Au Haras de La Cense, « Des bêtes et des hommes » vus par Yann Arthus-Bertrand
mardi 02 août 2022

Yann Arthus-Bertrand et William Krielgel
Yann Arthus-Bertrand et William Krielgel © Claude Bigeon

Jusqu’au 30 octobre 2022, l’exposition "Des bêtes et des hommes" de Yann Arthus-Bertrand est à voir au haras de La Cense (Rochefort-en-Yvelines). Mise en place à l’occasion de la première édition du festival "Être bête" organisé les 25 et 26 juin derniers, cette exposition de clichés en grand format et en extérieur retrace cette relation étrange et émouvante qui unit l’animal et l’homme.

« Ce qui est important pour nous c’est la relation entre l’humain, en commençant par le cheval bien sûr, puisque c’est notre histoire et notre ADN », précise William Kriegel, le propriétaire du haras de La Cense. « La force des photos de Yann, c’est d’utiliser l’art pour exprimer la relation entre l’animal et l’humain. Et à chaque photo, il y a une lecture entre l’homme et l’animal qui est extraordinaire, qui est forte et qui permet d’exprimer, ce qui est notre volonté aussi, la relation homme-animal. » Là c’est, William Kriegel, dans son statut de fondateur de La Cense fonds de dotation pour sensibiliser à l’importance de la relation entre l’humain et les animaux, qui parle. William Kriegel et Yann Arthus-Bertrand, ces deux fortes personnalités qui vont au bout de leurs ambitions et s’en donnent les moyens, se connaissent de longue date. Pas loin de vingt ans. « Yann, il a un grand truc en plus par rapport aux autres photographes : il est capable d’utiliser son art pour exprimer une pensée, une volonté ou autre chose. À travers son objectif, il arrive avec beaucoup de sensibilité à exprimer un ressenti fort. C’est le travail fondamental de l’art. Il a ce talent et ce talent est sans limite. » Quand on les regarde parler ensemble, ils sont tout entier l'un avec l’autre, à l’écoute et dans le partage. « Quand je vois mon travail, je ne me vois pas comme un artiste, mais je me perçois comme quelqu’un qui aime les gens », commente Yann Arthus-Bertrand. « J’aime photographier les gens et les mettre en avant. Et tout ce travail-là est bien sûr un travail sur les animaux, mais c’est aussi un travail sur ces propriétaires qui se battent pour survivre en les élevant. C’est ça qui m’intéresse. Initialement, je n’avais envie que de photographier des animaux. Mais, finalement, ce n’est pas cela qui m’intéresse, mais les gens autour. C’est mettre en avant ce rapport intime entre l’homme et l’animal. Aujourd’hui, il y a eu un pacte naturel entre l’homme et les animaux sauvages et tous les animaux que nous avons élevés. Tous ces animaux qui sont là, sont des animaux grâce à qui nous nous sommes déplacés, qui nous ont nourris. Et en fin de compte, ce sont des animaux qu’on ne respecte plus aujourd’hui. C’est pour ça que je suis très content que William ait créé cette fondation en faveur du bien-être animal. Car je pense que cela rentre de plus en plus dans nos consciences au quotidien. On n’en parlait pas il y a vingt ans. »

Des chevaux, des éleveurs et le travail

Cette exposition qui retrace cette relation étonnante qui unit son éleveur, son propriétaire à son cheval, sa vache, son cochon… transpire dans tous ces clichés magnifiques qui retracent trente ans de travail photographique de Yann Arthus-Bertrand autour de l’animal. Une thématique forte chez ce photographe toujours aussi passionné. La photo devant laquelle ont posé Yann Arthus-Bertrand et William Kriegel est une photo réalisée au Cameroun. « J’aime beaucoup les chevaux qui sont encore dans le travail au quotidien comme en Mongolie, en Argentine… Au Cameroun, les gens montent à cheval au quotidien pour se déplacer. Le cheval n’est pas uniquement lié au plaisir, c’est pour travailler. C’est une photo qui a été faite car nous sommes allés voir un sultan et nous lui avons demandé de nous montrer ses chevaux. En fait, avec Sibylle d’Orgeval (qui a été l’assistante de Yann Arthus-Bertrand, ndlr), nous sommes allés rechercher un peu partout dans le monde des chevaux qui travaillaient encore au quotidien. »

Un cadre unique

Toutes les photos présentées à La Cense emmènent dans une balade au cœur du site. Elles sont superbement implantées dehors sur d’immenses supports, principalement dans une grande allée. Elles semblent se parler. « L’exposition a été montée de façon assez simple. Souvent les expositions photos sont un peu enfermées dans un côté esthétique, muséale. Et là, je trouve cette allée magnifique. Ces couleurs au milieu de ces arbres... On a inventé les expositions dehors en l’an 2000, quand j’ai fait "La terre vue du ciel" car aucun musée ne voulait m’exposer. Donc on a développé cette idée-là Rue de Médicis, à Paris. Au début avec des papiers photographiques. » Précurseur et gardien d’une esthétique où l’expression prime, Yann Arthus-Bertrand s’expose une nouvelle fois avec des clichés anciens et d’autres plus récents. À voir et revoir jusqu'au 30 octobre.