Rhinopneumonie : est-ce vraiment positif d’être négatif ?
mercredi 03 mars 2021

Vétérinaire
Vétérinaire © Scoopdyga

Malgré les nombreuses mesures sanitaires mises en place sur les lieux identifiés comme des foyers de rhinopneumonie équine et les décisions de certaines instances, nationale et internationale, d’interdire les rassemblements depuis quelques jours, l’épidémie semble gagner du terrain. Dans ces circonstances, le Réseau d’épidémie-surveillance en pathologie équine (RESPE) a listé les nombreuses précautions à prendre dans les prochaines semaines par tous les acteurs de la filière afin endiguer l’épidémie. Des mesures à prendre d’autant plus au sérieux que les chevaux testés négativement de prime abord peuvent se révéler positif dans les jours qui suivent…

À Valence, point de départ de la crise, l’épidémie est loin d’être sous contrôle. Les témoignages des personnes sur place font état d’un nombre de chevaux malades toujours plus élevés et de manque de moyens pour endiguer la propagation de l’épidémie. Epidémie qui s’est propagée jusqu’au CSI 5* de Doha où un cheval a d’ores et déjà été testé positif, ainsi qu'à Ocala, aux Etats-Unis. Ces tests, justement, sont-ils fiables ? Dans une interview accordée à nos confrères de Grand Prix, le cavalier français Guillaume Batillat indique que des chevaux initialement testés positifs à Valence ont finalement développé de graves symptômes ; tout comme Rahotep de Toscane, le cheval olympique de Philippe Rozier, testé négatif à la rhinopneumonie à sa descente du camion au retour de Valence et qui a finalement également déclaré des symptômes. 

« De manière générale, la PCR détecte le génome du virus à un moment T et à un endroit donné, il ne faut donc pas se tromper sur le lieu du prélèvement et le timing du prélèvement, sous peine de conclure faussement que le cheval n'est pas infecté », indique Véronique Bachy, directrice scientifique du laboratoire Orbio. Le temps d’incubation pour l’EHV1 est de 24 heures minimum et peut aller jusqu’à 14 jours, la moyenne étant de 4 à 6 jours. « Il va sans dire que si on réalise une PCR sur écouvillon nasopharyngé à J3 sur un cheval qui va déclarer la maladie à J5 post-infection, on passe à côté », poursuit la directrice du laboratoire. « Pour les formes nerveuses, deux tiers des chevaux présentent une excrétion nasopharyngée détectée par PCR de J0 à J3 après le début des symptômes. Cela veut donc dire que sur un tiers des chevaux, il n'y aura pas forcément d'excrétion détectable au niveau nasopharyngé en début d’évolution. Concernant la détection dans le sang (détection de virémie), celle-ci commence 4 jours post-infection au plus tôt et peut être détectée jusqu'à 14 jours post-infection. Si on fait prise de sang pour réaliser une PCR EHV-1 à J2, là encore, on passe à côté du diagnostic »

Ces délais de détection sont-ils, en partie, la raison pour laquelle l’isolement des chevaux effectué à Valence n’a pas suffi à éviter une propagation qui touche désormais plusieurs continents ? Il est certain en tout cas que ces délais doivent être pris en compte et surtout connus afin de mettre en place les mesures sanitaires les plus efficaces. Comme pour la Covid chez les humains, il semble indispensable d'appliquer des mesures de précaution et considérer comme "cas contact" des chevaux dont le test PCR revient négatif. Après l’arrêt annoncé des compétitions par la FFE et la FEI, le RESPE a communiqué aujourd'hui une liste de mesures et de précautions conséquentes, à destination de tous les propriétaires d’équidés et notamment des propriétaires envisageant le déplacement de leurs chevaux à l’instar des chevaux qui devront un jour ou l’autre être rapatriés de Valence. Ce point sur les recommandations vaccinales et les mesures de précaution à appliquer est à retrouver ICI.