Anne de Sainte Marie, toujours candidate
mardi 21 avril 2020

Anne de Sainte Marie
La crise sanitaire a ralenti son tour de France d'Anne de Sainte Marie, mais elle demeure bien candidate à la présidence de la FFE. La seule officiellement déclarée à ce jour... © Coll. A Cheval Demain

Suite à l’annonce du report des Jeux Olympiques de Tokyo à l’été 2021, le CNOSF a entériné la décision collégiale des fédérations sportives de reporter leurs élections au plus tard au 30 avril 2021 (voir à la fin de l'article). Anne de Saint Marie, unique candidate à briguer officiellement la présidence de la FFE actuellement, nous a accordé un entretien.

Soutenue par le collectif « A Cheval demain », Anne de Saint Marie, 36 ans, annonçait sa candidature à la présidence de la FFE en octobre 2019. Depuis le 1er  novembre, elle était engagée avec énergie et enthousiasme dans un tour de France des départements, qu’elle a du interrompre en raison de la crise sanitaire à la mi-mars. Elle l’affirme, « il est clair que nous porterons notre programme jusqu’au bout, même s’il a été mis en stand by avec la crise sanitaire. La campagne est actuellement entre parenthèses. Il me restait à visiter les régions Centre Val de Loire, Auvergne Rhône Alpes et  Grand Est. »

L'Eperon : Quelles actions avez-vous développées jusqu’à maintenant ?

Anne de Sainte Marie : Au-delà de toutes les informations que nous avons relayées, la semaine dernière, nous avons initié et développé un mouvement de solidarité dont nous sommes les coordinateurs baptisé « Soutien Centres Equestres ».  Il s’agit d’un outil mutualisé qui offre la capacité à lever des fonds grâce à un système de « Cotis'COVID », par lequel les donateurs font en ligne des dons hors champ de TVA aux clubs pour un soutien d’urgence aux chevaux et aux poneys. Nous nous sommes appuyés sur des experts juridiques pour valider l’encadrement de l’exonération de TVA. A ce jour, 417 clubs sont inscrits sur le site https://www.soutien-centres-equestres.fr/. Les premiers dons ont été levés le 20 avril. Il s’agissait de répondre à une urgence pratique pour soutenir les clubs. Nous avons également créé une série de podcasts baptisés « questions de crise » en faisant appel à des experts, qu’ils soient comptables, juristes ou vétérinaires pour dispenser des conseils pratiques. Nous avons constitué un dossier très complet et documenté fait par des médecins, des experts en biosécurité, des dirigeants et enseignants. Nous lançons une dernière action. Cinq consultants en entreprises équestres offrent un diagnostic personnalisé aux établissements pour se poser des questions de gestion d’entreprise prospectives. L’énergie déployée au redémarrage devra être pleinement utilisée et à bon escient. 

Pour vous, quelle est la véritable urgence à ce jour ?

Il s’agit essentiellement de nourrir les équidés immédiatement. Nous ne pouvons que soutenir toutes les initiatives lancées ces dernières semaines, que ce soit de la part de la FFE, des cavaliers de haut niveau ou d’individuels. 

Comment voyez-vous la suite de cette crise ?

