel que celui du saut d’obstacles », lance-t-il. On ne pouvait être plus clair. Il est vrai que ce secteur s’avère beaucoup plus structuré que le monde des sports équestres en général. Marcel a sauté le pas et semble plutôt heureux de son nouveau choix de vie. « Mais je n’abandonne pas du tout mes autres activités », précise-t-il.

Marcel Rozier, malgré ce que l’on peut penser, n’est pas novice en la matière. « J’ai commencé à 12 ans en courses amateurs dans la Bresse », nous dit-il. Beaucoup de cavaliers d’hippique sont un jour passés par cette école, expérience qui semble être utile à l’avenir des compétiteurs. La gagne, voilà la principale qualité recherchée. En tant que cavalier, Marcel l’avait déjà. Mais entraîner ne se fait pas à pure perte. « Un cheval ne peut courir que trois fois dans un mois ». Marcel privilégie pour l’instant les courses « à réclamer ». Elles consistent à inscrire des chevaux en général moyens qui sont mis en vente. Si un acheteur se présente et propose un prix correspondant au prix limite fixé par le vendeur, le cheval est vendu. Si le propriétaire souhaite le récupérer, il doit renchérir. « Ca permet d’entraîner les chevaux », précise-t-il. Un moyen comme un autre d’appréhender progressivement ce nouveau monde.

Un joyau dormait non loin de là. Abandonné par ses habitués, il était menacé de destruction. Dorénavant, il doit compter sur M. Rozier pour lui retrouver une seconde jeunesse. On parle bien évidemment de l’hippodrome de la Sole. Situé en plein cœur de la forêt de Fontainebleau, il offre un cadre magique pour qui veut s’en donner la peine. « Je l’ai réhabilité car la fermeture le menaçait », raconte-t-il. Associé à la ville de Fontainebleau, il a choisi pour le relancer d’organiser cette année la Course des Cavaliers Olympiques. Réunissant les représentants français à Sydney en complet et en saut d’obstacles, cette édition 2000 fut une réussite et a donné le coup d’envoi d’une campagne de rénovation plus importante. La piste de trot, qui ne servait plus depuis des années, va accueillir très bientôt des courses amateurs de tous niveaux, à poney ou à cheval. Les utilisateurs, auparavant formés à ce genre d’exercice un peu spécial, pourront ainsi découvrir les joies d’une discipline cantonnée aux spécialistes. « Nous pensons organiser une réunion amateur, c’est-à-dire sept courses, assez rapidement ». Et il ajoute, avec philosophie, « on n’invente pas le monde, on l’améliore ».

Comme on pouvait l’imaginer, Marcel ne pouvait en aucun cas abandonner le saut d’obstacles. Cette discipline où il introduisit la vitesse li a donné tant de joies et de succès qu’il envisage de continuer. « J’ai toujours l’impression de ne pas tout savoir », confie-t-il. Son grand rêve ? Relancer le CSI de Fontainebleau sur le terrain du Grand Parquet. Déjà cette année, un National 1 a été organisé à l’attention des cavaliers de l’élite en vue des J.O., qui a reçu au Salon du Cheval le titre de l’un des cinq meilleurs concours de l’année. Récompense qui tend à montrer que ce terrain mériterait d’être plus exploité. La Fédération Française d’Equitation recherche d’ailleurs un lieu hors de Paris pour installer les sports équestres. En lice contre Chantilly et Jardy entre autres, Fontainebleau a le mérite d’appartenir à l’Etat. Ce serait donc un juste retour des choses si le lieu revenait aux utilisateurs.

L’autre casquette de Marcel sont les ventes Fences. Avec ses associés, ils organisent depuis douze ans les célèbres ventes haut de gamme où la crème des chevaux de sport et d’élevage défile chaque année. « Au départ, nous voulions créer une vente prestige mais personne n’y croyait », lance-t-il. Le temps a eu raison des sceptiques. Aujourd’hui, place à une deuxième vente, celle-ci plus axée grand public. « Il fallait tout mélanger », résume-t-il. 260 chevaux sélectionnés et présentés en deux jours. Un exploit, ne serait-ce que du point de vue logistique. La réussite commerciale semble elle aussi au rendez-vous. François Mathy Senior est reparti avec huit chevaux cette année et en est très content. Destinée à l’origine aux acheteurs peu fortunés, cette vente met un point d’honneur à proposer des éléments de qualité. Ainsi, les foals et les 3 ans se sont bien vendus, de même que les chevaux d’élevage (60% de vendus). Un seul souci : les performers. Les moyens et les meilleurs étaient mélangés, laissant peu de chance aux plus limités. « Un cheval à 30000 F ne peut pas sauter comme un autre à 100.000 F », résume Marcel. C’est pourquoi l’une des nouveautés 2001 sera la création de gammes mettant en rapport le prix et les performances. 300 à 400 chevaux sont d’ores et déjà attendus. « L’élevage français a été multiplié par trois en l’espace de quelques années. Il faut donc trouver un système pour ne pas décourager les éleveurs », conclut-il. Si le titre n’avait pas déjà été attribué, Marcel Rozier l’aurait sans doute mérité. Peut-être l’année prochaine, qui sait.