Cadre noir : Patrick Teisserenc et Alain Laurioux sur le départ
lundi 21 juin 2021

 Jean-Roch Gaillet, Alain Laurioux et Patrick Teisserenc
Les 18 et 19 juin derniers, Alain Laurioux et Patrick Teisserenc ont dit au revoir au Cadre Noir de Saumur © Christine Marquenet

Les départs de l’écuyer en chef du Cadre noir Patrick Teisserenc et d’Alain Laurioux, photographe officiel du Cadre noir, ont été marqués par des hommages touchants, les 18 et 19 juin, lors de deux galas du Cadre noir. Alain Laurioux a reçu une cravache à virole et a été nommé écuyer d’honneur tandis que l’écuyer en chef a été salué comme il se doit.

Le Colonel Patrick Teisserenc, 37ème écuyer en chef du Cadre noir, a participé à ses derniers galas à la tête du manège. Arrivé en 2014 pour succéder au colonel Jean-Michel Faure, il quittera ses fonctions le 22 août, sans que le nom de son successeur ne soit pour l’instant officiel. « Après avoir été à Saint-Cyr, j’ai effectué quatre ans à l’école nationale d’équitation où j’ai passé mon diplôme BE2 (instructeur d’équitation, ndlr) et suis devenu écuyer. J’ai toujours eu au moins un cheval personnel même si ma carrière militaire a repris le dessus et m’a notamment conduit aux États-Unis où j’ai occupé la fonction d’officier de liaison avant de rejoindre Saumur comme écuyer en chef du Cadre noir. » Durant ces 7 années à la direction du Cadre noir, Patrick Teisserenc a contribué à maintenir l’excellence et à défendre l’équitation de tradition française inscrite au patrimoine immatériel de l’UNESCO, tout en incarnant les valeurs de l’institution dans le respect des traditions. Des projets innovants ont vu le jour avec en particulier l’élaboration du nouveau gala, ayant une connotation plus artistique nommé « Au cœur du Grand Manège ». Très intéressé par la performance et l’excellence sportive, Patrick Teisserenc n’a pas hésité à suivre la formation « Exécutive Master entraîneur » proposé par l’Institut national du sport de l’expertise et de la performance (INSEP). Un diplôme qu’il a validé en 2018. « J’ai aussi souhaité embaucher François Huot-Marchand, un spécialiste du sport de haut niveau pour alimenter la réflexion autour de cette thématique. Par ailleurs, je continue à concourir dans les compétitions de dressage, actuellement jusqu’au niveau Grand Prix Pro Élite. »

Projets réalisés et à venir

Interrogé sur les faits marquants de ces sept années passées comme écuyer en chef, Patrick Teisserenc évoque surtout les galas. « Même si la gestion des hommes est parfois plus complexe que celle des chevaux, les moments les plus intenses sur le plan émotionnel sont les galas. Toute la communauté est réunie et les équipes ont le même objectif de réussite. C’est très fort et touchant. Le gala avec Alexis Gruss au théâtre antique d’Orange était un moment magique et celui que nous avons fait lors du CHIO d’Aix la Chapelle devant 40 000 spectateurs était bien évidemment d’une très grande intensité. », confiait l’écuyer en chef.

Autre projet d'envergure, avant son départ, Patrick Teisserenc a travaillé à l’élaboration d’un code de déontologie pour clarifier le rôle et l’implication des écuyers du Cadre noir. « C’est important que ce document soit signé par tous les écuyers pour qu’ils n’ignorent aucune de leurs responsabilités au sein de cette institution de renommée mondiale. » Ce code de déontologie se décline autour de trois thématiques : « Être écuyer », « Être homme de cheval » et « Faire partie d’une communauté ». Les cinq missions des écuyers qui sont l’éducation des chevaux, le prestige, la formation, le sport et la recherche, y sont également précisées.

