Julien Pelletier : « Nous devons proposer des actions lisibles, simples et utiles au plus grand nombre »
samedi 12 juin 2021

Julien Pelletier
Julien Pelletier © DR/Coll.privée

Élu le 18 mars dernier au poste de vice-président chargé des centres équestres au sein du Comité Fédéral, Julien Pelletier, 35 ans, également directeur adjoint du Haras de Jardy, directeur du centre équestre de l'île de loisirs de Saint-Quentin-en-Yvelines, secrétaire général du CREIF, détaille les actions qui devraient être menées en faveur des centres équestres dans les mois et les années à venir.

Avec quelques semaines de recul, quel est votre sentiment sur cette campagne inédite, qui mettait en présence trois candidats, dont Anne de Sainte Marie qui s’est mobilisée plus d’un an en amont des élections ?

Incontestablement, cette campagne a eu l’avantage de mobiliser la filière et de créer un intérêt pour cette élection, comme en atteste le taux de participation (57,89% des votants, soit 68,83% des voix au premier tour, près de 55 % au second tour, ndlr). Cette première campagne nationale a été pour moi l’occasion d’aller à la rencontre des dirigeants, et plus largement de tous les acteurs de la filière, avec une équipe presque totalement renouvelée. Certes, les débats ont été plus ou moins élégants ou pertinents, mais ont eu le mérite de générer de très nombreux échanges sur des sujets très divers. Il est essentiel de donner la parole au plus grand nombre, pour ensuite mettre en œuvre les idées qui recueillent le maximum de suffrages. Le débat d’idées ne peut être que stimulant et enrichissant. Même si notre équipe a été élue, il est essentiel que nous gardions en mémoire l’ensemble des idées et problèmes évoqués par les sympathisants de tous bords, pour agir dans un réel esprit de rassemblement tout en portant notre projet. 

Au cours de la campagne, divers sujets ont été à l’origine de controverses et polémiques. C’est le cas de l’accès au vote réservé aux membres actifs. Quel est votre regard sur ce point ?

Ce sujet a en effet été mal perçu. Il s’agit pourtant d’une décision votée en 2017 assemblée générale par les dirigeants en faveur de deux adhésions de membres adhérents, à 250 et 500 euros, qui permettent aux structures de bénéficier de tous les services de la Fédération, tandis que l’adhésion à 780 euros confère aux seuls membres actifs le droit de vote. 

Le sujet de la pédocriminalité a également animé les débats lors de cette campagne. 

Les violences sexuelles constituent un sujet dont nous devons tous nous saisir, et qui, au-delà de la position ou des actions de la Fédération, doit faire l’objet d’un engagement citoyen. Je ne peux que regretter que ce sujet ait été instrumentalisé sur un plan politique, et mis sur la place publique alors qu’il relève de l’intime et mérite d’être appréhendé par des spécialistes. Ce qui importe avant tout est d’améliorer la prise en charge des victimes, de libérer la parole, d’accélérer la transmission des dossiers à la police et à la justice. La FFE a signé en mars dernier un partenariat avec l’association Colosse aux Pieds d’Argile. L’ensemble des élus du comité fédéral est pleinement mobilisé et va participer à une formation sur la prévention contre les violences sexuelles, un sujet qui mérite d’être abordé notamment dans le cadre des formations. 

Les Assises du Territoire, pilotées par Emmanuel Feltesse, Président du Conseil des présidents de région, ont été lancées le 7 avril dernier. S’agit-il d’une démarche inspirée du tour de France de la candidate Anne de Sainte Marie ? Quels en sont les objectifs ?

Ce projet, qui figurait en tête du programme du groupe Mieux Vivre l’équitation, s’est imposé comme prioritaire au comité fédéral dès son élection. Il s’agit d’une vaste enquête nationale en ligne, à laquelle toutes les structures sont invitées à participer, enrichie de deux réunions en vision conférence par régions et de tables rondes. L’objectif est que personne ne se sente exclu de la Fédération. Nous cherchons à renforcer et à optimiser le maillage territorial entre la fédération, les comités régionaux, les comités départementaux, les établissements équestres, les organisateurs et associations de pratiquants. Trente réunions ont déjà eu lieu, nous avons déjà recueilli plusieurs centaines de réponses. En septembre, suite à une synthèse, un plan d’action sera déployé. 

