Centres équestres et confinement, épisode 2
vendredi 06 novembre 2020

Ecuries
Ecuries © Eric Knoll

En plein confinement, difficile de ne pas penser aux centres équestres qui subissent de plein fouet cette deuxième vague. Ils avaient déjà fermé leurs structures en mars dernier, cette fois-ci ils ont tout de même pu laisser les propriétaires venir s’occuper de leurs protégés mais l’enseignement est toujours à l’arrêt. Comment vivent-ils cette période ?

Depuis le 30 octobre, jusqu’au 1er décembre, le Président de la République a instauré un second confinement qui pourrait bien être reconduit encore quelques semaines. Cette annonce a sonné la fermeture des ERP dont font partie les centres équestres et l’arrêt (quasi) total de leur activité. « Tout était si bien reparti… Cela met un coup au moral », avoue Quentin Cros, gérant du centre équestre d’Eculieu dans la Loire. 

Des propriétaires présents, un soutien supplémentaire 

Différence avec le premier confinement : les propriétaires sont désormais autorisés à venir prendre soin de leurs chevaux et les monter. « Moralement, les choses seront plus faciles : je vais pouvoir continuer à recevoir du monde, échanger avec mes cavaliers et ne plus ressentir la solitude que j’ai parfois pu connaître entre mars et mai », confiait Lucie Colas, directrice des écuries de l’Instant dans la Vienne. Le Comité Régional d’Equitation d’Ile de France (CREIF) associé à la Fédération française d’équitation a demandé à élargir cette dérogation pour permettre à certains clubs de faire venir des cavaliers (dans la limite de deux par cheval, sous réserve d’un strict respect du protocole sanitaire et d’un planning permettant la gestion des flux et la traçabilité des cavaliers) de manière à soulager un peu le personnel des écuries (lire ici). « Lors du premier confinement, il fallait vraiment qu’on soit à 200 % tous les jours. Le fait de ne plus avoir à faire tous les soins quotidiens des 80 chevaux de propriétaires et ne plus les avoir tous au travail, ça nous soulage. Mais là, ce qui est vraiment frustrant, c’est que l’on n’a pas le droit de travailler dans le sens où on n’a pas le droit de donner des cours car on est en fermeture administrative (à l’exception des groupes scolaires et périscolaires, des personnes munies d’une prescription médicale ou présentant un handicap, les formations continues et les sportifs professionnels et de haut-niveau, ndlr) », confiait Quentin Cros. Sans les recettes liées à l’enseignement, les centres équestres pourront-ils survivre ? 

En plus des problèmes de trésorerie, s’ajoute évidemment celui de la gestion du personnel et de la cavalerie à qui il faut fournir une activité physique. Au printemps, les structures qui disposaient d’espaces extérieurs en ont profité pour y mettre leurs chevaux. Qu’en est-il aujourd’hui après la sécheresse et le surpâturage ? Cette question est d’autant moins évidente à mesure que l’hiver approche. Quentin Cros note aussi que cette situation n’est pas forcément bénéfique : « Physiquement, il est dur de reprendre après plusieurs interruptions sur une année. Après le premier confinement on l’a senti, il y avait plus de petites blessures. J’ai par exemple une jument avec peu d’arthrose, quand elle est dans un travail régulier ça va, mais après plus d’un mois d’arrêt elle a eu du mal à repartir ».  

Pour combien de temps encore... 

Après avoir souffert du confinement entre mars et mai derniers, la fréquentation des centres équestres semblait être repartie de plus bel durant la période estivale. « Nous avons décidé de faire rattraper tous les cours qui n’avaient pas pu être donnés. Donc nous avons fait un très gros été, nous avons travaillé quasiment en non-stop, ça a été très chargé. Ensuite, nous avons fait une belle rentrée en septembre, avec beaucoup de monde. Cela nous a permis de ne pas perdre trop d’argent », témoigne Quentin Cros. Les clients semblaient bien revenus après le premier confinement, c’est un constat partagé par Lucie Colas. En sera-t-il de même après le second ? L’impact financier de ce deuxième arrêt d’activité pourrait bien achever quelques structures déjà branlantes après ce début d’année difficile. « Les pensions et les quelques cours que je pourrai donner ne suffiront pas à couvrir toutes les charges », souffle Lucie. D’autant que les charges sont toujours conséquentes. « En mai, nous avions créé de nouveaux projets et réalisé de nouveaux investissements. Là, ça nous fait réfléchir un peu. Nous avons des chevaux au travail auxquels on voulait apporter un peu de valeur ajoutée. On se demande finalement si on ne va pas les vendre maintenant. Puisqu’on ne sait pas combien de temps cela va encore durer, il vaut peut-être mieux faire des rentrées d’argent tout de suite », souligne Quentin avant d’ajouter, « lors du premier confinement, c’était le printemps donc les chevaux mangeaient l’herbe des prés et paddocks mais là, c’est l’hiver donc il faut donner du foin. Financièrement, la période hivernale est toujours plus compliquée », estime Quentin. Et si certains ont gardé leurs chevaux au box pendant cette période, cela implique du personnel pour leur entretien et l’abandon du chômage partiel. Les aides promises par l'État sont toujours de rigueur (lire ici et ici) et la FFE relancera prochainement l’opération Cavalier solidaire qui avait permis de récolter plus d’un million d’euros à destination des structures équestres. Ne reste plus qu’à espérer que ce deuxième confinement ne s’éternise pas.