Vous avez dit diversification ?
mercredi 07 octobre 2009

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Michel Ruel © Eric Fournier

Organisée par l’Association des Eleveurs Normands, les ventes automnales de trotteurs sur l’hippodrome de Caen sont une étape commerciale très courue en Normandie.

Les éleveurs y proposent aux enchères leurs yearlings trotteurs, leurs foals, leurs poulinières, des parts d’étalons et des chevaux à l’entraînement.

Nous avons croisé quelques éleveurs normands bien connus dans le milieu du cheval de sport. Ils nous expliquent leur engagement dans le trotteur.

Ainsi Jean-Claude Daguet (Haras du Bois près de Falaise) est il un fidèle de ce rendez-vous caennais. Avec 25 naissances annuelles, il a fait ses comptes. « Un poulain trotteur me revient à plus ou moins 100 € / mois ; Avec un peu de terre autour de chez moi l’économie d’échelle travaille pour moi ! Si vous disposez d’un produit avec une bonne génétique, cela intéresse forcément un partenaire, un éleveur, un étalonnier…et des tas de montages sont envisageables. Toute la différence avec le cheval de sport réside dans le système des primes au naisseur qui peuvent générer des revenus significatifs pour des investissements modérés ». C’est sans doute la raison pour laquelle, à Caen, les poulains partaient à des tarifs compétitifs sans atteindre des prix pharaoniques. « J’ai plein d’exemples à l’esprit, des foals trotteurs vendus à des prix raisonnables qui rapportent 12,5% de prime au naisseur. Ce n’est pas négligeable avec un cheval qui marche bien».

Jean-François Couétil (Elevage de la Cour) a cinq poulinières trotteuses. C’est le domaine de son épouse Emmanuelle. « L’avantage avec les trotteurs c’est qu’on est fixé beaucoup plus tôt, ce qui n’exclut pas de prendre son temps et de faire les choses proprement ». Bien au fait du système trotteur, puisqu’il héberge tous les ans un étalon chez lui (notamment Jag de Bellouet), Jean-François précise que les primes tombent au plus tard 15 jours après la course. « …et les allocations sont parfois conséquentes, même dans des courses de niveau intermédiaire ». Anecdote ! L’étalon maison Hélios de la Cour s’adjugeait une épreuve à 1,25m le week-end dernier à Auvers. Trois années d’arrêt n’ont pas entamé son envie de bien faire.

Depuis 5 ans maintenant, Michel Ruel (Elevage de Blondel), s’essaie aussi aux trotteurs (8 poulinières), et ce pour diverses raisons. « Par goût pour la discipline, pour varier les horizons » et aussi pour ne pas se scléroser dans le monde du cheval de sport sur lequel il porte un jugement critique. « Malgré mes bons résultats 2009 à Fontainebleau où Phedras de Blondel (Fétiche du Pas x Belphégor) gagnait le Grand Critérium des 6 ans, je n’ai aucun retour pour le moment. Vous comprendrez que ma motivation en a pris un coup ! ». Autre motif d’inquiétude quant à l’avenir de la filière sport, Michel Ruel s’avoue extrêmement déçu par la tournure des Ventes de Ravenoville qui pourraient disparaître compte tenu de résultats mitigés sans aucune mesure avec les efforts qu’elles requièrent.

« L’Elevage d’Azif » du cavalier Pro 2 Grégoire Duprez (voisin de Christian Hermon dans le Pays d’Auge), est aussi présent aux Ventes de Caen. «Cinq naissances par an c’est à la fois peu et beaucoup avec comme objectif de faire tourner quelques liquidités sur un délai contrôlable ; Les perspectives de primes au naisseur font partie de la stratégie. Si le poulain n’est pas vendu, il ira à l’entraînement, les entraîneurs ne manquent pas en Normandie. Dans tous les cas, il est préférable de débuter dans ce créneau avec une génétique de qualité ».