Le confinement : quels effets sur la gestion des chevaux au quotidien après ? (2/5)
mercredi 06 mai 2020

cheval-foin
Ph. C.F.

La crise sanitaire humaine que la France et le monde entier traversent a des répercussions sur l’organisation de nos vies mais aussi sur celles de nos chevaux. A l'approche du déconfinement, L'Eperon propose de revenir sur les bases du bien-être équin via une nouvelle série d'articles. Ce volet est consacré à l'alimentation.

Il est primordial d’adapter la ration alimentaire à l’exercice effectué par le cheval pour éviter les variations de poids. Les chevaux, tout comme les sportifs humains, ont un poids de forme se définissant comme le poids optimal atteint pendant une période de performance sportive. Connaître précisément le poids de forme permet, par exemple, pour un cheval en reprise d’entraînement et en surpoids, de planifier le retour à la compétition plus efficacement en adaptant mieux le travail et la ration. Inversement, la détection plus précoce de perte de poids permet de limiter le risque de surentraînement chez un cheval en phase de compétition très intense et de déceler tout signe avant-coureur d’un problème médical.

Le foin, un élément essentiel

Le cheval est un herbivore. L’apport de fourrage (herbe, foin, enrubanné, ensilage) est donc indispensable dans son alimentation et pour son bien être. Le fourrage doit être de bonne qualité, propre et appétant et doit permettre de combler les besoins énergétiques et nutritionnels du cheval à l’entretien. La qualité est essentielle car il y a des risques liés à un foin de mauvaise qualité : consommation diminuée, inflammation respiratoire, intoxications avec troubles digestifs, hépatiques, neurologiques… L’apport en foin doit être également suffisant pour atteindre la sensation de satiété. La quantité minimale (quelle que soit la quantité de concentrés apportés) de foin pour un cheval au travail d’entretien doit être de 1,5 kg pour 100kg. Un cheval de 500 kg doit donc consommer 7,5 kg de foin au minimum par jour. Pour un cheval en travail plus intense, cela peut aller jusqu’à 3% du poids du cheval soit 15 kg de foin pour un cheval de 500 kg. La paille est une source de fibres mais de faible qualité nutritionnelle et énergétique et elle ne peut, en aucun cas, se substituer au foin. A noter qu’un cheval au travail peut ne recevoir que du foin à partir du moment où celui-ci est donné en quantité suffisante et est de bonne qualité. Un bon foin de prairie apportera une quantité d’énergie supérieure, par exemple, à un foin récolté tard ou dans des conditions climatiques défavorables. Ainsi, afin de connaître de façon précise l’apport alimentaire du foin distribué, il est recommandé d’effectuer une analyse de laboratoire sur un échantillon représentatif du stock. Cela permet d’ajuster, au mieux, la ration alimentaire du cheval.

Céréales et apport énergétique

Les concentrés sont composés de céréales (orge, avoine, maïs..), ajoutées seules ou en combinaison afin d’augmenter l’apport énergétique de la ration pour des chevaux au travail, en  croissance, en lactation, en convalescence ou en manque d’état. L’énergie provient essentiellement de l’amidon qui est un glucide rapidement hydrolysé dans l’intestin grêle mais relativement mal digéré chez le cheval. Si il y a un apport important de granulés, l’excès d’amidon non digéré dans l’intestin grêle va fermenter dans le gros intestin (caecum et colon) et cela va perturber la flore du colon. Il y aura alors un risque augmenté de coliques mais aussi de fourbure. Par ailleurs, les concentrés entraînent une augmentation de l’acidité dans l’estomac ce qui peut être un facteur prédisposant à l’apparition d’ulcères gastriques.

Enfin, l’apport de grandes quantités de concentrés est également responsable de l’apparition de problèmes musculaires et doit être particulièrement évité lorsque les chevaux présentent des affections chroniques tel que la PSSM par exemple (anomalie de stockage du glycogène au niveau du muscle). La quantité d’amidon par repas ne doit pas dépasser 2 à 4g/kg.

Et en supplément ?