Quels sont les thèmes abordés ?

Plusieurs points font l’objet de discussions, et potentiellement une modification des statuts, dont le système de vote aux élections fédérales réservé aux seuls membres actifs, et le fait que les présidents des CDE soient obligatoirement dirigeants d’une structure. Il nous faut aujourd’hui redonner de la vitalité aux comités départementaux, pour que davantage de personnes puissent être éligibles, tout en définissant clairement les prérogatives des candidats à ce genre de fonction, car il est essentiel que les CDE soient pilotés par des personnes de notre milieu. Nous avons pris conscience au cours de la campagne que la production d’idées tous azimuts à la Fédération est importante, mais que le message a du mal à passer. Parfois les dirigeants ne connaissent pas suffisamment les services et les outils de la Fédération. À nous de leur apporter l’information et de les accompagner, de proposer des actions lisibles, simples et utiles au plus grand nombre. 

Quelles sont les actions concrètes engagées en faveur des clubs ?

Le club est par essence transversal. Il concerne l’accueil du public, la compétition, la formation, et l’équitation, notamment d’extérieur. Le comité va s’appliquer, en collaboration avec les élus et les permanents de la Fédération, à agir de façon collective et unie pour mener des actions en faveur des établissements. Parmi les actions immédiates, une campagne de communication, qui a débuté par la fête du poney le 6 juin dernier, se poursuivra sur les stages d’été et la rentrée de septembre. Côté formation, nous travaillons à la création d’un diplôme d’animateur soigneur. Actuellement, le diplôme d’animateur d’équitation (AE) nécessite en sortie la détention d’un Galop 6. Certains cavaliers ont un niveau Galop 3 ou 4 mais sont des passionnés. Ce nouveau diplôme devrait permettre de recruter des cavaliers au sein des établissements, de leur donner des bases sur la connaissance du cheval, l’accueil du public, le travail des écuries, les soins aux chevaux et le travail à pied, de façon à les amener à un diplôme d’animateur puis s’ils le souhaitent à un diplôme d’enseignant. Leur rôle sera de seconder les enseignants dans la manipulation des chevaux et l’aide aux cavaliers. C’est un moyen de fidéliser les cavaliers dans nos établissements, et de trouver une solution au problème de recrutement de personnel dans nos structures. Par ailleurs, nous travaillons à la refonte des labels des établissements, qui correspondent à un cahier des charges minimum pour accueillir du public, de sorte qu’ils deviennent un véritable outil pour les clubs. Nous envisageons également de mettre en place des Galops fédéraux plus spécialement destinés aux  adultes. De plus, un nouvel espace à interface unique sur le site internet, actuellement en création, permettra aux clubs de trouver les divers outils dont ils ont besoin. La fidélisation du public est également un sujet central sur lequel nous allons nous pencher. 

Qu’en est-il du dispositif d’aides aux établissements dans le cadre de la crise sanitaire ?

La meilleure aide que nous puissions apporter aux clubs et de les aider à développer leur clientèle. Les établissements ont avant tout besoin de cavaliers, et non d’un saupoudrage d’aides financières temporaires. Nous nous appliquons à relancer la compétition pour que les écuries reprennent leur projet sportif, à promouvoir l’équitation pour attirer du public au moment où toutes les activités concurrentes reprennent. C’est le moment de surfer sur l’engouement dont l’équitation a bénéficié durant les périodes de confinement en tant que sport d’extérieur. À nous de capitaliser sur l’image favorable dont elle bénéficie. 

Avez-vous un message à l’intention des dirigeants d’établissements ?

Je tiens à les assurer que notre équipe est pleinement motivée et disponible à tout moment pour échanger et débattre sans tabou. Nous avons à cœur de leur apporter des solutions pour "mieux vivre l’équitation" pour reprendre les termes de notre slogan de campagne. Tous les sujets seront discutés en concertation avec les dirigeants. Notre action est placée sous le signe de l’ouverture et du dialogue.