Incendies dans le Var : un millier de chevaux évacués
jeudi 19 août 2021

Les flammes se sont dangereusement rapprochées du Domaine équestre des Grands Pins, obligeant son évacuation
Les flammes se sont dangereusement rapprochées du Domaine équestre des Grands Pins, obligeant son évacuation © Coll. privée

Parti lundi de Gonfaron (83), le feu avait ravagé plus de 8000 hectares ce jeudi midi dans l'arrière pays de Saint Tropez. De nombreuses écuries ont été impactées ainsi que des particuliers qui ont craint le pire pour leurs chevaux. Parmi eux des ranchs mais aussi le prestigieux Domaine Equestre des Grands Pins, obligé d'évacuer après avoir accueilli les chevaux des alentours.

La région Provence Alpes Côte d'Azur est souvent touchée par les catastrophes naturelles, eau ou feu. Une coordonnatrice a été désignée par le CRE pour les évacuations de chevaux. Julie Rivera, elle même ancienne garde forestier et responsable d'un centre équestre, est sensibilisée à la prévention incendie. Contactée dès le départ du feu, elle est depuis en première ligne en lien direct avec pompiers et gendarmes. « Nous recevons les demandes de secours, mais aussi des propositions d'aide pour les transports ou pour l'hébergement. Mon téléphone n'arrête pas de sonner, heureusement Justine Raymond Battero, elle aussi bénévole, m'apporte une aide précieuse. Chaque initiative part d'un bon sentiment mais la forte mobilisation a parfois créé des embouteillages », explique-t-elle. Une situation particulièrement risquée, qui l'oblige à composer avec l'évolution de la situation. « Nous travaillons en lien direct avec les pompiers et les gendarmes qui nous ouvrent le passage si nécessaire ou nous déconseillent d'aller sur site lorsque cela est trop dangereux ou qu'il y a un risque d'entraver les autres secours. Nous avons beaucoup de particuliers qui se sont proposés avec leurs vans et camions. »

Mobilisation générale

Cette situation hors du commun oblige également à prendre des dispositions particulières pour évacuer tous les chevaux, même ceux dont l'état de santé interdirait en temps normal un déplacement. « Nous sommes intervenus au centre équestre de la ferme de Manaël pour évacuer des chevaux qui rentraient de clinique le matin même. Nous avons fait appel à Caval Ambulance pour les transporter, eux aussi nous ont apporté une aide précieuse », souffle Julie Rivera, qui tient d'ailleurs à saluer la solidarité venue d'un peu partout dans le département. « Même des personnes totalement étrangères au milieu équestre se sont mobilisées. Nous avons eu un don pour acheter des produits pharmaceutiques, d'autres sont venus apporter aux bénévoles des sandwichs et des boissons, des agriculteurs nous ont proposé des prés destinés à leurs vaches laitières pour un hébergement temporaire. Certains chevaux en retraite n'avaient pas été embarqués dans un camion depuis plus de dix ans et nous avons fait appel à un spécialiste pour que tout se passe bien. C'est dans ce drame, une facette qui fait du bien ! » Une aide qui profite à tous, sans exception. « Bien que mandatés par le CRE, notre aide est destinée à toutes les structures, même les petites écuries privées non affiliées, le but est de sauver des chevaux ! Nous avons procédé au déplacement de près de 500 chevaux, au total il doit y en avoir un millier qui ont été impactés », conclut-elle.

Le Domaine Equestre des Grands Pins évacué

La cavalière de saut d'obstacles Mandy Mendes Costa, qui avait prévu de courir le Sologn'Pony à Lamotte-Beuvron, a totalement revu ses projets. « Je ne pouvais pas partir étant donné la situation autour des écuries. Nous ne pensions pas pouvoir être touchés. Lorsque la situation s'est dégradée nous avons participé activement à l'aide des centres menacés, raconte-t-elle. Nous avions rapatrié les chevaux de Marceau Demelemester (installés à Grimaud, ndlr) aux Grands Pins (à Vidauban, ndlr) dans un premier temps, avant de devoir les rediriger autre part lorsque la décision a été prise d'évacuer le Domaine. » C'est dans l'urgence qu'il a fallu dispatcher l'ensemble des chevaux hébergés sur le site. « La plupart des chevaux, dont ceux de Ludovic Martin, sont allés chez Guillaume Gombert (à Cuers, ndlr), qui dispose de boxes pour les concours. Certains sont partis aux écuries St Christophe (à Brignolles, ndlr). Les miens sont à Meyreuil », décrit la jeune femme, qui s'estime chanceuse malgré la situation difficile. « Je vais pouvoir continuer à travailler dans de bonnes conditions et j'habite à cinq minutes de Meyreuil ! À Vidauban, Gaëtan (Colantuono, ndlr) a très bien géré l'affaire, l'équipe a été au top et avait tout préparé pour parer au pire si le feu approchait trop. » Si le pire semble derrière elle, Mandy n'est pas prête d'oublier ces derniers jours. « Nous avons assisté à des scènes effrayantes : des chevaux lâchés qui galopaient sur la route, un cheval avec une couverture en feu... Nous avons aussi constaté un gros mouvement de solidarité. Merci à tous ceux qui ont apporté leur aide et à tous ceux qui aideront les sinistrés. »

Guillaume Gombert recensait mercredi soir quatre-vingt dix chevaux hébergés dans ses écuries de Cuers. « Un concours de saut d'obstacles débute demain, il y avait peu d'engagés ce qui m'a permis de prendre soixante chevaux dans les boxes permanents que j'ai installés pour loger les chevaux lors des concours. Il y a beaucoup de monde sur place et nous avons assisté à un gros élan d'entraide. Le CRE donne un coup de main en prenant en charge le fourrage et la litière pour les chevaux déplacés », tient-il à souligner.

Tout reconstruire

Pour certains l'angoisse a été longue : ils ne savaient pas où étaient leurs chevaux. Face à l'urgence de la situation et le peu de temps (parfois seulement quelques minutes !) dont les secours disposaient, certains ont été lâchés pour échapper aux flammes tandis que d'autres, dans le meilleur des cas, ont été déplacés. Les chevaux trouvés errants dans la nature ou dans les rues ont dû être identifiés et leurs propriétaires recherchés. Là, les réseaux sociaux ont joué un rôle important. Malheureusement, certains équidés n'ont pas survécu à l'incendie et sont morts intoxiqués, accidentés ou brûlés. Une des plus importantes perte matérielle se situe à Grimaud, où le ranch de la Mène a été entièrement détruit : « Nous n'avons plus rien mais les chevaux sont sains et saufs », confiait la dirigeante. Une cagnotte a été mise en place pour permettre la reconstruction de la structure. De nombreux autres appels à la générosité ont été lancés pour remplacer des objets plus ou moins spécifiques à l'activité de chacun. Le GEFA (Groupement Équestre de France et d'Ailleurs) pour sa part a choisi de demander au CRE une répartition des fonds recueillis par l'association selon les besoins et quel que soit le statut des sinistrés. Les commerçants ont aussi manifesté leur soutien : les magasins Padd de Toulon, Vallauris et Roquebrune fournissent des licols, de la nourriture et des bonnets anti-mouches à ceux qui ont tout perdu, Décathlon Fréjus se mobilise également. D'autres suivront certainement.

Reste une tâche difficile pour les jours à venir : prévenir les propriétaires des chevaux trouvés morts ou qui ont dû être euthanasiés.