Dopage : la FEI adopte des sanctions records
lundi 08 juin 2020

Endurance
Endurance © FEI/Henry Browne

Une suspension de 20 ans et plus de 15 000 CHF d’amende : la sanction infligée par la FEI à l’encontre du Sheikh Abdul Aziz Bin Faisal Al Qasimi, accusé d’avoir dopé son cheval d’endurance Castlebar Contraband avec un produit destiné à bloquer les fonctions nerveuses, se veut exemplaire.

Le 15 octobre 2016, à l’occasion d’une CEI 1* à Fontainebleau, Castlebar Contraband, monté par le cavalier émirati Sh Abdul Aziz Bin Faisal Al Qasimi, est euthanasié suite à une fracture ouverte du canon antérieur droit. Des échantillons de sang post-mortem ont révélé la présence de Xylazine dans l'organisme du cheval. Une substance contrôlée, utilisée comme sédatif, analgésique et relaxant musculaire, interdite en compétition. Rapidement excrétée par le corps, cette substance est connue en endurance pour aider à faire baisser la fréquence cardiaque. Elle permet également de bloquer le système nerveux, « supprimant la fonction protectrice très fondamentale de la sensibilité », a détaillé le directeur vétérinaire de la FEI lors de l’audience, rappelant que ces méthodes pouvaient mener à des fractures de fatigue car le cheval ne présente aucun signe de douleur, comme une boiterie, sous l’influence des substances injectées. 

20 ans de suspension

Le Tribunal FEI, qui a rendu son verdict le 3 juin, a pris en compte l’explication de la vétérinaire qui avait pratiqué l’euthanasie, certifiant, contrairement à ce qu’avait avancé les avocats du cavalier, que la Xylazine n’avait pas été utilisée dans le processus d’euthanasie sur le concours bellifontain. Ces explications, associées au fait que le rapport post mortem a révélé l'apparition de multiples lésions avec une localisation très ciblée, cohérente avec des injections récentes, ont montré que le cheval avait été désensibilisé lors de l'entraînement, avant et pendant la compétition. Cette désensibilisation, associée à l'arthrose de l'articulation du boulet avant droit, a entraîné des fractures de stress qui ont finalement mené à l’euthanasie. 

« En conséquence, le Tribunal FEI a statué que l'athlète avait commis des abus sur les chevaux et que les règles de contrôle de la médication pour les chevaux avaient été violées, et a imposé les sanctions les plus sévères de l'histoire de la FEI. L'athlète a été suspendu pour 20 ans au total - 18 ans pour abus de cheval et deux ans pour violation des règles de médication. La suspension a commencé à compter de la date de la décision, le 3 juin 2020, et se poursuivra jusqu'au 27 mai 2040. Les résultats de l'athlète et du cheval de l'épreuve ont été disqualifiés. L'athlète a également été condamné à une amende de 17 500 francs suisses - 10 000 pour les mauvais traitements infligés aux chevaux et 7 000 pour la violation des règles de médication - et a été condamné à payer 15 000 francs suisses pour les frais de procédure », indique un communiqué publiée ce 8 juin par la Fédération équestre internationale. 

Une sanction exemplaire 

Si aucune discipline n’est malheureusement épargnée par le dopage, humain et équin, l’endurance y est régulièrement confrontée. « Nous sommes très heureux de voir une sanction aussi sévère prononcée par le tribunal FEI. Elle avertit sévèrement que les cas de maltraitance des chevaux ne sont pas tolérés », a indiqué Mikael Rentcsh, directeur juridique de la FEI. Et si la mort d’un cheval des suites de maltraitante reste un phénomène tragique, le cas de Castlebar Contraband aura eu le mérite de permettre à la Fédération internationale d’avancer sur le délicat sujet de la désensibilisation nerveuse. « Même si nous craignons que cela dure depuis longtemps, ce cas est la première preuve solide que nous avons de désensibilisation nerveuse et de micro-dosage », a commenté le Docteur Göran Åkerström, directeur vétérinaire de la FEI. « Cela a entraîné un changement dans nos procédures post mortem pour les rendre plus médico-légales et nous a également permis de prioriser la recherche et le développement du système de contrôle d’hyposensibilité ». Les parties ont 21 jours, à compter du 3 juin, pour faire appel de cette décision et saisir le Tribunal arbitral du sport.