Violences sexuelles : Serge Lecomte rend des comptes à la Ministre des sports
vendredi 05 juin 2020

Serge Lecomte
Serge Lecomte © Scoopdyga

Suite aux révélations de Mediapart, Roxana Maracineanu, Ministre des sports et très impliquée dans la lutte contre les violences sexuelles dans le milieu sportif, avait convoqué Serge Lecomte, président de la Fédération française d'équitation hier pour un entretien sur le sujet.

Le 23 mai, Mediapart publiait une enquête sur la pédocriminalité dans le monde équestre. L'article s'étend longuement sur le cas de Loïc Caudal, un éducateur condamné dès 2013 et à deux reprises pour agressions sexuelles sur mineures après des faits survenus au poney-club de Suresnes, dirigé par Serge Lecomte. A la suite de ces condamnations, l'homme a eu interdiction d'enseigner et d'être en contact avec des mineurs. Cela n'a pas empêché la FFE, présidée par Serge Lecomte, d'embaucher Loïc Caudal de 2014 à 2019 en tant que chauffeur de véhicules publicitaires et poseur de signalétiques sur différentes compétitions. Un travail qui ne nécessite certes pas de contact direct avec les mineurs, mais qui l'a amené à recroiser ses victimes à plusieurs reprises... Interrogé à ce sujet par les journalistes de Mediapart, Serge Lecomte a nié avoir pris connaissance des faits avant de reconnaître en avoir tout de même eu vent "après coup". "Vous me parlez d'une affaire qui est derrière moi, tout ça est derrière nous!", a-t-il conclu. Un discours qui tranche avec celui tenu quelques mois plus tôt où il affirmait : "sous ma présidence, tous les faits dont nous avons été saisis relevant de violence, déviance ou abus sexuels, ont systématiquement donné lieu à la mise en place de mesures conservatoires"...

A la suite de cette publication, Roxana Maracineanu, très impliquée dans la lutte contre les violences sexuelles dans le sport (lire ICI), a convoqué Serge Lecomte pour un entretien au Ministère des sports hier, jeudi 4 juin. Pourtant, "nous ne sommes pas entrés dans les détails de l'article de Mediapart", a déclaré le président de la FFE à sa sortie du ministère à nos confrères de L'Equipe. Une position nuancée par le Ministère, selon les sources du quotidien : le cas de Loic Coudal aurait bien été mis sur la table, la Ministre évoquant même un courrier émanant de la Direction départementale des Hauts-de-Seine sur le sujet en 2014 et dont Serge Lecomte assurerait ne pas avoir eu connaissance. "La ministre a dit qu'elle allait demander des explications complémentaires à ses services déconcentrés. Il n'est pas exclu qu'il y ait des suites", précise-t-on dans l'entourage de Roxana Maracineanu.

"Nous avons évoqué les différentes pistes envisageables pour être plus efficace dans la prévention et le traitement des cas signalés. Les mesures que nous avons prises et ce que l'on peut envisager pour aller plus loin", a quant à lui déclaré Serge Lecomte qui regrette l'absence de fichiers nationaux recensant les établissements équestres ouverts au public et les personnes qui encadrent. "C'est ingérable en l'état actuel des choses", a-t-il déploré avant d'évoquer le manque de moyens. "On souhaiterait nous voir faire le travail de la justice, avant la justice ! Ce n'est pas possible. Le travail de la fédération est de faire de la prévention, de transmettre les signalements qu'elle reçoit - ce que nous faisons - et ensuite c'est à la justice d'oeuvrer. Mais pour cela, il nous faut un fichier central. J'ajoute qu'il faut du personnel pour faire tout cela. Il y a un coût."

Un raisonnement auquel la Ministre n'adhérerait pas : elle aurait notamment évoqué le fait que les mesures administratives et éventuellement pénales dispensées par les autorités compétentes n'empêchaient pas la mise en place de mesures disciplinaires de la part de la Fédération, toujours selon les sources de L'Equipe.