Activité des étalonniers dans l'Ain : Numénor et BLH s'adaptent
vendredi 10 avril 2020

Ponction ovocytaire BLH
A Béligneux-le-Haras, le développement ces dernières années de la ponction ovocytaire permet de maintenir l'activité en cette période de confinement © Coll. BLH

Avril est un joli mois pour les éleveurs, mais avec le confinement lié à la gestion du Covid 19, l’activité des centres d’inséminations est plus compliquée ! Deux étalonniers de l’Ain, département très actif en élevage de chevaux de sport, Julien Blot pour le Haras Numénor, et Frédéric Neyrat pour Béligneux Le Haras, nous ont donné leur point de vue.

Au Haras Numénor à Lent, comme quelques kilomètres plus loin sur le centre de Chatenay pour BLH, l’activité d’insémination des juments se poursuit. Julien Blot et Frédéric Neyrat s’accordent pour dire que les normes de sécurité sanitaires entourant le déplacement des juments sont bien acceptées et respectées par les propriétaires. L’activité d’insémination accuse une baisse notable, environ 30% pour ce début de saison, les éleveurs amateurs étant plus frileux. Leurs juments doivent impérativement être acheminées vers le centre d’insémination par un professionnel, ce qui engendre un coût supplémentaire, et surtout pour certains, les préoccupations autour de leurs activités professionnelles n’engagent pas à des dépenses accessoires ! Les deux haras doivent aussi faire face à des difficultés d’approvisionnement en semence réfrigérée du fait du ralentissement des tournées des transporteurs, ce qui peut réorienter les demandes. Julien Blot par exemple constate que Balou Star qui est stationné à Numenor, et donc disponible en frais, fait surtout l’objet de demandes en congelé. Il y a aussi les choix de certains étalonniers étrangers comme Z qui n’envoie pas de réfrigéré cette année en France. Si les deux hommes restent sereins sur la saison 2020, misant sur un étalement de l’arrivée des juments plus tard dans la saison, les perspectives à plus long terme ne manquent pas de les inquiéter. Julien Blot qui est aussi président de la SHF régionale explique : « Je sens les éleveurs très inquiets pour la suite. Nous ne savons pas quand l’activité va vraiment reprendre. La SHF étudie différents calendriers en fonction de la reprise des concours avec le maintien de la Grande Semaine de Fontainebleau à sa date habituelle si les concours peuvent reprendre en juillet. Mais dans ce cas la période de qualification sera très courte, ou avec un report des finales fin septembre, le pire scénario serait l’annulation car il y a tellement de données qui sont collectées autour des cycles d’élevage ! Et ce serait terrible de perdre un an pour ceux qui investissent dans la valorisation ! Pour les concours d’élevage des 3 ans et moins, il n’y a rien avant juillet, donc ça me parait jouable ! »

L’innovation un atout dans la crise, mais un horizon plein d’incertitudes

Les activités de Béligneux Le Haras se sont considérablement développées ces dernières années et Frédéric Neyrat ne cache pas que les investissements réalisés sont aujourd’hui un précieux atout pour faire face à la crise. « Nous sommes bien structurés avec la partie juments à Chatenay et les étalons à Servas. Cela nous permet d’avoir notre propre approvisionnement pour le réfrigéré avec nos étalons sans contrainte de transporteur et en évitant les problèmes sanitaires. Mais pour faire tourner tout ça, il faut du monde, donc de l’activité pour assurer les rentrées ! Nous pouvons maintenir notre activité économique grâce aux développements que nous avons faits autour de la ponction ovocytaire. Avec un stock de 150 embryons congelé nous pouvons faire face à une diminution du nombre de jument cette année, même si je ne suis pas sûre qu’au final ce soit le cas. L’arrêt des concours nous a permis d’avoir des demandes de cavaliers internationaux pour des juments de haut niveau qui vont faire l’objet de transferts d’embryon. Par exemple il y a une forte demande sur Colestus que nous distribuons en congelé. Notre clientèle internationale qui nous confie des juments est toujours là. Nous continuons à travailler avec l’Italie pour l’ICSI sans problème, si ce n’est le coût des transports qui est de plus en plus élevé ! Le problème c’est de savoir comment la situation va évoluer, et pas seulement pour le milieu équestre ! Je comprends qu’un gars qui se demande ce que va devenir son job, son entreprise, fasse passer sa passion des chevaux en second plan ! C’est très frustrant d’avoir tant d’incertitudes sur l’évolution des choses ! Nous avons construit notre force sur l’innovation et ces incertitudes risquent bien de remettre en question cette tendance ! »