Le confinement : quels effets sur la gestion des chevaux au quotidien après ? (3/5)
vendredi 08 mai 2020

Vétérinaire-Illustration
Vétérinaire-Illustration © Scoopdyga

La crise sanitaire humaine que la France et le monde entier traversent a des répercussions sur l’organisation de nos vies mais aussi sur celles de nos chevaux. A l'approche du déconfinement, L'Eperon propose de revenir sur les bases du bien-être équin via une nouvelle série d'articles. Ce volet est consacré à la médecine préventive et plus particulièrement à la vaccination et la vermifugation.

Confinement et intervention vétérinaire

La profession vétérinaire a mandaté un groupe d’experts travaillant en lien avec le RESPE pour réfléchir à la question de la vaccination des chevaux au cours de la période de confinement. Il a été pris en compte, bien sûr, l’impact sur la population équine mais également le respect des mesures de confinement afin de 1) ne pas mettre en danger les personnes travaillant au contact de ces chevaux par des contacts non nécessaires et 2) ne pas se mettre en danger eux-mêmes.

Il a été stipulé que, s’il doit y avoir un acte vétérinaire, il était alors impératif de respecter les gestes barrières destinés à lutter contre la propagation du COVID-19 et les mesures de précaution qui en découlent lors de l’intervention du vétérinaire, à savoir :

- le nombre de personnes autour du cheval doit être réduit au strict minimum : le vétérinaire et une personne qui accompagne et tient l’animal lors de la vaccination ;

- les personnes intervenant doivent être équipées de gants et de masque (dans la mesure du possible) ;

- une distance de minimum 1,5 mètre doit être respectée entre le vétérinaire et la personne tenant le cheval. Ainsi, afin de limiter le contact avec le vétérinaire, la personne pourra se tenir à droite du cheval et le vétérinaire à gauche.

Les principes de base de la vaccination

En France, chez le cheval, il existe 3 vaccins principaux : grippe, rhinopneumonie et tétanos. Les deux premières maladies sont des maladies infectieuses et contagieuses. Le tétanos n’est pas une maladie contagieuse. 

- Le vaccin contre la grippe est obligatoire pour tout cheval participant à des rassemblements et suppose deux injections de primo-vaccination (à 21-92 jours d’écart) puis un premier rappel qui se fera 5 à 7 mois plus tard et rappels réguliers tous les 6 à 12 mois ensuite. Les chevaux de sport participant à des compétitions internationales doivent être vaccinés dans les 6 mois précédant la compétition. 

- La vaccination contre la rhinopneumonie est obligatoire chez les chevaux de course (galopeurs et trotteurs) et fortement recommandée chez les chevaux de sport ou de loisir. Elle consiste en deux injections de primo-vaccination (à 21-92 jours d’écart). Les rappels se feront ensuite tous les 6 à 12 mois.

- La vaccination contre le tétanos est fortement conseillée avec 2 injections de primo-vaccination à 4-6 semaines d’intervalle puis Rappels annuels ou tous les 2 à 3 ans en fonction des vaccins utilisés.. La protection contre le tétanos est généralement atteinte 14 jours après la deuxième injection.

La vaccination permet de protéger les chevaux de la survenue et la propagation de maladies infectieuses à l’échelle d’un individu mais également d’une population.

En temps normal, les chevaux sont une population à risque du fait de leur mode de vie (plusieurs chevaux au sein d’une écurie), de leurs déplacements fréquents et de leurs rassemblements lors de courses, compétitions, ventes de jeunes chevaux… L’introduction de nouveaux chevaux dans une écurie est un facteur de risque également, notamment quand ce sont de jeunes chevaux. Dans la situation de crise sanitaire que nous connaissons, les compétitions équestres sont suspendues jusqu’à nouvel ordre. De plus, les centres équestres et les écuries de sport étaient fermés au public. Il y a donc peu de mouvements de chevaux et il n'y aura pas ou peu de rassemblements dans les semaines à venir, ce qui réduit le risque de propagation et de transmission de maladies infectieuses pendant la période de confinement.

Repporter la vaccination, c'est possible ?

Chez des animaux adultes vaccinés très régulièrement (tous les 6 mois), le rappel de vaccination peut être reporté de 4 à 8 semaines sans impact majeur sur la protection vaccinale. Les chevaux adultes vaccinés de multiples fois peuvent faire face à un délai du rappel de leur vaccination. Pour les chevaux participant à des compétitions internationales, il suffira de les re-vacciner avant leur première échéance sportive après le confinement en respectant un délai d’au moins 7 jours entre le vaccin et la compétition

1) Chez des animaux adultes, vaccinés régulièrement (tous les ans), et au vu des conditions mentionnées ci-dessus (pas de mouvements de chevaux ni de personnes dans les établissements équestres, pas de rassemblements des chevaux), le rappel de vaccination peut être reporté sans augmenter de manière significative le risque de crise sanitaire majeure pendant la période de confinement. Néanmoins, il sera nécessaire, lors de la sortie du confinement, de re-vacciner ces chevaux en respectant les 2 injections de primo-vaccination ainsi que le premier rappel entre 5 et 7 mois ensuite.

