Les écuries de territoire, un projet fédérateur
jeudi 10 décembre 2020

Royal Vati, avec son entraîneur Capucine Nicot et son jockey Alexandre Roussel, arrivé 3ème du prix Gold Beach à Deauville le 1er décembre.
Royal Vati, avec son entraîneur Capucine Nicot et son jockey Alexandre Roussel, arrivé 3ème du prix Gold Beach à Deauville le 1er décembre. © Coll. privée

Ramener le cheval au cœur de chaque foyer, le hisser au rang d’ambassadeur d’un territoire dont il porte les couleurs sur les champs de course, et attirer davantage de public sur les hippodromes. Face à l'érosion des paris hippiques, ce défi de taille n’était pas de nature à intimider Véronique Vigouroux, à l’initiative de la création des écuries de territoire en 2016.

L’objectif est simple. Il s’agit d’associer les trois forces vives des territoires que sont les habitants, les entreprises et les élus autour des socioprofessionnels des courses pour développer un projet d’animation territoriale qui consiste à développer une écurie de territoire de deux à six chevaux de course, lesquels deviennent sur les hippodromes les porte-étendards de leur territoire via une casaque. 

Comment ça marche ? 

Conformément aux recommandations de la société mère France Galop, l’écurie de territoire se compose d’une société par action simplifiée (SAS), propriétaire des chevaux (ou actionnaires), et d’un club de supporters réunis en association loi 1901 sous la présidence d’une personne très impliqué au plan local, comme l’explique Didier Domerg, trésorier du comité d’organisation national. Les habitants soutiennent les chevaux via leur adhésion à l’association, à partir de 50 euros, les entreprises accompagnent le projet dans le cadre de partenariats, tandis que les collectivités territoriales contribuent sous forme de subventions en soutenant des actions de communication et de promotion, des investissements ou des événements. Les chevaux de l’écurie sont quant à eux confiés à un entraîneur local qui gère l’ensemble des aspects techniques de leur carrière. L’écurie propose à ses membres des services comparables à ceux d’un club sportif, tels que rassemblements, évènements privés, newsletter, accès privilégié aux séances d’entraînement et aux courses dans lesquelles les chevaux de l’écurie sont engagés. L’écurie de territoire est incarnée par sa propre casaque,illustration d’une identité unique qui confère la visibilité. Dynamisation locale du secteur des courses, création d’emplois, mise en place d’un format économique mixte qui réunit habitants entreprises et collectivités, renforcement du lien social et rapprochement des diverses branches de la filière cheval, les bénéfices du projet sont considérés comme multiples notamment par le Ministère de l’Agriculture, qui le soutient.  

Ile de Ré Galop, un projet pilote

C’est tout naturellement sur son Ile de Ré natale que Véronique Vigouroux, ancienne gérante de centre équestre et cavalière de concours complet, désormais impliquée dans le milieu des courses, a mis sur pied la première écurie pilote du projet. Aujourd’hui, elle est soutenue entre autres par l'office de tourisme de l'Ile de Ré et le club de rugby de La Rochelle. Les deux chevaux qui la composent s’y entraînent avec Capucine Nicot,  tandis quede 80% des supporters sont des néophytes, enchantés de découvrir un nouvel univers et de s’engager dans l’aventure qui concerne les dix communes du territoire. Les habitants peuvent eux aussi porter haut les couleurs de leur écurie depuis que des objets, confectionnés par les artisans locaux, ont été mis en vente au profit de la reconversion et de la retraite des chevaux de courses. Lionel Quillet, Président de la Communauté des Communes de l’Ile d Ré, tire un bilan positif de cette initiative qui a « su s’inscrire dans le paysage rétais comme un acteur majeur de valorisation des savoirs-faire et traditions équines mais aussi du terroir, en s’associant et en valorisant le travail des producteurs locaux. » 

Didier Domerg souligne que l’objectif était de finaliser la création de quatre écuries avant fin 2020, mais le contexte économique peu favorable a mis un coup d’arrêt aux projets en cours, dont l’ET de Pompadour, en cours de finalisation. Saint Malo, La Teste Bassin d’Arcachon, Mont Saint Michel Normandie, Pau, Royan, Pornichet La Baule, Angers et Fontainebleau sont autant de villes qui disposent d’un hippodrome et rejoindront le programme dès que les regroupements entre particuliers, entrepreneurs et collectivités territoriales seront à nouveau envisageables. À terme, des courses de galop réservées aux écuries de territoire devraient se dérouler sur les divers hippodromes français. Un championnat national est aussi prévu afin de mettre en place un projet sportif pour parler au grand public et de le faire revenir dans les tribunes. Un concept qui pourrait s’élargir aux courses de trot et pourquoi pas au niveau européen.

À l’heure où la société est agitée par des débats sur la cohésion sociale, le cheval pourrait bien encore jouer le rôle de médiateur en réunissant habitants, élus, chefs d’entreprises et socioprofessionnels autour des valeurs de l’humain et du vivre ensemble.

Pour en savoir plus : iledere-galop.com