Jeux olympiques de Paris : Versailles, un choix acté mais contesté
jeudi 03 décembre 2020

Malgré les protestations entendues ici et là, les épreuves équestres des JO de Paris 2024 se dérouleront bien à Versailles © DR

Lamotte-Beuvron, Versailles, Chantilly, Fontainebleau… De nombreux sites proches de la capitale avaient été évoqués pour accueillir les épreuves équestres lors des Jeux olympiques de Paris en 2024, engageant ainsi de nombreux débats. Le 25 novembre dernier, le Comité d’organisation a finalement tranché : c’est à Versailles que se tiendront ces épreuves, comme cela était prévu dans le projet initial. Un choix qui ne fait pas l’unanimité.

C’est une décision qui vient clore de nombreux débats : comme l’indique la carte des attributions de sites publiée le 25 novembre 2020, les épreuves olympiques et paralympiques d’équitation auront lieu à Versailles, au cœur des célèbres jardins. Un site exceptionnel et emblématique de la candidature de la Ville de Paris pour ces Jeux Olympiques de 2024, qui a pourtant dû faire face à une concurrence de plus en plus importante au fil des mois. Le Parc équestre fédéral situé à Lamotte-Beuvron, le Grand parquet de Fontainebleau, l’hippodrome de Longchamps ou encore le château de Chantilly avaient, eux aussi, fait part de leur souhait d’accueillir les épreuves équestres. Outre leur statut majeur : leurs installations, déjà construites, de qualité et répondant tout à fait aux besoins d’un tel événement et pour de telles épreuves. Il n’y aurait ainsi pas eu à prévoir d’équipements temporaires, comme cela sera le cas à Versailles. Bien que le site compte de nombreux atouts tels que son histoire, sa renommée internationale, son cadre exceptionnel, le fait qu’il soit inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1979 et sa proximité vis-à-vis de Paris – répondant ainsi  à la volonté du Comité international olympique (CIO) de regrouper au sein de la capitale et de Grand Paris tous les sites recevant des épreuves –, il semble pourtant ne pas être en cohérence totale avec les ambitions exprimées lors de la candidature de la Ville de Paris pour ces Jeux. En effet, privilégier les sites où rien n’est à construire, où les infrastructures sont déjà existantes et qui ne serviraient pas uniquement pour ces olympiades était pourtant l’un des arguments forts de Paris. Tout cela afin de garantir des Jeux sobres et durables. Carrières, boxs, gradins… Tout est désormais à construire à Versailles. Si les écuries seront par la suite réutilisées pour créer un centre équestre, les carrières olympiques, elles, ont vocation à disparaître. 

Un budget alloué qui interpelle 

Si l’espoir d’un changement de décision était né suite à l’annonce d’un nouvel examen de la carte des sites par le COJO afin de faire des économies en raison de la crise sanitaire actuelle, aucune modification n’a finalement été entreprise au sujet des sports équestres. De quoi étonner les acteurs qui s’étaient positionnés afin de remplacer Versailles. C’est notamment le cas de Serge Lecomte, Président de la Fédération français d’équitation (FFE), qui s’était vivement opposé à ce choix pour l’organisation des épreuves équestres en 2024. Selon lui, le projet serait bien trop coûteux et il aurait été plus raisonnable de faire le choix d’un site tel que celui du Parc équestre fédéral, à Lamotte-Beuvron. Autre argument de la Fédération : l’héritage que laisseront ces Jeux. Il aurait ainsi pu sembler logique d’utiliser de l’argent public pour moderniser une structure elle aussi publique et très utilisée afin de la rendre plus performante et plus attractive à court et long termes. Chaque année, le Parc équestre fédéral accueille de multiples compétitions, dont l’Open de France et le Sologn’Pony qui réunissent des milliers de cavaliers, chevaux et visiteurs. La modernisation du site aurait donc pu profiter aux licenciés français et, peut-être, ouvrir la voie au développement de nouveaux types de compétition. Contrairement à Lamotte-Beuvron, « l’héritage serait nul » à Versailles selon Serge Lecomte, comme il le confiait au journal L’Equipe. « Pour l'avenir de l'équitation et pour des questions de bon sens, je demande à Paris 2024 de regarder cette solution de plus près », avait-il ainsi déclaré au mois de juillet 2020. 

Le maire de la commune de Lamotte-Beuvron, Pascal Bioulac, a d’ailleurs lui aussi manifesté son mécontentement et son incompréhension dans un courrier envoyé à Emmanuel Macron et Tony Estanguet, Président du Comité d’organisation des Jeux Olympiques (COJO), peu de temps avant. Selon lui, l’organisation des épreuves équestres à Versailles coûterait plus de 27,3 millions d’euros hors taxe, contre 10 millions d’euros si le Parc équestre fédéral avait été retenu. Ainsi, la décision de conserver l’équitation à Versailles peut d’autant plus étonner lorsque l’on sait que 400 millions d’euros d’économies étaient à prévoir par rapport au budget initial pour l’organisation de ces Jeux, dont 150 millions liés aux équipements temporaires. En effet, les sites provisoires entraînent d’importants investissements, qui ne seront pas nécessairement rentabilisés sur le long terme puisque les équipements ne pourront pas tous être réutilisés après l’événement. Si, pour cette raison, la gymnastique se tiendra finalement en partie à Bercy et le basket au Parc des expositions, l’équitation restera, elle, au château de Versailles, malgré la forte mobilisation de la Fédération. À noter que, si la carte d’attribution des sites est enfin finalisée, elle devrait être officiellement validée par le Conseil d’administration de Paris 2024 le 17 décembre prochain.