Amélie Quéguiner visée par une plainte de la FFE
lundi 12 avril 2021

Amélie Quéguiner
Amélie Quéguiner © Coll.

Amélie Quéguiner, victime présumée de faits de pédocriminalité, a reçu à la fin du mois de mars une citation à comparaître devant le tribunal correctionnel de Périgueux venant de Serge Lecomte et de la FFE, qui lui reprochent des faits de diffamation à leur encontre.

Amélie Quéguiner, cavalière et éleveuse, avait témoigné dans notre numéro consacré au lourd sujet de la pédocriminalité dans le sport, et dans la sphère de l’équitation plus particulièrement. Elle déplorait des prises de conscience tardives, des victimes en souffrance et une parole qui était souvent difficile à libérer. Elle regrettait également que les instances ne répondent pas suffisamment présentes sur ces dossiers, en protégeant davantage les mineurs. Dans le cadre de la campagne des élections fédérales, plus récemment, elle a également adressé une lettre ouverte aux trois candidats, Serge Lecomte, président sortant, Anne de Sainte Marie et Jacob Legros, leur demandant de prendre en compte la gravité de ce sujet et les mesures qu’ils comptaient appliquer pour lutter contre les agressions. Outre son témoignage dans les colonnes de L’Eperon, Amélie s’était également confiée à d’autres médias, tel L’Obs. 

“Si c’était à redire, je ne changerai rien”

Le 29 mars dernier, l’éleveuse a reçu la visite à son domicile d’un huissier de justice, lui remettant une citation à comparaître devant le tribunal de Périgueux (à retrouver ici). “Je dois me présenter devant les magistrats le 28 avril prochain”, indique Amélie, qui ne semble pas vraiment surprise d’une telle initiative de la part de Serge Lecomte et de la Fédération. “C’est ce que je raconte au Nouvel Obs qui n’a visiblement pas plu. Je reviens sur la gestion de l’affaire Caudal et du fait que Serge Lecomte a protégé un pédocriminel, le maintenant à son poste malgré ses agissements. Je parle également de cette culture du viol intolérable qui règne dans notre milieu et avec laquelle il faut absolument finir.” Un article à retrouver ici.

La lutte contre la pédocriminalité, Amélie en a fait une bataille. Et ne perd jamais une occasion pour dire à quel point il est important de protéger les plus jeunes. Elle nous expliquait d’ailleurs, l’an dernier, recueillir elle-même la parole de victimes qui n’osaient pas se confier à d’autres et les aider du mieux qu’elle le pouvait. “Aux médias, j’ai dit ce que je pensais. Et si c’était à refaire, je dirais exactement la même chose. Cette plainte émanant de la Fédération et de Serge Lecomte montre qu’il y a encore une forme de défiance par rapport au sujet de la pédocriminalité dans notre milieu : leur communication n’est pas claire. Et ce n’est pas avec une campagne d’affichage et un partenariat avec une association que le problème sera réglé. Tout ça, c’est juste un minimum. Mais quand on commence une conférence de presse en disant que l’affaire Caudal, c’est un “non événement”, ça montre bien ce que pense notre actuel président. Et si tel est le cas, il n’a rien à faire à la tête d’une fédération. On dédramatise complètement ce qu’est une agression ou un viol sur mineur(e). La Fédération doit progresser sur ce sujet, elle doit arrêter d’avoir une vision rétrograde et faire son mea culpa une bonne fois pour toutes. La lutte contre la pédocriminalité, c’est un sujet qui devrait faire consensus, on parle quand même de vies détruites… Je sais que des personnes de l’équipe de Serge Lecomte sont choquées de la plainte déposée à mon encontre. Mais ils n’oseront jamais parler.

“Je déplore qu’on s’acharne sur ma cliente”

Que lui réclament Serge Lecomte et la Fédération dans le cadre de cette accusation de diffamation ? “Un euro symbolique et le remboursement des frais de défense à hauteur de 10000 euros maximum, pour commencer”, indique Me Corinne Raynal Violante, l’avocate d’Amélie Quéguiner. “Et si un jugement est rendu en faveur de M. Lecomte et de la Fédération, ma cliente devra à ses frais en publier un compte-rendu dans dix médias, choisis par le plaignant, dans une limite de 10000 euros par publication.” 

Pour l’avocate, en pleine étude du dossier, si le choix de la procédure n’est pas critiquable sur un plan juridique, la décision de poursuivre uniquement Amélie paraît invraisemblable. “Pourquoi Serge Lecomte n’a-t-il pas poursuivi Médiapart, qui a été le premier média à sortir l’affaire ? D’autres lui ont ensuite emboîté le pas et pourtant, c’est Amélie qui est visée.” Selon Me Raynal Violante, le contexte électoral pourrait ne pas être étranger à cette initiative. “Ma cliente a fait incursion dans la campagne en écrivant aux trois candidats. Je pense qu’elle fait aujourd’hui les frais de cette démarche.” Ce que l’avocate d’Amélie retient, c’est surtout la position que garde sa cliente face à cette citation. “Amélie Quéguiner a fait de la lutte contre la pédocriminalité un combat. Elle est droite dans ses bottes et cette citation à comparaître ne changera rien à son discours. Elle revendique et assume ce qu’elle a pu dire dans ce cadre. Je déplore que ce soit sur elle que l’on s’acharne. Mais, en réalité, je ne suis pas vraiment étonnée : on a l’impression, par les actions gouvernementales et le travail du Ministère de la Jeunesse et des Sports, que la parole des victimes se libère plus facilement et que les démarches judiciaires pour se faire entendre sont plus simples aujourd’hui, mais les victimes doivent encore et toujours mener de véritables combats pour se faire entendre. Ce sujet, ça reste compliqué.

De son côté, la Fédération française d’équitation, contactée, estime que « Madame Quéguiner a publiquement diffusé des accusations fausses portant gravement atteinte à l’honneur et à la considération de Monsieur Serge Lecomte et de la FFE qui se sont donc trouvés contraints de saisir la juridiction compétente pour faire valoir leurs droits. »

Dans le numéro 386, L'Eperon avait consacré tout un dossier à la pédocriminalité dans les sports équestres. Il est à retrouver gratuitement ici

Commentaires


Géra B | 12/04/2021 19:07
Ecoeurant, porter plainte contre une victime....Comment peut-on être aussi déconnecté de toute humanité

BERTRAND A | 12/04/2021 14:30
Cette plainte de la FFE et de son actuel président est un aveu de faiblesse et montre que cette question de pédo-criminalité n'a jamais été correctement traitée par la FFE. C'est juste une tentative d'étouffement à l'encontre de la courageuse Amélie Guéguigner. L'actuel président ne se souvient-il pas qu'il avait été convoqué à s'expliquer au Ministère de la Jeunesse et des Sports suite entre autres cas celui de l'affaire Caudal ? Allons-nous devoir boire un calice jusqu'à la lie ? Bertrand AURIOL