L’équitation réparatrice des blessures de guerre
vendredi 22 octobre 2021

Comme le présente l'adjudant-chef Benoît, du matériel adapté est mis à disposition
Comme le présente l'adjudant-chef Benoît, du matériel adapté est mis à disposition © B.F

Depuis 2015, l’armée propose l’équitation adaptée aux victimes de blessures physiques comme de traumatismes psychiques sur les théâtres d’opération extérieure. Découverte.

Chaque année, le département "blessés militaires et sports" du Centre national de la défense (CNSD) accueille au sein de ses six sections600 blessés à l’occasion de stages sportifs ou d’activités physiques. Les sections équestres de Metz, depuis 2013, et Carpiagne depuis 2018, pratiquent l’équithérapie, mais l’École militaire d’équitation de Fontainebleau (EME), antenne équestre du CNSD et maison mère des sports équestres militaires, est la seule à proposer l’équitation adaptée. Cela, sous la responsabilité de l’adjudant-chef Benoît, référent national dans le domaine, titulaire du BEES1, du BFEH et du titre professionnel d’équicien.

Retrouver confiance

Lors de séjours d’une semaine, en présence d’un kinésithérapeute et d’un psychologue, les groupes de six participants venus de tous les corps d’armée (terre, air et mer) et de la gendarmerie, suite à la découverte des sites du CNSD et de l’EME, sont placés au milieu de chevaux et poneys en liberté dans un petit manège. Les mouvements brusques et inattendus, de même que les sons émis par les équidés constituent pour ces combattants traumatisés la représentation vivante du stress vécu sur les terrains d’opérations. À force de calme, de patience et de persuasion de l’adjudant chef Benoît, les participants finissent par dominer leur appréhension, lâcher prise, et accepter que les chevaux, pacifiques, curieux et bienveillants de nature, les approchent pour initier une relation. Un premier contact chaleureux et apaisant qui constitue un pas vers la sortie de l’isolement et la restauration de la confiance en l’autre. L’adjudant-chef le confirme : l’animal, non jugeant, détecte grâce à son odorat les émotions de son partenaire. « Les réactions des équidés me permettent de deviner l’état émotionnel des participants », souligne-t-il. Après avoir appris à mener et diriger leur monture à pied, les participants font leur première séance montée sur un cheval équipé d’un tapis de selle et d’un surfaix, mené par la présence rassurante d’un soldat binôme avec une longe éthologique. Objectif : ressentir le corps du cheval et son mouvement. Les séances suivantes, cette fois en selle, sont entrecoupées de sorties en calèche en forêt où les guides sont confiées aux stagiaires. Le dernier jour, avant la promenade finale lors de laquelle les plus confiants sont seuls aux commandes de leur monture, les participants mettent en pratique les connaissances acquises lors d’une séance en seul à seul avec un cheval en liberté, sur le principe de l’equi-coaching.

Des vertus multiples

Les études en attestent, le besoin inné du cheval de ne pas être seul, de trouver sa sécurité au sein du groupe, d’établir un lien avec ses congénères, de communiquer avec eux, de décoder en permanence son environnement, constitue un modèle de comportement pour les combattants en état de stress post-traumatique (ESPT) qui souffrent d’isolement, de repli social, de perte de confiance dans l’autre et de la crainte du jugement, qui redécouvrent la sécurité du groupe et l’enjeu vital de la communication, de la vie sociale et du travail en groupe. Les victimes de blessures physiques ou confrontées à des problèmes de motricité ressentent quant à elles le bénéfice de la stimulation positive de leurs sens, de leurs muscles et de leur équilibre, et sont en mesure de percevoir le mouvement du cheval, grâce à la selle Hippolib, équipée d’un dossier ergonomique mise au point par l’École nationale d’équitation de Saumur et le Centre d’analyses d’images et performances sportives (CAIPS), au montoir Equilève, au lève-personne disponible, ou encore aux calèches équipées de rampes d’accès pour accueillir les fauteuils roulants, y compris électriques.

Outre la convivialité, le partage, le gommage des références et hiérarchies militaires et la reconnaissance de leurs souffrances par l’institution, les participants qui, selon l’adjudant chef Benoît, regrettent tous de devoir partir, retiennent un sentiment d’apaisement, de bien-être, de sécurité et de confiance retrouvée grâce à la relation au cheval. Autant d’atouts encourageants sur le long et douloureux chemin de la reconstruction. Depuis que les stages sont également ouverts aux proches des blessés, plusieurs ont décidé de se lancer dans une nouvelle activité en couple ou en famille. Pour certains, ce sera l'équitation.