Rhinopneumonie : une situation préoccupante en Espagne et une vigilance de mise en France
vendredi 26 février 2021

© Eric Knoll

Alors qu’un foyer épidémique de rhinopneumonie a été déclaré lors du Valencia Spring Tour ces derniers jours, la crainte d’une propagation du virus en France est de plus en plus grande, malgré les mesures imposées aux organisateurs par la FEI. Bien que le terme « épidémie » ne puisse aujourd’hui pas être appliqué à la situation en France et que les concours y sont maintenus, une grande vigilance est de mise.

La semaine dernière, les organisateurs du Valencia Spring Tour se sont vus contraints de devoir annuler la cinquième semaine de compétition de cet événement en raison d’une épidémie virale infectieuse. Un coup dur pour l’équipe organisatrice ainsi que les cavaliers, dont certains sont rentrés chez eux. Mais qui dit déplacements, dit risque de propagation très élevé et création de nouveaux foyers de contamination. Afin de limiter cela au maximum, le département vétérinaire de la Fédération équestre internationale (FEI) a fait savoir à travers un communiqué que « les 752 chevaux qui ont fréquenté Valence depuis le 1er février 2021 ont été bloqués dans la base de données de FEI et ne sont plus autorisés à participer à des événements FEI tant qu’ils n’auront été soumis aux tests exigés. ». Concernant le transport, « seuls les chevaux sans symptômes doivent voyager et les chevaux quittant Valence doivent faire prendre leur température avant de voyager », indique également la Fédération. 

Sur place, la situation a de quoi inquiéter. À ce jour, toujours selon la FEI, 72 des 150 chevaux présents sur place présentent des signes d’infection. Trois chevaux ont dû être transférés à l’hôpital vétérinaire. Une situation extrêmement préoccupante, qui a poussé la FEI et l’autorité vétérinaire compétente de la région de Valence à placer l’entièreté du lieu ainsi que les personnes et chevaux s’y trouvant en quarantaine. À noter que certains cavaliers ont, eux, préféré quitter les lieux dès le samedi soir, prenant ainsi le risque de propager le virus dans leur pays ou même au sein de leurs écuries. Afin de soigner au plus vite un maximum d’équidés, cinq vétérinaires supplémentaires devraient venir en renfort sur le site et du matériel médical devrait être livré. 

Pas d’épidémie détectée en France à ce jour

En France, il n’est pas encore possible de parler de « situation épidémique » selon Christel Pitel, directrice du réseau d’épidémio-surveillance en pathologie équine (RESPE). « Seuls certains chevaux rentrés de Valence sont contaminés. Tous les chevaux revenant d’Espagne ne sont pas porteurs d’une forme grave de cette infection : certains souffrent d’hyperthermie, de toux ou de jetage. Une grande partie d’entre eux était vaccinée et les chevaux touchés semblent donc s’en remettre correctement. Malheureusement, il y a aussi des formes nerveuses et ce sont évidemment celles-ci qui inquiètent le plus mais cela ne représente pas la majorité des cas », précise-t-elle. Alors que, selon Christel Pitel, la situation a été prise en charge trop tard en Espagne, elle appelle à une grande vigilance en France. « Il est bien sûr très important de respecter les règles préconisées, à savoir : ne pas partir avec des chevaux malades, les faire tester en cas de suspicion, éviter les contacts avec d’autres chevaux durant les compétitions, ne pas utiliser un box qui n’a pas été désinfecté. » Ce dernier point ne doit d’ailleurs pas être sous-estimé : il y a trois ans, c’était notamment à cause de cela que l’épidémie s’est propagée dans toute la France. « En cas de foyer confirmé, il faut bloquer toutes les entrées et les sorties de chevaux afin de ne pas propager le virus, isoler les chevaux suspects au fur et à mesure et les tester si possible, les surveiller », ajoute la directrice du RESPE.

Concernant les cavaliers souhaitant se rendre en compétition ou y étant déjà, il est important d’analyser la situation de chacun. « Si ce sont des cavaliers qui sortent dans des concours locaux, loin des effectifs de chevaux tournant sur des concours FEI ou revenant d’Espagne, et que leurs chevaux sont en bonne santé, il n’y a pas de raison de s’inquiéter. Ils peuvent continuer à aller en compétition », indique Christel Pitel qui met néanmoins en garde sur la durée de validité de ce discours. « Il faut rester très vigilant et mon discours ne sera peut-être plus celui-ci d’ici deux semaines », souligne-t-elle. A noter que certains organisateurs sont actuellement en discussion avec des vétérinaires pour mettre en place des certificats ou des tests obligatoires avant de pouvoir participer à un concours FEI. De « bonnes mesures », selon Christel Pitel. Enfin, la directrice du RESPE rappelle également que de nombreuses autres maladies circulent actuellement, comme la grippe et que tout cheval malade n’est pas nécessairement atteint de rhinopneumonie. 

Les compétitions internationales maintenues en France

Du côté de Royan, seul CSI se tenant actuellement en France, aucun cas n’a en effet été détecté à ce jour selon l’équipe organisatrice. Conformément aux recommandations du département vétérinaire de la Fédération équestre internationale, les organisateurs ne peuvent accepter au sein de leur structure aucun cheval ayant été en Espagne au cours du mois passé. Une annonce qui semble être plutôt bien prise par les cavaliers revenant d’Espagne et qui aurait souhaité engager leurs chevaux à Royan. « Ils acceptent tous cette réglementation. Ils connaissent les risques d’une telle maladie et comprennent donc tout à fait le protocole mis en place », indique l’équipe organisatrice du CSI2*, qui prend également des mesures supplémentaires comme la désinfection des boxes avant l’arrivée de chaque cheval. 

Ces mesures sont également mises en place au Pôle européen du cheval du Mans, qui accueille une épreuve du Grand national de dressage du 5 au 7 mars prochain ainsi qu’un CSI2* du 18 au 21 mars. « Nous suivons très attentivement les informations concernant l’épidémie. En parallèle de l’épidémie de Covid, celle de la rhinopneumonie risque de compliquer encore fortement les organisations et l’épisode survenu il y a quelques années est encore dans nos esprits. Nous avons d'ores et déjà mis en place un protocole de désinfection des boxes après chaque passage de chevaux. Pour le Grand National nous laisserons également un boxe vide entre chaque regroupement d'écuries et nous ouvrirons des carrières extérieures supplémentaires pour le travail des chevaux afin de limiter le nombre de chevaux rassemblés. Enfin, selon l’évolution de l’épidémie nous pourrions être amenés à demander des certificats vétérinaires pour l’accès au site. Nous informerons les cavaliers des modalités dans les jours qui viennent », indique Claire Mozat, directrice des sports et événements. Concernant le CSI2*, tout comme à Royan actuellement, les chevaux ayant participé au concours de Valence ne seront pas autorisés à courir. Malgré cela, certains cavaliers restent craintifs : « nous avons des appels ou messages de cavaliers inquiets. Nous mettrons tout en œuvre pour assurer leur sécurité et celle de leurs chevaux », ajoute-t-elle. Ainsi, si l’infection ne s’est pas encore réellement propagée en France, une très grande vigilance reste de mise.