Formations en ligne : se former ou se divertir ?
dimanche 06 décembre 2020

Depuis quelques années, à fortiori durant les phases de confinement, les formations en ligne fleurissent sur la toile. À en croire les annonces plus alléchantes les unes que les autres, il suffirait de s’installer derrière son ordinateur pour gagner en compétences. Points de repère.

De quoi parle-t-on ?

Pour Laurent Mézailles, formateur depuis plus de vingt ans aux côtés de Marie Odile Sautel, docteur vétérinaire, le terme de « formation » mériterait d’être utilisé avec davantage de circonspection. « On trouve en effet sur la toile des tutoriels qui permettent à l’internaute d’accumuler des connaissances, de l’ordre du reportage, sous forme de vidéos d’exercices dont ils picorent des bribes à l’envie. Ces offres ne comprennent ni objectif, ni progression, ni réelle montée en compétences. » La véritable formation est dispensée par un organisme porteur d’un numéro délivré par la direction départementale du travail, et auquel l’État impose une communication claire sur la durée, les tarifs, les modalités de paiement, le parcours des formateurs, et un accès pour le candidat au contenu du plan de formation. Seuls les organismes proposant une formation diplômante (examen, BP Jeps, BEPA, CQP) font l’objet d’un agrément. Quelle que soit la filière, les normes en vigueur concernent la conception, l’ingénierie et la certification. Les contenus, confiés aux compétences de l’organisme de formation, ne sont pas vérifiés. Laurent Mézailles prend l’exemple de son offre sur la locomotion du cheval. « Il faut bien faire la différence entre les webinaires de trois heures intitulés "Quelques clés pour comprendre la locomotion du cheval", et une formation mixte (en présentiel et à distance) de 39 heures, baptisée "Comprendre l’inné locomoteur pour une équitation performante et respectueuse" qui fait l’objet d’un contrôle des connaissances, sous forme de questions (au total 130) auxquelles le candidat doit répondre pour accéder au module suivant. Autrement dit, il ne faut pas confondre la VOD et la formation » conclut le formateur.

Qualiopi, bientôt obligatoire 

L’État, qui consacre près de 30 milliards d’euros annuels à la formation, a enfin décidé de mieux encadrer ses prestataires. À partir de janvier 2022, seuls les organismes ayant obtenu la certification Qualiopi permettront  aux candidats de bénéficier, pour des formations de sept heures au minimum, de financements par les OPCA (Organisme Paritaire Collecteur Agréé), dont le Vivea ou le Fafsea. Selon Laurent Mézailles, certifié depuis le printemps 2020, « des sociétés mandatées par le CNEFOP (Conseil national de l’emploi, de la formation et de l’orientation professionnelles) procèderont à un audit sur vingt-quatre points dont les conditions d’inscription, le suivi et l’évaluation de la formation ainsi que les contenus, les dispositifs mis en place pour éviter l’échec, et la disponibilité des formateurs. Suite à ce premier audit, à dix huit mois de surveillance, et à une seconde évaluation, la certification est accordée pour quatre ans. Rachel Séris, responsable des formations pour le CREIF, attend avec impatience que les formations en présentiel reprennent dès janvier, même si les séances en visio conférence ont connu un franc succès pendant le confinement. Elle précise que de la certification Qualiopi du CREIF découlera automatiquement celle des centres de formation, audités également, et tenus de se plier au manuel qualité en préparation, pour prétendre à figurer sur la liste. À terme, cette certification, qui ne concernera dans un premier temps que les formations éligibles à un financement, pourrait bien être élargie à tous les cursus, l’occasion de clarifier l’offre pléthorique de formation aux yeux du grand public. »

Le conseil du formateur 

Laurent Mézailles le rappelle, la formation en ligne ne se fait pas seul face à son écran. « Il s’agit de télé-enseignement, avec le soutien d’une équipe pédagogique disponible pour répondre aux questions, qu’elles soient liées aux problèmes techniques de la plate forme, ou au contenu pour éclaircir un point précis. Par ailleurs, il faut que les modalités de la formation en présentiel, à distance ou mixte, soient en adéquation avec l’objectif visé et bien sûr éviter les formations purement théoriques censées aboutir à des compétences pratiques. » Autrement dit, on ne peut devenir groom, cavalier soigneur ou éleveur qu’en étant à un moment ou à un autre encadré par des professionnels sur le terrain.

Pour en savoir plus https://www.stages-equitation.fr/