Prix de Diane : Joan of Arc… de Triomphe ?
mardi 22 juin 2021

Ioritz Mendizabal et Joan of Arc
Joan of Arc, montée par Ioritz Mendizabal, est la grande gagnante du Prix de Diane 2021 © Scoopdyga

Ce n’est pas un nom facile à porter. Mais Joan Of Arc – Jeanne d’Arc en français – a fait honneur à illustre patronyme en remportant le Prix de Diane, le 20 juin à Chantilly. Le Prix de l’Arc de Triomphe est une possibilité.

A 51 ans, on est encore un "jeunot" dans le monde de l’entraînement. Pourtant, Aidan O’Brien est depuis (déjà) près d’une décennie le meilleur entraîneur au monde. Cela ne veut pas dire qu’il est plus talentueux – il n’existe aucun moyen pour mesurer cela – mais c’est en tout cas celui qui a le plus beau palmarès. A travers le monde, il a gagné presque toutes les plus grandes courses sur le turf. Mais jusqu’à cette année, il n’avait jamais réussi à remporter les deux plus beaux classiques français. C’est chose faite, avec la pouliche Joan Of Arc (Galileo), sa 10e partante dans le Prix de Diane Longines (Gr1). Et avec le mâle St Mark's Basilica (Siyouni), son 40e partant dans le Qatar Prix du Jockey Club (Gr1) !

Loin devant ses concurrentes

Dix-sept pouliches avaient répondu à l’appel pour l’élection de la meilleure 3 ans européenne sur distance intermédiaire (2.100m). C’est beaucoup pour une course d’un tel niveau et c’est un signe qui ne trompe pas : avant le coup, ce Diane n’avait rassemblé aucune pouliche suffisamment impressionnante pour décourager certaines candidatures plus faibles. Personne ne voulant se dévouer pour aller devant, c’est la Cantilienne Sibila Spain (Frankel) qui s’est retrouvée aux avant-postes. L’épreuve a clairement manqué de rythme. Dans ces conditions beaucoup de concurrentes ont été très malheureuses, certaines tirant, d’autres n’ayant pas un parcours limpide. Joan Of Arc, comme beaucoup de pensionnaires d’Aidan O’Brien, s’est montrée extrêmement maniable et posée. Ioritz Mendizabal lui a donné un parcours de rêve, près de la tête et elle s’impose relativement confortablement. Philomène (Dubawi) et Burgarita (Sea the Stars), respectivement deuxième et troisième, ont fini en boulet de canon, après avoir connu un parcours moins heureux. Avec plus de train, elles auraient probablement battu Joan Of Arc ! Sibila Spain est une honorable quatrième. Comme Philomène et Burgarita, elle semble promise à un grand avenir. La Marseillaise Rougir (Territories) termine cinquième.

Une crise sanitaire bénéfique à certains

Ioritz Mendizabal, Basque espagnol résident dans le Sud-Ouest, a connu une première période de gloire au milieu des années 2000. Passé de mode, il effectue un retour sur le devant de la scène remarquable. A cause de la Covid, les jockeys étrangers ne viennent plus pour les grandes courses françaises. Mendizabal a donc hérité de leurs montes sur des concurrents anglo-irlandais. Et il en profité pour remporter - depuis l’an dernier - deux Prix du Jockey Club, un Prix de Diane et une Poule d’Essai des Poulains ! Il a même déclaré après la course : « Aidan O’Brien, pour moi, c’est comme le Père Noel ! » Des victoires pleines d’émotions pour ce pilote d’une très grande courtoisie, qui a toujours fait preuve d’accessibilité pour la presse et le public. Le Diane se court sur 2.100m et l’Arc sur 2.400m, et Aidan O'Brien a déclaré à Jour de Galop : « Selon Ioritz Mendizabal, les 2.400m devraient être à sa portée, voire être encore mieux pour elle. J'aimerais beaucoup la voir sur plus long donc l'Arc est définitivement une possibilité. »

Née pour être une championne

Joan Of Arc est une fille de Galileo (Sadler’s Wells). A 20 ans, il est devenu le plus grand étalon de l’ère moderne des courses. Il a déjà donné 550 produits black types (c’est-à-dire sur le podium d’une Listed et d’un Groupe). Un record qui n’est pas près d’être battu. On dit que son prix de saillie (non officiel) se négocie au-delà du demi-million d’euros ! Galileo croise très bien avec les juments qui ont de la vitesse (c’est-à-dire capable de briller sur 1.600m et moins) et de la précocité (performante à 2 ans) car il apporte tout le reste : tenue (capacité à aller au-delà de 2.000m), santé, mental et qualité.

La mère de Joan Of Arc, You'resothrilling (Storm Cat), issue d’une magnifique famille américaine, correspond à tout cela. Propre sœur du champion et grand étalon Giant's Causeway (Storm Cat), elle est probablement la meilleure poulinière d’Europe à l’heure actuelle : ses sept premiers produits sont tous montés sur le podium d'un Gr1. C’est exceptionnel. Joan Of Arc a été élevé en Irlande à Coolmore où son propre frère, le champion Gleneagles (Galileo) fait la monte à 25.000 €. Elle appartient encore aux associés du haras : John Magnier, l’Irlandais qui a révolutionné l’élevage du pur-sang, Michael Tabor, ex-bookmaker anglais d’origine russe et Derrick Smith, autre ex-bookmaker. Même quand on est riche et qu’on est un expert des courses, il vaut mieux s’associer si on veut gagner de grandes épreuves !