Lutte antidopage : les courses en tête, loin devant le sports équestres
dimanche 18 avril 2021

Prise de sang
Depuis quelques années, de plus en plus de contrôles antidopage sont réalisés afin de préserver le bien-être des chevaux et l'intégrité du sport. © Scoopdyga

Chaque mois, le tribunal de la Fédération équestre internationale rend une ou plusieurs décisions concernant des affaires de dopage. Bien que fermement condamnée, cette pratique persiste toujours dans les sports équestres, et reste indéniablement moins contrôlée que dans les courses hippiques. Les moyens étant mis en œuvre à des échelles très différentes, les effets de dissuasion sont, eux aussi, radicalement inégaux.

Si les Jeux Olympiques d’Athènes en 2004 et de Pékin en 2008 ont vu briller les cavaliers américains, allemands ou encore britanniques, ils ont également été le théâtre de révélations accablantes : au total, lors de chacune de ces olympiades, pas moins de quatre chevaux avaient été testés positifs à diverses substances dopantes. En réponse à cela, outre le fait que les cavaliers concernés se soient vus retirer le titre qui leur était initialement décerné, la Fédération équestre internationale (FEI) a mis en place, dès le mois de novembre 2008, une commission dédiée à la lutte contre le dopage. Objectif : élaborer un système efficace contre l’utilisation des méthodes et des substances influençant les performances des chevaux en compétition, afin de garantir leur bien-être et préserver l’intégrité des sports équestres. Alors que le règlement concernant le dopage des cavaliers, au même titre que tous les athlètes, est régi par le Code de l’Agence mondiale antidopage (AMA/WADA), le contrôle du dopage chez les chevaux est quant à lui organisé autour de trois documents : le règlement de l’Antidopage et du contrôle des médicaments équins, les règlements vétérinaires de la FEI, ainsi que la liste des substances interdites. Cette dernière se décompose en deux parties, répertoriant et différenciant les substances interdites, qui ne doivent jamais être administrées à un cheval de sport, et les médicaments contrôlés qui, bien que couramment utilisés en médecine équine, ne peuvent pas être administrées dans le cadre d’une compétition. Ces derniers doivent uniquement être donnés après autorisation du vétérinaire et leur utilisation doit être mentionnée dans le carnet de santé du cheval. Depuis 2016, lors des contrôles antidopage, la FEI reconnaît une autre catégorie de substances, dites spécifiques : celles susceptibles d’avoir été ingérées par le cheval dans un autre but que l’amélioration des performances sportives, par le biais d’une substance alimentaire contaminée par exemple. Bien qu’ils ne soient pas moins importants, ces cas sont néanmoins traités avec une plus grande souplesse. Enfin, la FEI rappelle que l’utilisation de compléments alimentaires et de produits issus de la phytothérapie chez le cheval se fait aux risques et périls du cavalier et/ou propriétaire.

FEI/FFE : des procédures similaires, mais des règles et sanctions différentes

Lors des contrôles antidopage, des prélèvements de sang ou d’urine sont effectués. Dans le cadre des épreuves FEI, ils sont par la suite analysés par des laboratoires habilités par cette instance. Si les résultats révèlent la présence de substances dopantes, qu’elles aient été administrées de manière volontaire ou non, les sanctions sont inévitables et la responsabilité du cavalier ainsi que des membres de son équipe est nécessairement engagée. Outre une période de suspension, une annulation des résultats et un retrait des titres, une sanction financière est également toujours prononcée par le tribunal de la FEI. Le retour à la compétition ne sera d’ailleurs pas autorisé pour le cheval tant qu’elle n’aura pas été payée. Et au-delà de l’administration de substances dopantes, la FEI condamne également dix autres comportements considérés comme une violation des règles antidopage, allant du refus d’effectuer le test au trafic de médicaments.

