Violences sexuelles : la FFE a-t-elle fermé les yeux ?
mardi 26 mai 2020

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FFE © Scoopdyga

Pédocriminalité et violences sexuelles dans le sport, des mots difficiles à entendre qui lèvent le voile sur des histoires vécues par des athlètes devenues les victimes de leurs enseignants. Ces enfants, ces hommes et ces femmes vivent en permanence avec de lourdes séquelles physiques et psychologiques. Bien souvent, il leur est même difficile d'en parler par peur, par honte, par manque d'interlocuteur... Et rien ne garantit la protection de ces personnes, bien souvent mineures au moment des faits. Les failles du milieu sportif sont présentes et ce, à toutes les échelles, des clubs aux fédérations. C'est ce que tend à montrer la dernière enquête de Médiapart qui accuse, entres autres, le président de la FFE, Serge Lecomte, d'avoir fermé les yeux trop longtemps.

En décembre dernier, le média d'investigation Disclose publiait une longue enquête sur la pédocriminalité et les violences sexuelles dans le sport (lire ici). Depuis, la parole des athlètes -mineurs ou pas- s'est libérée à tel point que les présidents de la Fédération française des sports de glace (FFSG) et de la Fédération de roller et skateboard (FFRS) ont fini par démissionner. Les sports équestres ont également connu leur lot de victimes. Amélie Quéguiner (dont le témoignage est à lire ici) a été la première à prendre la parole pour raconter son viol dans les années 80 par trois de ses encadrants. D'autres témoignages ont suivi et ont révélé des procédures engagées contre Jean Christophe Brionne, un coach bien connu chez les poneys, avant son suicide. 

La Fédération française d'équitation (FFE) avait alors réagi en publiant un communiqué où elle disait apporter "son soutien et sa solidarité aux victimes". Plusieurs mesures avaient été mises en place dont une cellule d'écoute et une campagne d’information sur les réseaux sociaux... qui semblent bien légères après avoir pris connaissance des faits révélés par Mediapart ce week-end (à retrouver ici). L'enquête s'étend longuement sur le cas de Loïc Caudal, un éducateur condamné dès 2013 et à deux reprises pour agressions sexuelles sur mineures après des faits survenus au poney-club de Suresnes, dirigé par Serge Lecomte. A la suite de ces condamnations, l'homme a eu interdiction d'enseigner et d'être en contact avec des mineurs, a confirmé son avocate, Me Laure-Ingrid Morainville, à nos confrères. Cela n'a pas empêché la FFE, présidée par Serge Lecomte, d'embaucher Loïc Caudal de 2014 à 2019 en tant que chauffeur de véhicules publicitaires et poseur de signalétiques sur différentes compétitions. Un travail qui ne nécessite certes pas de contact avec les mineurs, mais qui l'a amené à recroiser ses victimes à plusieurs reprises... Interrogé à ce sujet par les journalistes de Mediapart, Serge Lecomte nie avoir pris connaissance des faits avant de reconnaître en avoir tout de même eu vent "après coup". "Vous me parlez d'une affaire qui est derrière moi, tout ça est derrière nous!", a-t-il conclu. Un discours qui tranche avec celui tenu quelques mois plus tôt où il affirmait : "sous ma présidence, tous les faits dont nous avons été saisis relevant de violence, déviance ou abus sexuels, ont systématiquement donné lieu à la mise en place de mesures conservatoires"...

Aujourd'hui Loïc Caudal ne travaille plus pour la FFE, il a en revanche ouvert une écurie de propriétaires à quelques kilomètres de Bordeaux. L'enseignement n'est pas évoqué sur la plaquette publicitaire de l'établissement mais rien ne garantit que l'homme ne sera pas à nouveau en contact de mineurs... La récidive était justement l'un des problèmes évoqués par l'enquête de Disclose qui précisait que "dans 77 % des cas recensés, l’agresseur a soit poursuivi son activité malgré une procédure judiciaire en cours, soit retrouvé un poste dans le milieu sportif après une condamnation pour une infraction à caractère sexuel". Cette affaire a en tout cas le mérite de pointer à nouveau de sérieux dysfonctionnements au sein des sports équestres, bien que le milieu des courses connaisse aussi son lot de délits et de crimes. En octobre 2018, une plainte a été déposée contre le jockey Pierre-Charles Boudot pour viol. La même année, Grégory Pieux, le fils du jockey Christophe Pieux, portait plainte pour agressions sexuelles lorsqu'il avait neuf ans contre José Bruneau de la Salle, un éminent propriétaire de chevaux de course. Il est peut-être temps de briser l'omerta qui règne depuis des lustres.