Abcès des pieds : le mal des saisons humides
mardi 23 mars 2021

Maréchal-sabot
Maréchal-sabot © DR

L’abcès du sabot est la principale raison de boiterie aiguë chez le cheval. Généralement soudain et douloureux, il est favorisé par l’humidité des saisons d’automne et d’hiver, qui fragilise la corne. Il se soigne néanmoins facilement et ne laisse pas de séquelle à l’équidé si il est pris à temps. Tour d’horizon des causes de cette infection, afin de mieux la comprendre et mieux la prévenir.

Un accès du pied est le résultat de la prolifération de bactéries au sein de la sole. L’introduction de ces bactéries peut être le résultat d’un choc sur la sole, avec un caillou par exemple, qui engendre une fissure de la sole : c’est la porte d’entrée des bactéries dans le sabot. Lors des périodes humides, la corne des chevaux vivant au pré ou passant beaucoup de temps à l’extérieur devient plus perméable et les bactéries y entrent plus facilement. « En hiver, la sole et la fourchette, ramollies par l’humidité permanente, se retrouvent fragilisées. La macération altère en effet l’intégrité de la corne, favorisant l’entrée d’agents pathogènes qui vont venir s’y loger et s’y développer. Le cheval est ainsi plus sujet à la pourriture de la fourchette, aux abcès de pied et aux bleimes à cette saison », rappelle l’Institut français du cheval et de l’équitation (IFCE). Cette perméabilité du pied peut également être la conséquence d’un cheval logé en intérieur sur des litières sales et pas assez entretenues. 

La formation de l’abcès

Une fois les particules étrangères entrées dans le pied par le biais d’une fissure ou  d’une petite ouverture, elles vont s’y accumuler. Chaque fois que le cheval pose son pied, la pression exercée pousse les particules de plus en plus loin, leur permettant d’accéder aux tissus internes sous la corne. 

Une fois arrivées à l’intérieur de la boite cornée, les bactéries se développent jusqu’à former une poche de pus, l’abcès, dont la taille augmente avec le temps. L’inflammation, créée par la réponse du système immunitaire aux bactéries, ainsi que la pression inhérente à l’accumulation du pus sur les tissus environnants causent ainsi la douleur, et par extension, la boiterie, due à un abcès du pied. 

Comment l’identifier ?  

Généralement, un équidé atteint d’un abcès au pied se met soudainement à boiter bas. Si la boiterie peut être légère au tout début, le cheval refusera rapidement de prendre appui sur son pied et de le poser au sol. Ainsi une boiterie aiguë et soudaine, associée à un pied chaud et douloureux et à un pouls plus élevé au niveau du boulet sont de signes cliniques qui doivent orienter le détenteur de l’équidé vers un abcès. Plus rarement, et dans le  cas d’un abcès de longue date, le membre peut être enflé du pied vers le boulet, voire même le canon. 

Appeler le maréchal ferrant est alors nécessaire. Le professionnel enlèvera le fer si le cheval est ferré et, à l’aide d’une pince à sonder, cherchera à déterminer la localisation de l’abcès sous la sole. Cet outil permet d’appliquer une pression précise sur la sole et la fourchette : en cas de réaction du cheval à la pression à un endroit déterminé, l’abcès est localisé ! 

Il arrive parfois que tout le pied soit douloureux avec une douleur diffuse et qu’il soit  difficile de localiser avec précision l’abcès. Des radiographies du pied peuvent alors permettre de confirmer le diagnostic. Attention cependant, un abcès ne se voit pas  systématiquement à la radiographie. L’imagerie permet en revanche d’écarter une fracture de la troisième phalange ou un début de fourbure, dont les signes cliniques sont proches de ceux de l’abcès. 

Le traitement

Une fois le diagnostic de l’abcès établi, deux cas de figures sont possibles. Si l’abcès est mûr, le professionnel, vétérinaire ou maréchal, trouvera une poche de pus en creusant la sole avec une renette. Grâce à l’ouverture créée, le pus pourra s’écouler et l’abcès sera drainé. 

Si l’accès n’est pas localisé, et donc qu’il n’est pas mûr, il sera nécessaire de procéder à l’application de cataplasmes chauds et humides à la graine de lin (une à deux fois par jour) qui permettront à l’abcès d’arriver à maturation afin de procéder à son drainage. L’application de ces cataplasmes peut s’avérer difficile à poser en cas de cheval impatient et sont parfois difficiles à faire tenir 24h lorsque l’opération n’est réalisée qu’une fois par jour. Il existe néanmoins désormais des  « chaussures de traitement » qui facilitent les choses. Une fois l’abcès mûr, il faudra alors réaliser l’étape du drainage, bien que certains abcès, placés à des endroits stratégiques, percent d’eux mêmes. 

Lorsque l’abcès est percé, le détenteur de l’équidé doit être rigoureux concernant le nettoyage quotidien du pied affecté, grâce à des bains de pied réalisés dans des  solutions antiseptiques. Là encore, la chaussure de traitement peut s’avérer être une alternative utile dans le cas de chevaux récalcitrants aux soins. 

Enfin, durant toute la durée du traitement, le cheval doit impérativement arrêter toute activité et être hébergé sur un sol sec et propre. Pas toujours facile lorsque l’équidé  vit au pré… Dans ce cas, et en la présence d’un abri ouvert, ce dernier peut être fermé provisoirement et agrémenté d’une litière refaite quotidiennement pour accueillir les cheval le temps des soins. 

En prévention 

Les pieds doivent être l’objet d’une attention quotidienne, encore plus rigoureuse lors des périodes humides et lorsque le cheval vit à l’extérieur. Le dessous des sabots (sole, fourchette et talons) doivent être examinés  avec attention afin de vérifier l’absence de bleimes, de douleur ou de chaleurs. En période humide et lorsque la corne se ramollit, tenter de limiter la boue et offrir un endroit sec où le cheval pourra stationner est un véritable plus, bien qu’en pratique ce ne soit pas toujours réalisable pour les chevaux vivant au pré. Pour les chevaux au box, ou logés en paddock/box, il est impératif de veiller à la propreté de la litière ainsi qu’à la bonne ventilation des écuries. « L’humidité ambiante combinée à la chaleur des animaux et l’atmosphère confinée des écuries sont propices au développement du microcosme ambiant », note l’IFCE. 

En période humide, il est recommandé d’appliquer du goudron ou de l'huile de cade sur la sole ou la fourchette pour raffermir et assainir la corne en cas de pieds gras. Ces produits peuvent également être utilisés en prévision de conditions humides, en faisant office « d’imperméabilisant » de la corne. A contrario, au printemps et à l’automne, il est recommandé d’appliquer plusieurs fois par semaine de l’huile ou de l’onguent afin que la corne ne devienne ni trop sèche ni trop cassante. 

Dans tous les cas, lorsque le cheval est monté, le cavalier doit toujours privilégier les sols qui ne créeront pas de traumatismes. Attention donc aux matériaux des sous-couches des carrières abimées ou anciennes  qui peuvent remonter, ainsi qu’aux cailloux sur les chemins de balade, surtout à allure vive. Enfin, au moindre doute ou question, la meilleure marche à suivre reste de se rapprocher de son maréchal ferrant ou de son podologue.