Saison de monte : la prudence est de mise face à la rhinopmeunomie
vendredi 05 mars 2021

Jument et son poulain
Jument et son poulain © Aurélie Covini

Dans un communiqué publié mercredi 3 mars, le Réseau d’épidémio-surveillance en pathologie équine (RESPE) appelle à une grande prudence concernant le déplacement et l’introduction de chevaux dans des effectifs dans le cadre de la saison de monte qui débute. Anticipation, rigueur et bon sens semblent être les maitres-mots pour gérer au mieux la situation.

Depuis le 2 mars, tous les rassemblements équestres sous l’égide de la Fédération française d’équitation, de la Société hippique française et de la Fédération équestre internationale sont annulés pour endiguer au plus vite l’épidémie de rhinopneumonie  équine. Cependant, les manifestations ne relevant pas de ces institutions ne sont sous le coup d’aucune interdiction. « La situation des Warm’up très nombreuses depuis le confinement lié à la COVID 19, des ventes et foires sont un point d’extrême vigilance ; la cellule de crise recommande de les reporter ou d’y appliquer des mesures de précaution strictes (à retrouver ICI) , éventuellement les mêmes que celles mises en place lors de l’épizootie d’herpèsviroses de 2018. Il en va de même pour la filière Elevage, la saison de monte débutant, l’introduction/retour de chevaux dans un effectif doit s’accompagner de ces mêmes mesures sanitaires, a fortiori pour les structures avec une activité mixte Elevage / Sport et les centres de reproduction multi filières (Sport/Courses). Les protocoles de vaccination pour les centres de reproduction doivent être rigoureusement respectés », précise le RESPE. 

Des précautions, mais lesquelles ? 

Camille Vercken, fondatrice de la société  Equiways et spécialisée dans la biosécurité équine l’indique, « vu la situation actuelle, chaque centre qui reçoit des chevaux de passage devrait envisager la balance bénéfices/risques à fermer sa structure aux nouveaux arrivants durant le mois qui vient. » Difficile à imaginer, compte tenu de l’impact déjà  énorme sur la filière et sur l’élevage depuis un an de la crise du Covid. Pourtant, « le centre qui n’est pas en capacité de mettre en place une réelle étanchéité entre juments de passage (entre elles) et aussi avec ses juments résidentes ne devrait pas ouvrir », poursuit Camille. « La situation est d’autant plus délicate que la forme neurologique de la rhinopmeunomie peut mener aux avortements chez les juments gestantes, ce qui représente un énorme risque pour les structures qui accueillent à la fois des juments pour le poulinage et des juments pour l’insémination  », rappelle Marie Delerue, vétérinaire et  ingénieur de développement santé des équidés à l’IFCE. « Dans une grande partie de ces structures, une quarantaine individualisée pour les équidés entrants dans l’effectif semble compliqué dans la mesure où les juments  qui arrivent sont mises au paddock en groupe », poursuit la vétérinaire. 

Dans ces conditions, quelles mesures mettre en place dans les centres qui vont rester ouverts et accueillir les juments ? « L’anticipation et la communication doivent primer », rappelle Camille Vercken. « Pour les haras qui disposent des moyens de créer des quarantaines, je recommande  de repenser le parking qui représente  « le point d’impact  sur la structure ». Il faut qu’il soit éloigné des bâtiments et zones des chevaux déjà sur place. Vu la gravité de la situation, mettre à disposition un pulvérisateur de désinfection ou un pédiluve n’est pas exagéré. Idem pour les véhicules, dont les roues devraient être désinfectés juste avant l’entrée sur la structure et avant le départ. Les chevaux qui entrent dans l’effectif doivent arriver avec leur propre matériel (longe, licol, seaux, mangeoires…) attribué et leur température doit  être prise à l’arrivée, ainsi que régulièrement durant leur séjour. Si les moyens humains le permettent, il est utile de réserver une partie du personnel aux chevaux de passage et une autre aux chevaux résidents. Cette recommandation concerne également le matériel : fourches, balais, raclettes doivent etre « marqués » et attribués à une seule partie de l’effectif. Pour les équipements communs telles que les barres d’insémination et les tord-nez, ils sont évidemment à désinfecter avec la plus grande attention entre chaque utilisation. Le personnel doit se laver les mains aussi régulièrement que possible et changer de blouse entre la manipulation de chaque équidé », détaille Camille Vercken. Concernant l’accueil, il se doit d’être réduit au strict minimum. « Il est toujours plaisant d’emmener les clients voir les poulains de l’année ou l’étalon sur place qu’ils ont choisi pour leur jument. Dans le contexte actuel, il faut limiter les interactions sur place, ces moments d’échange ne seront pas de mise cette année. Attention également aux livraisons dans les régions dites  d’élevage. Les livreurs de paillettes par exemple passe de haras en haras pour les tournées, il serait judicieux qu’ils n’entrent pas sur la structure mais déposent la livraison à l’entrée des structures, à un endroit défini ou le haras la récupèrera. Evidemment, il faut également avoir un plan d’action prêt au cas où un ou plusieurs chevaux déclareraient des symptômes, et prévoir notamment des boxes d’isolement, situés le plus loin possible du reste des effectifs », poursuit-elle. Concernant les propriétaires des chevaux, ils sont les plus à mêmes de détecter le moindre changement de comportement chez leur équidé. Au moindre doute, ils se doivent d’annuler le déplacement de leurs chevaux et contacter leur vétérinaire, et doivent porter une attention accrue à la désinfection de leur moyen de transport. « Cette liste de mesures est  évidemment non exhaustive et chaque structure doit les adapter au mieux à la configuration de ses batiments et ses moyens humains. Enfin, je ne peux que recommander de rester le plus proche possible de son vétérinaire et du RESPE  », prévient Camille Vercken. 

Des mesures réalistes ? 

« Concrètement, peu de structures sont en mesure de pouvoir prendre toutes ces précautions », souligne Marie Delerue. « Si pour les chevaux de courses, la vaccination rhino est obligatoire dans le cadre de la reproduction, elle ne l’est pas (ou pas encore en  tout cas), pour les chevaux  de sport et de loisir. J’invite ainsi les centres à exiger que les chevaux entrants soient à jour du protocole rhino, avec au moins les deux premières injections et un rappel à six mois. En théorie, il serait intéressant  d’exiger un certificat de bonne santé avant de faire entrer  un cheval sur une structure, voire un test PCR, mais en pratique encore une fois cela semble compliqué à mettre en place, les vétérinaires risquent vite d’être débordés. ». Camille Vercken tient sur ce point le même discours : « Toutes les précautions listées ne doivent pas faire minimiser aux structures d’élevage le risque qu’ils font courir en restant ouverts. Il faut que chacun fasse la part des choses entre cette situation exceptionnelle et les bonnes pratiques listées ci-dessus, qui devraient d’ailleurs être des pratiques de routine. Mon conseil le plus important reste de ne pas déplacer les chevaux dans le mois qui vient, quitte, quand c’est possible à décaler l’insémination des juments de quelques semaines ». 

De manière générale, « l’Homme doit prendre conscience qu’il est le plus grand risque qu’il fait courir aux chevaux. Ce sont nos actions et nos activités qui sont le plus gros vecteur de risque. Il n’y a, par rapport aux  filières agricoles ovines, bovines et aviaires, pas assez d’anticipation dans la filière équine », conclut Camille Vercken. « Chacun est acteur de la bioscéurite, nous devons tous prendre conscience que c’est de notre ressort. Il est par ailleurs urgent de revoir nos protocoles, afin d’arrêter d’être en réaction. Plus nous anticiperons, meilleurs nous serons ! »