Torquator Tasso, une immense surprise dans l’Arc
mercredi 06 octobre 2021

Torquator Tasso et Rene Piechulek, ici lors du Prix de L'Arc de Triomphe
Torquator Tasso, monté par Rene Piechulek, n'était pas le grand favori de ce Prix de L'Arc de Triomphe et, pourtant, c'est lui qui l'a remporté dimanche 3 octobre © Scoopdyga/Valentin Desbriel

Le Prix de l’Arc de Triomphe 2021 a été remporté par un cheval allemand, Torquator Tasso. Une belle histoire, celle où David s’offre Goliath dans la plus belle épreuve européenne.

Poids lourd des sports équestres, l’Allemagne est une petite nation en ce qui concerne les courses de galop. La population de pur-sang y est réduite, mais elle est de grande qualité et aux mains de personnes fortunées qui visent haut. Très souvent, lorsque les Allemands viennent courir une grande épreuve internationale – comme le Prix de l’Arc de Triomphe (Groupe 1) – leur candidature n’est pas vraiment prise au sérieux. Ni par la presse, ni par les parieurs français. En 1975, Star Appeal (Appiani x Sterna par Neckar), premier allemand à gagner l’Arc, s’était imposé à 119/1. Une cote astronomique : si vous aviez misé 10 € sur lui, vous auriez touché 1190 €. En 2011, l’Allemande Danedream (Lomitas x Danedrop par Danehill) a gagné - et explosé le temps record de l’épreuve - à 26,8/1. Le 3 octobre 2021, pour la centième édition du mythique Prix de L'Arc de Triomphe, Torquator Tasso (Adlerflug x Tijuana par Toylsome) est devenu le troisième cheval allemand à s’imposer. Encore une fois à une cote de défiance : 64,7/1. Pourtant, il a du composer avec un parcours très défavorable, constamment en épaisseur. Et surtout, son jockey René Piechulek comme son entraîneur Marcel Weiss n’avaient aucune expérience dans une telle épreuve. Ils réalisent l’exploit de remporter le Graal à l’occasion de leur première participation !

Le bourbier de Longchamp

Il a beaucoup plu toute la semaine dernière et la piste de Longchamp s'était donc transformée en un véritable bourbier. Là où beaucoup de concurrents étrangers très en vue ont sombré, Torquator Tasso, lui, a fait parler sa génétique. On le sait, les chevaux allemands n’ont pas peur des pistes souples. Et c’est le cas du lauréat 2021. Mais sa victoire n’est pas qu’un heureux concours de circonstances, Torquator Tasso bat un lot particulièrement relevé. Et même s’il n’avait pas le plus beau palmarès au départ, il reste désormais quelques courses internationales pour l’étoffer, prouver qu’il est bel et bien un digne lauréat de la grande épreuve française. Le handicapeur de France Galop – c’est-à-dire la personne qui juge le niveau des courses – a déclaré mardi matin que cette édition 2021 était d’un niveau tout a fait correct. Il a attribué au mâle de 4 ans un rating (une valeur) de 125. C’est mieux que le gagnant 2020, à titre de comparaison.

Copropriétaire de Torquator Tasso, Peter Endres (Gestüt Auenquelle) a déclaré que le cheval viserait certainement la Japan Cup à Tokyo, qui propose une allocation proche de celle de l’Arc (5 millions d’euros). C’est un défi immense car à domicile, les Japonais sont quasiment imbattables. Aucun cheval étranger n’a réussi à les battre sur leur terrain de jeu depuis 2005. Il y a aussi un grand risque pour l’Allemand : celui de trouver du terrain rapide, et donc l’opposé du souple qu’il affectionne.

La belle histoire

Gagner l’Arc, c’est le rêve et l’ambition de certains des éleveurs et propriétaires les plus riches au monde. Mais l’édition 2021 a sacré des petits poucets. Le gagnant a été élevé par Paul Vanderberg, un Néerlandais qui n’a qu’une seule poulinière ! Or l’élevage du pur-sang anglais est quasi absent des Pays-Bas. Habitant à quelques minutes de la frontière allemande, il utilise exclusivement les étalons germaniques. L’histoire de Torquator Tasso et de sa conception est assez folle. Ses deux géniteurs, Adlerflug et Tijuana, sont nés au Gestüt Schlenderhan. Et c’est le directeur du plus vieux haras allemand qui a conseillé à Paul Vanderberg d’acheter Tijuana pour une somme modeste puis de la faire saillir par Adlerflug, un étalon qui faisait la monte à un prix raisonnable (5500 €), mais dont on se rend compte sur le tard (il est mort en 2021) qu’il était un reproducteur exceptionnel. L’histoire est parfois cruelle car en près d’un siècle, le Gestüt Schlenderhan a eu quinze partants sans parvenir à gagner. Or la grande souche maison – celle d’Asterblute – a donné trois gagnants de l’Arc à d’autres éleveurs : Urban Sea (1993), Sea the Stars (2009) et Torquator Tasso (2021). Enfin, on notera que Torquator Tasso n’a couté que 24 000 € sur le ring de BBAG, l’agence de vente aux enchères allemande. C’est-à-dire qu’en faisant un petit effort, vous et moi aurions pu l’acheter… Et c’est aussi cela la magie des courses.