Rapport du comité indépendant sur le terrain des Jeux olympiques 2004
lundi 18 avril 2005

JO2004-sztyrle-who knows
federico Sztyrle et Who Knows Lilly - Ph. Cosinus Prod

Les trois accidents graves (Royal Kaliber, Dileme de Cephe et Who Knows Lilly) survenus lors des épreuves de CSO d'Athènes avaient suscité de vives réactions si bien qu'un Comité Indépendant avait été constitué afin d'étudier les causes de ces blessures. Les conclusions du rapport:

Le comité indépendant, composé d’Edouard de Rotschild, président (FRA), Jack Snyder (USA), Robert Jolicœur (CAN) et Thomas Velin, fut établi par la FEI à l’issue des Jeux olympiques afin de déterminer pourquoi un certain nombre de chevaux se sont retrouvés blessés aux tendons lors des épreuves de saut d’obstacles d’Athènes et afin de préparer une série de recommandations pour le futur.

Le comité indépendant a enquêté et examiné tous les paramètres qui auraient pu présenter un risque pour les chevaux, et en particulier pour les tissus musculaires, tendineux etc. Ces paramètres comprenaient, entre autres, le sol, le nombre d’épreuves, le nombre d’obstacles, les dimensions des obstacles, ainsi que l’équipement des chevaux.

A l’issue de l’enquête, le comité indépendant a établi les recommandations suivantes :

- le sol des championnats majeurs et des Jeux doit être validé- s’il s’agit d’un terrain en herbe, il doit être testé à l’occasion de compétitions de haut niveau durant au moins trois ans avant l’événement, sinon il doit être en sable- s’il s’agit d’un terrain en sable, il doit être testé et approuvé au moins un an avant l’événement (si l’herbe est choisie pour des raisons esthétiques, du sable coloré devrait être considéré comme une alternative plus sûre)- le sol devrait être le même pour tous les compétiteurs- le terrain a besoin d’être préparé longtemps avant l’événement et entretenu avec soin

- deux spécialistes techniques sont nécessaires pour les Jeux olympiques. Un expert des sols avec la connaissance des différents matériaux utilisés pour les sols, rémunéré pour superviser de A à Z la fabrication du terrain. Cette personne devrait aussi servir de conseiller à la FEI dans le choix des sociétés productrices de terrains de compétitions équestres. La deuxième personne devrait être un délégué technique, en charge des issues sportives.- la FEI devrait produire un cahier des charges avec les spécificités liées à la construction du terrain- l’appel d’offre pour le terrain des Jeux olympiques doit être établi clairement, tout comme qui construit et qui est responsable. Les offres doivent suivre le cahier des charges.

- la commission vétérinaire devrait avoir la possibilité de faire des examens poussés après la première inspection vétérinaire. Elle devrait pouvoir examiner les chevaux dans la zone des boxes, mais aussi pouvoir les sortir du paddock et si nécessaire de la compétition, avec l’approbation du jury de terrain, si le cheval présente un problème médical majeur.- la commission vétérinaire devrait avoir davantage d’autorité, notamment si elle souhaite examiner un cheval avant, pendant et après la compétition, en utilisant entre autres des procédés permettant un diagnostic, tels le scanner et les ultrasons (Mr Velin, présent en tant que représentant du Club international des cavaliers de saut d’obstacles, n’était pas très à l’aise face à cette recommandation)- les jambes de tous les chevaux devraient être examinées à la sortie du terrain, plutôt qu’une poignée de chevaux tirés au sort- une banque de données des blessures musculaires et tendineuses devrait être créée- un dossier médical détaillé devrait être gardé pour chaque cheval- la communication entre les vétérinaires FEI et ceux des compétiteurs doit être améliorée

- le règlement des Jeux olympiques doit être revu, notamment en ce qui concerne le nombre d’obstacles, le nombre d’épreuves et la nécessité des barrages- il est suggéré d’étudier le nombre et la taille des obstacles dans chaque manche des épreuves par équipes et dans les premières et deuxièmes manches de la finale individuelle- éliminer la première qualificative individuelle, c’est-à-dire l’épreuve entre le warm up et les épreuves par équipes- la majorité des barres devrait faire au moins 4 mètres de large, créant ainsi des zones d’abord et de réception plus larges- les boxes devraient être pourvus de matelas de caoutchouc- revoir la vitesse pour chaque épreuve

En conclusion, le comité n’a pas pu déterminer les causes exactes des blessures survenues aux chevaux lors des Jeux olympiques, mais estime qu’elles pourraient être le résultat d’un facteur ou d’une combinaison de facteurs évoqués ci-dessous :- dans l’ensemble, le sol était à peu près acceptable bien que jugé d’une qualité inférieure aux standards requis pour des Jeux olympiques. A certains endroits il fut jugé profond ou glissant, dur ou mou, à d’autres endroits des mottes d’herbe se détachaient, le système d’arrosage utilisé était irrégulier et le sol était fait de manière à absorber beaucoup d’eau- en matière d’équipement pour les chevaux (fers surélevés et lourds sur les postérieurs, nombre de crampons sur les fers antérieurs). L’utilisation de fers surélevés et lourds sur les postérieurs accentue l’effet de bascule du saut, ce qui entraîne une descente verticale et un plongeon des sabots antérieurs dans le sol, créant ainsi un stress considérable sur les tendons. D’autre part, l’utilisation de quatre crampons sur les fers antérieurs réduit énormément l’élasticité lors de la réception, ajoutant encore un stress supplémentaire sur les tendons.- l’étroitesse de certains obstacles et la façon dont ils étaient construits rendaient les zones d’abord et de réception particulièrement profondes par endroits- des barres plus légères, des fiches plates et l’élargissement conséquent des oxers afin d’obtenir les résultats désirés ont encore augmenté le stress sur les chevaux, à qui l’on demande de sauter avec de plus en plus d’adresse. Ajoutées à cela, les techniques d’entraînement pour s’adapter à cette situation ont aussi augmenté le stress en produisant une descente verticale, notamment en ce qui concerne les oxers.- le besoin d’avoir des obstacles aux cotes maximales, couplé à des distances délicates, dans le but d’éviter un barrage pour le partage des médailles des épreuves par équipes- faiblesse des tendons due à des blessures antérieures- manque d’entraînement avant les Jeux en raison d’une blessure ou d’une maladie la saison précédant l’échéance, entraînant ainsi un manque de condition physique face à une compétition éprouvante et longue- des parcours très éprouvants avec beaucoup d’obstacles aux cotes maximales, sur plusieurs jours, combiné à trop d’efforts

Les trois chevaux blessés sur le terrain des Jeux olympiques et un nombre de blessures musculaires et tendineuses non confirmées suite aux Jeux sont considérés comme beaucoup trop importants par rapport au nombre de blessures envisageables dans des épreuves de ce calibre et des circonstances normales.

Le 2e vice-président de la FEI, Mr Leopoldo Palacios (Ven) était aussi délégué technique à Athènes. Il fut initialement sélectionné pour devenir membre du comité, mais vue sa position à la FEI, il a préféré se retirer de la sélection afin que sa présence n’altère pas l’indépendance du comité. Mr Palacios a cependant participé aux rencontres, mais n’est pas intervenu dans les décisions finales.

Signé par le président Edouard de Rothschild17 janvier 2005

Photos d'Athènes par Cosinus Prod