Les règles fixées par Fédération française d’équitation (FFE) ne sont quant à elles pas exactement les mêmes que celles établies par la FEI. Les substances interdites, par exemple, sont différentes : en France, la liste est fixée par l’arrêté du 2 mai 2011 et « son interprétation requiert cependant l’aide du vétérinaire car elle fait référence à des catégories de substances et non aux molécules telles qu’elles sont indiquées sur les emballages de médicaments », précise la FFE. Concernant les sanctions encourues suite à un résultat positif, contrairement aux compétitions internationales, aucune sanction financière n’est prononcée mais le cheval doit obligatoirement faire l’objet d’un second contrôle avant son retour en compétition, aux frais du propriétaire (678,13€). Disqualification, restitution des prix et des titres, suspension de concours ou de licence sont également envisageables.

Des contrôles effectués dans 50 % (ou moins) des compétitions

En 2015, selon le rapport annuel de la FEI, sur 5096 chevaux testés au cours de 712 compétitions, 39 cas s’étaient avérés positifs, soit environ 0,76 % des équidés contrôlés. Un pourcentage relativement stable, malgré une importante hausse du nombre de contrôles effectués au cours des dernières années. Néanmoins, il semble important de relever qu’en 2015, plus de 1400 compétitions labellisées FEI ont été organisées et que donc seulement la moitié d’entre elles ont fait l’objet d’un contrôle antidopage. Et ce chiffre est encore bien plus faible concernant les compétitions en France : en 2019, selon le rapport de l’Agence française de lutte contre le dopage – qui définit la stratégie des contrôles et leur mise en œuvre sur le terrain depuis 2006 –, seuls 226 prélèvements ont été effectués pour le compte de la FFE et de la SHF.

L’exemplarité des courses

S’il y a bien un domaine duquel tous les sports devraient s’inspirer en matière de lutte contre le dopage, c’est celui des courses hippiques. Qu’il s’agisse du trot ou du galop, chaque année, ce sont au minimum 99 % des courses font l’objet de contrôles. En 2019, plus de 17 000 prélèvements ont été effectués dans le cadre des courses de trot, avec un taux de positivité très faible de 0,2 %. L’effet de dissuasion engendré par ces nombreux contrôles s’avère donc réel. L’association Le Trot précise également que 13 702 chevaux ont été prélevés en courses, 1053 à l’entraînement, 1550 lors des qualifications et 44 à l'élevage. Tester à tout âge et en toute circonstance, tel est donc le mode opératoire des courses. Une ambition similaire à celle des sports équestres, mais qui a su être bien mieux concrétisée. En plus de cela, depuis 2009, un dispositif de suivi longitudinal a également été mis en place : les vingt-cinq chevaux ayant obtenus le plus de gains durant l’année passée sont prélevés tous les mois à l’entraînement, de manière inopinée. Depuis quelques années, une diversification des contrôles a été entreprise : les chevaux peuvent désormais également être testés au repos et dans les 48h précédant la course. Concernant le galop, ce sont plus de 11200 prélèvements qui ont été effectués, avec également des contrôles aléatoires durant les entraînements, « afin d’éviter l’usage de médicaments injustifiés, prévenir notamment l’automédication et contrôler l’absence d’utilisation de substances interdites », précise France Galop.

Depuis 1970, les courses disposent également de leur propre laboratoire, qui analyse plus de 30 000 échantillons par an. Un chiffre nettement supérieur à celui des sports équestres. Et en cas de résultat positif, la disqualification du cheval est systématique et les allocations perdues. Des amendes allant jusqu’à 100 000€ peuvent être attribuées et des suspensions d’agrément prononcées. Au total, c’est un budget annuel de dix millions d’euros qui consacré à la lutte antidopage par la Fédération nationale des courses hippiques (FNCH), soit un budget supérieur à celui de l’ensemble des autres compétitions sportives en France. Les moyens mis en place par les associations de courses sont donc très importants, mais surtout très efficaces, notamment compte tenu du faible taux de positivité relevé chaque année. De multiples actions et un financement conséquent, qui permettent de protéger correctement les intérêts des parieurs et l’intégrité du sport mais, surtout, le bien-être des chevaux.