Jeux olympiques : mesures drastiques pour une édition inédite
vendredi 19 février 2021

Le stade équestre de Tokyo, ici lors du test event de concours complet, en 2019
Le stade équestre de Tokyo, ici lors du test event de concours complet, en 2019 © DR/FEI/Yusuke Nakanishi

La pandémie persiste mais pour l’heure, les Jeux olympiques tiennent bon. Après une réunion qu’elle qualifie elle-même « d’optimiste » avec les différentes instances olympiques, Sophie Dubourg, la directrice technique nationale, ainsi que le reste du staff fédéral préparent les équipes de France d’équitation pour l’événement. Pour L’Eperon, la DTN évoque les conditions sanitaires inédites de ces Jeux et la préparation des Bleus.

Alors que le monde semble encore loin de venir à bout de la pandémie de Covid-19, les Jeux olympiques sont encore d’actualité mais les spéculations vont bon train quant à une possible annulation de ces derniers. Dans une interview qu’elle nous a accordée le mois dernier, Sophie Dubourg évoquait une réunion avec le CNOSF afin de faire le point sur la situtation au Japon et les mesures envisagées pour permettre la tenue de la compétition. Ce séminaire olympique était « très positif, optimiste même » selon la Directrice technique nationale. « Le CIO, les organisateurs japonais ainsi que le CNO ont commencé par broyer les fake news. » En effet, depuis quelques semaines, plusieurs articles de presse ont fait écho d’une part d’un refus de la population nippone de voir se dérouler les Jeux et d’autre part de représentants politiques manifestant fermement leur opposition à l’événement. « Comme très souvent en politique, ceux qui s’expriment sont dans l’opposition, soufflait Sophie Dubourg avec amusement, avant de reprendre le fil de la discussion. Tout le monde veut continuer d’organiser ces Jeux et 100% des nations engagées ont affirmé qu’elles seraient présentes. Ça aussi, c’est important de le préciser parce qu’on entendait des rumeurs de boycott de certaines nations, ce qui n’est pas le cas. »

Chacun sa bulle

Évidemment, si les Jeux avaient lieu, les conditions seraient inédites. Pour la première fois de leur histoire, ils pourraient se faire sans public, la billetterie est d’ailleurs actuellement fermée. Quant aux athlètes, ils devront tirer un trait sur les habituelles festivités dans les clubs nationaux car le mélange des délégations sportives ne sera pas permis. « Ils auront l’obligation d’être logés sur le village olympique et ne pourront pas prendre les transports en commun mais utiliser des navettes mises à disposition par l’organisation », souligne la DTN. Avec toutes ces mesures, certes banales désormais, mais très restrictives sur les déplacements et les rassemblements, c’est à se demander si cette édition des Jeux olympiques n’aura pas une saveur plus fade que les précédentes. 

Avec l’arrivée sur le marché des premiers vaccins début décembre, la question de savoir si les athlètes allaient devoir passer par cette injection pour avoir le droit de poser le pied au Japon semble légitime. Dans l’immédiat, « le vaccin ne sera pas obligatoire, tout simplement parce que l’organisation pense que certains continents seront en retard sur leur programme de vaccination… Nous les premiers ! », affirme Sophie Dubourg. Les autorités japonaises misent donc sur le testage, « avec un test avant le départ, à la descente de l’avion et des tests toutes les 48 heures, qui passeront peut-être à tous les quatre jours en fonction de l’évolution de la situation », mais aussi sur le traçage. Toute personne présente pour les Jeux olympiques devra remplir un formulaire d’acceptation de traçage et télécharger « une application qui nous suivra jour et nuit, même téléphone éteint, pour savoir où nous sommes ». Une condition sine qua non que toute la délégation accepte, selon Sophie Dubourg, qui précise que « tout le monde est tellement motivé que ce n’est pas un frein. »
Que se passera-t-il alors si, malgré toutes ces précautions, un cavalier se révélait positif au virus ? Toujours selon la DTN, la FEI, sous l’impulsion du comité olympique, travaillerait sur un “scénario catastrophe” au cas où « des athlètes, voire un groom ou un membre du staff seraient positifs ». Celle-ci reconnaît d’ailleurs que ce risque - qui pourrait décimer une équipe - fera partie du jeu. Pour limiter les conséquences, le staff fédéral recommande à chaque athlète de démultiplier les noms des personnes accréditées, notamment pour les grooms. « On les incite à en mettre quatre ou cinq sur la liste, au lieu de deux en temps normal, parce qu’une fois que la banque d’accréditation sera fermée (le 5 mars, ndlr), on ne pourra plus ajouter quelqu’un. »

Chauds les Bleus !

Suite à ces nouvelles rassurantes du côté des différentes équipes organisatrices, le staff fédéral n’envisage qu’un scénario : « On se prépare pour y être et si on n’y est pas, notre préparation ne sera pas vaine ». Avec le report des championnats d’Europe dans toutes les disciplines (hormis le para-dressage), la DTN estime qu’il « y aura forcément un transfert des meilleures équipes sur les championnats d’Europe » si les Jeux olympiques venaient à être annulés. 
Alors les équipes de France travaillent, et d’arrache-pied. Comme l’année dernière, il est un paramètre qui donne des maux de tête quant à la préparation des chevaux et des cavaliers : les conditions climatiques, chaudes et humides au pays du Soleil Levant. Si les protocoles diffèrent en fonction des disciplines, toute la cavalerie est soumise à des tests d’effort et à des contrôles vétérinaires réguliers quant à leurs capacités de récupération. Prises de température, pesées, examens sanguins… rien n’est laissé au hasard. « On a fait tout un protocole avec une équipe de scientifiques, un cavalier d’obstacle, deux vétérinaires et on s’est appuyés sur des recherches universitaires pour étudier ces phénomènes d’acclimatation », souligne Sophie Dubourg. Après un bilan complet avec contrôle de la transpiration, du cardio et des lactates présents dans le sang, entre autres, chaque cheval se voit attribuer un programme minutieux qui correspond à ses besoins. Il en sera de même pour les cavaliers, qui effectueront en mars des tests en chambre thermique où des médecins évalueront leurs facultés d’hydratation et de réhydratation ainsi que leurs fonctions respiratoires. « On s’est rapproché de la voile, qui est très avancée sur le sujet, souligne la DTN. La médecin de l’équipe fédérale de voile va aussi intervenir avec nos médecins et kinés pour les cavaliers. » L’acclimatation à la chaleur s’effectuera « trois à quatre semaines avant le départ, précise-t-elle. On va essayer de faire vivre les couples sept à dix jours dans un manège chauffé qu’on va humidifier avec des brumisateurs. » Une mise en condition pour préparer leur corps bien sûr, mais surtout leur esprit ! « On veut que chevaux et cavaliers se disent “On a déjà vécu ces conditions, on n’a pas eu mal, on a réussi à faire notre parcours, tout va bien” », explique-t-elle. L’objectif est de diminuer le mauvais stress, qui peut empiéter sur les capacités. À partir de la fin juin, cavaliers et chevaux évolueront donc dans un manège fermé, « en espérant qu’il y ait de fortes chaleurs pour éviter d’avoir à trop chauffer le manège. »