Une autre source d’énergie est l’huile végétale qui a une valeur énergétique élevée et qui peut apporter 4 à 15% du besoin énergétique en fonction des chevaux. L’huile peut s’ajouter directement dans la ration (avec un rapport de 100g pour 100kg du poids d’un cheval). Sachant que 100 g d’huile représente en moyenne 125 ml, il est possible d’administrer jusqu’à 625 ml d’huile à un cheval de 500 kg ! L’apport doit être, bien sûr, progressif et doit se faire sur une période de 2 à 3 semaines, le tout en plusieurs repas (2 à 3/jour). A noter que ces matières grasses sont incluses dans de nombreux concentrés commerciaux (jusqu’à 14% pour certains). Les effets indésirables possibles d’un apport d’huile en grande quantité peuvent être des déséquilibres minéraux (déficit en calcium notamment) ainsi qu’un risque de stress oxydatif qu’il conviendra de pallier en supplémentant le cheval en vitamine E (100 à 200 UI/100 g d’huile ajoutée). Une ration riche en matière grasse est recommandée chez les chevaux présentant des problèmes musculaires chroniques.

Des fibres hautement digestibles, contenues notamment dans les pulpes de betterave ou dans les coques de soja, peuvent être administrées aux chevaux. Elles sont présentes dans certains concentrés commerciaux ou peuvent être administrées directement. Néanmoins, les pulpes de betterave doivent être impérativement trempées dans l’eau 4 à 6h avant administration. La quantité de pulpe de betterave peut aller jusqu’à 300 g/100 kg.

Il faudra également faire attention à l’équilibre de la ration en minéraux et notamment le calcium et le phosphore. Les besoins en calcium sont plus élevés chez les chevaux athlétiques mais aussi chez le cheval âgé. Les autres minéraux majeurs sont le sodium, le potassium, le chlore et le magnésium. L’apport peut être calculé pour s’assurer que les apports compensent les pertes engendrées par la sueur ou l’exercice. Enfin, il existe des minéraux « mineurs » tels que le sélénium, le zinc, le cuivre, l’iode, le fer, le manganèse et le cobalt. Les carences sont rares notamment pour le fer pour lequel l’apport dans le foin et les concentrés est amplement suffisant pour le cheval. Attention également à une complémentation en sélénium lors d’atteintes musculaires par exemple. Il existe un risque de toxicité si l’apport est supérieur aux besoins du cheval.

Concernant les vitamines, la vitamine E et la vitamine C ont un pouvoir anti-oxydant notamment chez les chevaux à l’exercice. Ainsi, en fonction de l’intensité du travail, les chevaux peuvent recevoir 100 à 250 UI/kg de matière sèche de vitamine E par jour. L’intérêt de la supplémentation en vitamine C n’a pas été démontré, le cheval en synthétisant de manière naturelle. Des carences en minéraux peuvent engendrer des troubles cliniques. Par exemple une carence en cuivre ou en zinc entraînera des troubles cutanés ; une carence en vitamine E et/ou sélénium entraînera des troubles musculaires. Pour la complémentation, il faut faire attention aux excès de sélénium, fer et iode.

Les chevaux ont également besoin d’un accès à de l’eau propre, à volonté et à température modérée. Les besoins d’un cheval sont d’environ 3 à 4 L d’eau par kg de matière sèche ingérée, soit environ 25 à 35 L d’eau par jour pour un cheval de 500 kg.

En résumé...

La ration doit être de bonne qualité, équilibrée et permettre au cheval de se maintenir à son poids de forme. Elle doit également être adaptée à sa morphologie et à la quantité d’exercice qu’il effectue par jour ou par semaine. La ration est importante à considérer mais le mode de vie l’est aussi. Ainsi, un cheval qui passera plus de temps (voire tout son temps) au box, devra avoir un apport de foin suffisant et une ration diminuée en concentrés afin de prévenir l’apparition de problèmes de santé en relation avec ce mode de vie (ulcères gastriques, coliques, problèmes respiratoires et/ou musculaires…). De plus, le foin devra être de bonne qualité et le box correctement ventilé pour limiter l’apparition de problèmes respiratoires. A l’inverse, un cheval au pré, marchera beaucoup et mangera de l’herbe quasiment la moitié du temps. Il conviendra, dans ce cas, de gérer l’accès à l’herbe en surface et en temps afin de limiter la prise de poids. Le confinement ayant un impact sur le mode de vie et sur l’alimentation des chevaux, il est donc important d’en tenir compte pendant et à l’issue de cette période pour respecter au maximum le bien être des chevaux.

Le premier volet de cette saga consacré à l'hébergement des chevaux est à retrouver : ICI.

La suite parlera du protocole de vaccination et de vermifugation.