Paris 2024 : le site de Versailles ne sera pas 100% éphémère
samedi 05 décembre 2020

JO 2024 Versailles
JO 2024 Versailles © DR

Le 25 novembre, le COJO publiait la nouvelle carte des sites qui accueilleront la 33ème Olympiade d’été à Paris du 26 juillet au 11 août 2024, dont Versailles. François Lucas, acteur de cette candidature, décrypte le projet et dénonce les polémiques qu’il suscite.

François Lucas n’a pas attendu l’échéance olympique de Paris 2024 pour soutenir la candidature de Versailles, déjà pressentie pour les Jeux Equestres Mondiaux de 1990. La France se désiste au profit de La Haye, mais il entretient des relations avec le château, et en devient le conseiller « cheval ». En 2015, lorsque Paris tente sa candidature pour les JO, il obtient, soutenu par Serge Lecomte, l’aval de Gérard Larcher, président du Sénat, pour le château de Versailles, qui adhère au projet. Il est actuellement mandaté par le CROSIF pour veiller à l’héritage laissé par les sites de l’ouest francilien après les JO. 

Le vrai du faux 

François Lucas l’explique, le CIO a donné son aval pour ce site car il répond au cahier des charges imposé, dont le prestige attaché au lieu est incontestable. Côté accessibilité, avec l’aéroport de Saint Cyr l’Ecole à 5 km, les autoroutes A12, A13, A86, les trois gares qui desservent Paris, renforcées par la nouvelle ligne 13 du Tramway en cours de finition - qui aboutit à quelques dizaines de mètres de l’entrée du site, et non de l’entrée principale - le contrat est rempli. La gestion des flux entre spectateurs des JO et visiteurs du château, objet de nombreuses attaques, est donc caduque. Autre facteur favorable, la capacité d’accueil du public, dans les 800 hectares du Parc, évaluée à 100 000 personnes, dont 22 000 assis dans les tribunes éphémères, avec vue sur le Grand Canal, et aperçu lointain sur le château, d’autant que le parking en périphérie de l’aéroport et au cœur du parc est presque illimité. Le saut d’obstacles et le dressage se tiendront sur une carrière temporaire – rien d’exceptionnel - tandis que le cross de 6000 mètres, émaillé d’obstacles loués pour un coût identique quelque soit le site, sillonnera le parc du château sur des allées de 50 mètres de large. Grâce à l’aménagement d’un plancher, comme à Blenheim, le parcours traversera même le Grand Canal. À la critique du terrain sans dénivelé, François Lucas oppose des buttes de terre aménagées pour l’occasion.  

Pérenne ou éphémère, LE point épineux  

Au cœur des critiques sur le choix de Versailles : l’aspect éphémère des installations, alors que d’autres sites vantent des infrastructures permanentes rendues opérationnelles à moindre coût. Sur les réseaux sociaux fleurissent des attaques sur un site « qui va coûter une fortune, et sera démonté le lundi matin ».  François Lucas regrette un amalgame dans la communication du CIO entre « la scène, composée des carrières éphémères, et les coulisses, à savoir un centre équestre pérenne qui permettra d’héberger à minima les chevaux olympiques » et s’oppose fermement à cette critique. « Le dossier de candidature approuvé par le CIO et la FEI incluait dès le départ l’implantation d’une installation équestre pérenne. » Certes, le site n’offre pas toute liberté de construction ou d’aménagement, mais rapidement, la solution est trouvée. Depuis 2008, la ville de Versailles est propriétaire des vingt hectares d’une ancienne base militaire, situés au-delà du mur d’enceinte du château, où elle projette d’implanter une nouvelle « cité-jardin ». François Lucas y déniche une parcelle de trois hectares, occupée par un moulin des années 30, qui mérite d’être détruit. La loi interdisant tout recours de tiers dans le cadre d’un projet de construction concernant les JO, le maire François de Mazières, intéressé par cette parcelle, se laisse convaincre d’y implanter un centre équestre. François Lucas pointe en Ile-de-France un déficit de structures par rapport à la population, et une offre éloignée de la saturation, qualifiant la critique de la concurrence aux établissements existants de malveillance. 

Convaincu du bien fondé du projet, François Lucas regrette un silence assourdissant de la part du COJO sur l’héritage de l’événement, et la répartition du budget prévisionnel de 27.400 millions d’euros HT entre l’éphémère et le pérenne, d’autant qu’aucun professionnel de sa connaissance n’a été consulté sur la réalisation des infrastructures. Avec une pointe d’inquiétude sur les aspects techniques et financiers, François Lucas se promet aussi de faire abandonner les test-events, imposés par la FEI un an avant l’événement. Il l’affirme, son unique souhait est que Versailles fasse l’unanimité, et que l’esprit sectaire actuel laisse la place à une volonté d’ouverture. Un dossier à suivre de près.