Nous allons passer dans une phase qui consistera à offrir des possibilités pour générer rapidement du chiffre d’affaires, à savoir vendre aujourd’hui des produits à utiliser plus tard. Dans cet objectif, nous lançons aujourd’hui (21 avril 2020) un dispositif baptisé « Bons Poney » destiné à vendre aux mairies, collectivités et départements des séances d’équitation consommées pendant l’été si nos clubs rouvrent leurs portes, voire durant les vacances de novembre et de Noël, sur des prestations supplémentaires par rapport aux séances habituelles. Les centres équestres classiques (par opposition aux centres de tourisme équestre) sont souvent en sous activité en juillet et en août, et auront des disponibilités, alors que le rattrapage des séances signifie travailler deux fois, mais n’être payé qu’une. Ensuite, il s’agira de pousser à la réouverture, car la générosité aura ses limites. Il faut faire en sorte que les établissements redémarrent au plus tôt et soient le mieux structurés possible. Il nous appartient de donner des garanties à l’état sur ce point et de documenter nos arguments en faveur de la réouverture des établissements. C’est pourquoi nous avons monté un groupe de travail nommé « Biosécurité » qui liste les consignes concernant les centres équestres, écuries de propriétaires et centres de tourisme équestre, pour identifier le protocole de l‘entrée du cavalier jusqu’à sa sortie qui offre les meilleures garanties et permettent d’affirmer que nous sommes des établissements sûrs et responsables. Actuellement, aucun sujet n’est partisan. C’est pourquoi nous avons proposé de livrer ce travail du groupe de sécurité à la FFE, au GHN etc. car ils disposent des chiffres socio économiques de la filière notamment sur les emplois. L’autre argument à mettre en lumière consiste à dire que le monde de demain sera en crise, morose, obligera les gens à travailler dur, que certains seront au chômage, et auront un accès restreint à ce qui peut générer du plaisir ou de l’espoir. L’équitation, sport de pleine nature, est l’une des rares activités qui présente peu de risques et beaucoup de plaisir. Il n’est pas futile de prendre soin du moral des français pendant les périodes de dé-confinement et d’après crise qui s’annonce très difficile. 

Quelle est votre vision de l’avenir à moyen terme ?   

Au regard du contexte général, le cheval aura toute sa place dans le monde de demain, même si elle est différente de celle d’aujourd’hui. Avec comme support de notre activité un animal médiateur, gage de valeurs, de santé, de sport pour tous, de gymnastique de la relation à l’autre, garant de biodiversité et qui éduque nos enfants, nous avons des atouts forts pour l’avenir. Nous disposons  à la fois du potentiel et de la capacité de résilience. 

Cette crise pourrait-elle modifier le paysage des centres équestres ?

Certes la majorité des clients sera touchée dans son pouvoir d’achat. Toutefois, la pratique équestre n’est pas jusqu’ici descendue dans des couches sociologiques inférieures de la société. La classe moyenne, composée des professions libérales, des indépendants, des commerçants sera fortement affectée, de même que les salariés selon l’état de la société pour laquelle ils travaillent, tandis que d’autres seront plus ou moins épargnés. Nous serons dans la même situation que les industries qui ont pour clients la classe moyenne et au dessus. On peut anticiper sur une compression des budgets, mais il n’est pas certain qu’elle soit si significative, en tout cas dans un premier temps. Pour ce qui concerne les entreprises équestres, depuis le début de la crise, ce ne sont ni les petites ni les grosses qui sont touchées mais bien les plus fragiles, quelque soit leur dimension ou leur implantation. Si leur modèle était déjà fragilisé, en raison de la baisse des licences et de l’activité, du taux de TVA, de la modification des rythmes scolaires, il est probable que nous assistions à des faillites. En revanche, il ne faut pas perdre de vue qu’une partie des structures est en double activité. Soit leur activité professionnelle annexe périclite, soit elle perdure, auquel cas le pan équestre peut être pérennisé. Certains pourront survivre à cette crise car ils avaient la trésorerie suffisante, ou ont bénéficié de la solidarité. L’enjeu est de savoir si l’été permettra de rattraper une partie de l’arrêt d’activité, et aussi la façon dont se passera la rentrée. Dans quel état d’esprit seront les français pour consommer une activité de loisir et se réinscrire dans un parcours sportif ? Nous avons une carte à jouer, car je l’affirme, nos activités amènent un rayon de soleil dont les français auront besoin.  

Quel est votre message aux établissements équestres ?

Il me paraît important de leur affirmer que nous allons nous en sortir. Certes, les difficultés sont terribles, mais je suis convaincue que la solidarité va nous permettre de sortir les clubs, les écuries et les professionnels de cette situation. Les métiers du cheval sont très durs, les professionnels ont une force de travail, une détermination et une capacité à accuser les coups durs qui constituent de vraies ressources. Nous nous en sortirons si nous sommes unis et solidaires. J’observe que cette crise renforce les liens entre les établissements, les professionnels, les élus locaux, départementaux et régionaux. De plus, comme toute crise, elle génère des opportunités qui ne manqueront pas de se présenter. 

https://achevaldemain.org/

(Retrouvez plus d'informations sur le report des élections fédérales ICI)