Concernant la suite de sa carrière, Patrick Teisserenc qui a largement collaboré avec les écuyers et enseignants du Cadre noir à l’ouvrage « L’entraînement sportif en dressage » publié par l’IFCE, a choisi de bénéficier d’une retraite anticipée et de créer une petite entreprise en lien avec cette problématique. « Mon entreprise nommée Teisserenc Performance a pour vocation d’aider les cavaliers dans les problématiques techniques, l’aspect psychologique et émotionnel et la préparation physique. Pour ce faire, je vais rejoindre, assez rapidement le centre équestre de Mâcon-Chaintré qui pourra accueillir des cavaliers avec leurs chevaux dans des installations de grande qualité », expliquait-il.

Alain Laurioux :une passion pour la photo et les voyages

Après avoir côtoyé le milieu des courses comme apprenti lad puis jockey, Alain Laurioux a passé un an et demi dans un ranch aux États-Unis avant d’être embauché en 1980 comme palefrenier-soigneur au sein de l’école nationale d’équitation. Mais, sa grande passion est la photographie et les voyages. « Je souhaitais quitter l’ENE pour rejoindre une agence photo et faire du grand reportage. Mais quand le général Durand, écuyer en chef et directeur de l’ENE l’a appris, il m’a demandé de devenir le photographe du Cadre noir. J’ai accepté sa proposition. J’ai pu suivre les écuyers dans toutes leurs activités, lors leurs déplacements en France et à l’étranger et voyager à titre personnel ». Rapidement, Alain Laurioux s’est impliqué dans les galas du Cadre noir et est devenu régisseur.

Et s’il a réalisé plus de 100 000 photos, il en a archivé 25 000. Certaines d’entre elles ont illustré une dizaine d’ouvrages dont le dernier : « Un photographe hors cadre- Alain Laurioux et le Cadre noir » (aux éditions de l’Institut français du cheval et de l’équitation, ndlr). Interrogé sur ses plus beaux souvenirs, Alain Laurioux cite les galas du Cadre noir à Séville devant l’infante d’Espagne mais aussi ceux de Tokyo qui avait nécessité deux voyages au Japon pour préparer l’évènement. « L’engouement du public était extraordinaire ! Il y avait 90 musiciens. Les Japonais ont patienté dans des files d’attente parfois pendant trois heures, dans le plus grand respect. En contrepartie, nos galas à Dubaï ont été suivis presque exclusivement par les familles des Émirs qui occupaient la tribune officielle. À cette occasion, j’ai eu la chance de faire une sortie dans les dunes autour de Dubaï en chevauchant des dromadaires, avec deux écuyers du Cadre noir, Jean Louis Guntz et Fabien Godelle. C’est un très beau souvenir. En 2007, la responsabilité de la régie lors du gala à Bercy avec les quatre écoles (Le Cadre Noir de Saumur, l’École Espagnole d’Équitation de Vienne, l’École Royale Andalouse de Jerès et l’École Portugaise de Lisbonne) a aussi été un moment très fort », soulignait le passionné.

Concernant ses projets, aucune hésitation pour le grand photographe, qui a de très nombreux périples à son actif. « J’ai déjà sillonné l’Éthiopie une vingtaine de fois, l’Inde sept fois, et, de très nombreux autres pays. J’ai fait aménager un van et je vais prendre la route très rapidement. J’ai déjà en tête Oulan Batorqui est la capitale de la Mongolie, une traversée du Sahara jusqu’à Alexandrie et l’Éthiopie dont je suis tombé amoureux. »

Les quatre timbres du Cadre noir

Le moment du départ en retraite d’Alain Laurioux et de celui de l’écuyer en chef Patrick Teisserenc coïncide aussi avec la parution de quatre timbres. Trois d’entre eux représentent les sauts d’école du Cadre noir (courbette, croupade et cabriole) et la quatrième, « le Pas de Deux ». Ces illustrations sont bien évidemment l’œuvre d’Alain Laurioux et sont disponibles à La Poste de Saumur ou sur le site Internet laposte.fr. Ces timbres sont ainsi un clin d’œil aux chevaux qui distribuaient le courrier à la création de la Poste en 1477. « La création de cette planche a demandé deux ans de travail, précise Patrick Teisserenc. Le timbre est un symbole de relation qui ne connaît pas de frontières. » À noter que ces nouveaux timbres font partie d’une série de sept, consacrés au cheval.