2) Chez des animaux jeunes, non encore vaccinés et au vu, là encore, des conditions mentionnées ci-dessus (pas de mouvements de chevaux ni de personnes dans les établissements équestres, pas de rassemblements des chevaux), la vaccination peut être reportée sans augmenter de manière significative le risque de crise sanitaire majeure. Néanmoins, il sera nécessaire, lors de la sortie du confinement, de vacciner rapidement ces chevaux en respectant les 2 injections de primo-vaccination. Il ne sera, bien entendu, possible de les emmener sur des concours et/ou rassemblements que lorsque ces 2 injections auront été effectuées.

Néanmoins, si les animaux jeunes sont en contact avec des chevaux à vacciner, la recommandation est de vacciner l’ensemble du groupe. Chez les juments en activité de reproduction, il est recommandé de maintenir les protocoles de vaccination en vigueur.

Attendre pour revacciner : La décision finale de réaliser la vaccination ou non appartient au vétérinaire qui devra établir la balance bénéfices/risques de cet acte.

La visite vaccinale

Lors de la réalisation du vaccin, une visite vaccinale est effectuée par le vétérinaire sous forme d’un examen clinique de routine pour évaluer la bonne santé du cheval. Il permet d’évaluer son état corporel, de mesurer certains paramètres comme la température rectale et d’effectuer une auscultation cardiaque et respiratoire. Il permet également de faire le point sur les soins d’entretien nécessaires : alimentation, dents, vermifugation, …

Si la vaccination est réalisée au cours de la période de confinement, cet examen peut être effectué en parallèle. Dans le cas d’un report de vaccination, ce « bilan de santé » se fera à la sortie du confinement. Chez un jeune cheval ou un cheval adulte en bonne santé, le fait de  différer ce bilan de forme ne posera pas de problème. Par contre, cela peut en poser un chez les chevaux de sport plus âgés encore en activité ou à la retraite ou des chevaux présentant des affections chroniques (syndrome de cushing par exemple). Comme chez l’homme, cette population est plus à risque et a besoin d’une surveillance régulière.

Quid de la vermifugation ?

La vermifugation est un acte médical qu’il ne faut pas minimiser ni prendre à la légère. Face aux résistances aux vermifuges des strongles et des ascaris, les traitements prophylactiques réguliers (vermifuger son cheval systématiquement 3 ou 4 fois par an) ne peuvent plus et ne doivent plus être pratiqués. La vermifugation ciblée consiste à réaliser régulièrement des coproscopies (analyse des crottins) sur les chevaux afin de traiter uniquement les chevaux qui excrètent de grandes quantités d’œufs dans les crottins. Faire réaliser une coproscopie a bien sûr un coût, mais ce coût est inférieur à celui d’un vermifuge. La vermifugation ciblée permet de réduire de 75 % à 82 % selon les études, l’utilisation des vermifuges au sein d’un effectif. Ainsi, si l’on s’en tient à la règle des 80/20 (80% des chevaux qui excrètent très peu de parasites contre 20% qui en excrètent beaucoup), sur une population de 10 chevaux par exemple, 2 chevaux seront vermifugés alors que les 8 autres ne le seront pas. Cela permet donc de réaliser une économie conséquente au sein de l’écurie. La réalisation d’une vermifugation ciblée, en incluant le coût des coproscopies, coûte moins cher au final au propriétaire qu’une vermifugation à l’aveugle d’un effectif avec trois ou quatre vermifuges par an. De plus, cela permet de réduire l’apparition de résistances des parasites aux vermifuges. Cette démarche doit être mise en place pour préserver l’avenir de nos chevaux.

Sur des chevaux présentant une excrétion minimale d’œufs de parasites, un seul vermifuge par an sera nécessaire. On préconise de le faire généralement à la fin de l’automne avec un produit à base de moxidectine et de praziquantel afin de cibler à la fois les strongles (grands et petits) et les ténias. Pour les chevaux présentant une excrétion importante d’œufs de parasites, des vermifuges pourront être administrés après chaque coproscopie en ciblant les espèces présentes.

Attention au cas particulier des jeunes chevaux (moins de 3 ans) et des vieux chevaux, chez qui une vermifugation plus régulière mais toujours raisonnée devra être mise en place.

La vermifugation d’un cheval et d’un effectif doit se faire de manière raisonnée. Si des coproscopies sont régulièrement effectuées au sein d’un effectif et que les « gros excréteurs » sont connus, il est possible de vermifuger ces chevaux plus à risque au cours de la période du confinement. Si la vermifugation se fait toujours « à l’aveugle » à raison de 3 ou 4 fois par an, il est grand  temps de changer ces habitudes et de passer à une vermifugation ciblée et raisonnée. Il n’y a que de cette façon qu’on préservera l’efficacité des molécules disponibles pour vermifuger les chevaux.

Un article plus complet à ce sujet a été consacré à ce sujet dans le numéro de l’Eperon de juin 2015.

Le premier volet de cette saga consacré à l'hébergement des chevaux est à retrouver : ICI.

Le deuxième était consacré à l'alimentation, il est à retrouver : ICI.

La suite parlera demain du bilan et du suivi médico-sportif...