Protéger la santé et l’intégrité des chevaux d'endurance grâce aux tests d’hyposensibilité
jeudi 07 octobre 2021

Depuis 2019, des tests d'hyposensibilité sont réalisés lors des courses internationales d'endurance
Depuis 2019, des tests d'hyposensibilité sont réalisés lors des courses internationales d'endurance © Dr Jo Woodman

À l’occasion du championnat du monde d’endurance Jeunes chevaux qui s’est déroulé il y a quelques semaines en Sardaigne, L’Éperon a rencontré Christina Abu-Dayyeh, directrice de l’endurance à la FEI, et le docteur vétérinaire Jo Woodman, afin d’aborder la question des tests d’hyposensibilité réalisés lors des épreuves. En quoi consistent ces tests, uniquement utilisés en endurance ? Quelles sont les actions programmées pour freiner les dérives de la discipline et lui redonner l’image qu’elle mérite ? Un sujet brûlant, au cœur de nombreux débats.

Le docteur Jo Woodman réalise des tests d’hyposensibilité depuis 2019, début du processus. Des tests mis en place après qu'il ait été observé que certains « chevaux d'endurance sont bloqués nerveusement avant et pendant la course, ce qui entraîne une altération de la sensibilité et par conséquent une perte du signal d'avertissement », comme l'explique la Fédération équestre internationale dans un document consacré aux tests d'hyposensibilité. Stoppés en 2020 à cause de la Covid-19, ils reprennent et sont pour le moment uniquement effectués lors de grands championnats et sur des courses internationales, comme en a décidé la FEI. À ce jour, seuls treize vétérinaires cliniciens expérimentés sont habilités à les réaliser. Si ces tests sont souvent controversés lorsqu’ils sont faits pendant la course, Jo Woodman tient à rétablir les faits : « chaque test prend deux à trois minutes et lorsqu’ils sont prévus sur une course, tous les cavaliers voient d’office leur temps de repos rallongé de cinq minutes. »

En pratique

Lors d’une course, les chevaux sont testés au moins une fois, entre le contrôle vétérinaire initial jusqu’au final. Soit au hasard, soit parce que les vétérinaires ont remarqué une attitude curieuse chez un cheval. Deux vétérinaires réalisent ces tests sous l’œil d’un juge agréé par la FEI, qui fait la liaison entre l’instance fédérale, le jury de terrain et les cavaliers. Le procédé est simple et bien supporté : une fois le cheval amené dans un espace dédié, un vétérinaire pose l’appareil de mesure sur les antérieurs. Une pointe, non blessante, est poussée contre le membre à l’aide d’air envoyé via une seringue (sans aiguille). Si le cheval n’a pas réagi avant, le vétérinaire stoppe la procédure à vingt unités Newton. Le test peut être recommencé trois fois, notamment car « il est commun qu’un cheval ne réagisse pas la première fois », comme l’explique le docteur Woodman. Et pour être validé, le cheval doit avoir réagi une fois au cours des trois essais : « si un cheval n’a pas de réaction à vingt unités, c’est qu’il y a quelque chose d’anormal à ce moment précis. Mais cela ne signifie absolument pas que le cheval a été "bloqué". Il peut avoir un problème de sensibilité. Alors les examens classiques du contrôle antidopage seront effectués », ajoute le vétérinaire.

Quelles sanctions ?

Si le test est positif, les sanctions prévues au règlement s’appliquent. Pour un contrôle négatif, il n’y a pas de sanction mais une disqualification de l’épreuve en cours et un test d’office avant la course suivante. Si des tests d’hyposensibilité sont effectués et reviennent positifs durant trois compétitions pendant une année courante, la FEI sanctionne le cavalier. Lorsque l’on demande s’il y a une relation entre ces tests et des vitesses moins rapides en championnats, la réponse est claire : « nous n’avons pas assez de données pour tirer des conclusions, mais les vitesses en course baissent ». Serait-ce la peur du gendarme ? À noter qu’au cours de l’année 2021, un seul cheval a été testé positif lors des championnats du monde à Pise en mai et deux autres sur la CEI2* de Loubéjac en avril.

« Mon but est que le bien-être du cheval soit au cœur de l’endurance »

Consciente que redorer le blason de l’endurance et protéger l’intégrité des chevaux sont deux choses essentielles, Christina Abu-Dayyeh, directrice de la discipline à la FEI, a des idées très précises au sujet des actions à mettre en place pour cela. « Il faut renforcer la responsabilité collective concernant la protection et au bien-être des chevaux », assure-t-elle. Plus encore, elle ajoute que « cela concerne tous les acteurs de la communauté de l’endurance : des officiels aux comités organisateurs, en passant par les assistants, les grooms, les entraîneurs, les vétérinaires ou encore les athlètes. Nous devons cultiver une philosophie partagée autour de la protection du cheval, du respect des procédures mises en place qui préserve l’intégrité du sport. »

Son constat sur ces tests d’hyposensibilité est clair : « aujourd’hui, les tests sont performants et complets. Pour la suite, nous examinons en permanence les retours et les résultats de tous nos systèmes de contrôle pour les développer encore plus, comme nous le faisons pour le programme EADCMP (programme de lutte antidopage concernant les chevaux, ndlr) et les contrôles d’hypersensibilité également. » Si l’objectif à long terme est de couvrir un grand nombre d’événements, la nouveauté de cette technologie et de ce concept nécessite de former plus de vétérinaires capables d’utiliser cet appareil. « Pour être efficaces, nous devons être méticuleux dans l’implantation des processus, et le faire pas à pas, en observant et évaluant au fur et à mesure », souligne Christina Abu-Dayyeh.

L’image de l’endurance a été malmenée ces dernières années et il est légitime de se demander si un jour, l’endurance redeviendra « une belle discipline ». Une lueur d’espoir naît au vu des derniers championnats et, pour Christina Christina Abu-Dayyeh, les changements de règlements opérés portent déjà leurs fruits. « Nous croyons profondément que l’esprit de l’endurance continuera de voir le jour et nous nous réjouissons de pouvoir exploiter toutes les valeurs positives que ce sport a à offrir. Je suis certaine qu’avec un apprentissage permanent et une promotion de ces valeurs fondamentales, qu’avec une promotion durable de notre sport, nous garantissons un succès à long terme de l’endurance qui permettra aux futures générations d’apprécier les courses et tout ce qu’elles représentent, avec un bel esprit d’équipe. »