Hélène Roche : « Apprendre à observer les chevaux »
jeudi 19 mars 2020

« Apprendre à observer les chevaux »
« Apprendre à observer les chevaux » © DR

A 39 ans, Hélène Roche s’est construite une solide réputation dans le domaine de l’éthologie scientifique équine par son travail qui mélange la vulgarisation des recherches scientifiques et une approche du terrain. Depuis 2008, elle est l’auteur de plusieurs ouvrages dont le premier « Comportements et postures ». Bientôt son cinquième livre va sortir en avril ou mai chez Delachaux et Niestlé « Apprendre à observer les chevaux. Dans les pas des scientifiques. » Rencontre avec cette passionnée de la transmission des savoirs dont le but est d’aider à mieux comprendre les chevaux.

Comment pourriez-vous résumer votre parcours ?

J’ai fait des études de biologie à l’université puis une spécialisation en éthologie humaine et animale, c’est-à-dire un DESS d’éthologie appliquée à Paris XIII puis une spécialisation en éthologie équine par des stages avec Martine Hausberger, Claudia Feh, Marie-France Bouissou et Léa Lansade. Ces trois expériences de terrain m’ont apportées des choses différentes, des angles d’approches différents : avec Claudia Feh les chevaux dans leur état naturel, avec Martine Hausberger la relation homme/cheval et l’apprentissage du cheval, puis avec Marie-France Bouissou et Léa Lansade, l’étude du tempérament et de la personnalité.

Puis, dans le cadre de mes expériences professionnelles, j’ai été en immersion dans le milieu du cheval en travaillant pour la FNC au service communication en 2004-2005. Cela m’a permis de comprendre le fonctionnement de la filière. C’est une expérience qui m’a servi aussi pour communiquer en public.

Cavalière en club depuis mon enfance en région parisienne puis dans le Lot, j’ai une culture de club et aussi comme propriétaire d’un cheval depuis 2002.

En 2003, alors que j’étudiais l’éthologie à l’université, c’était les débuts de « l’équitation éthologique ». J’ai suivi ce mouvement dès le départ en participant à beaucoup de stages, souvent comme auditrice. Puis en 2008, j'ai débuté mon activité professionnelle de vulgarisation de la recherche équine. Mon but ? Partager les connaissances sur le comportement du cheval issues de la recherche.

Quelle est la ligne conductrice de vos livres ?

C’est la compréhension du cheval, de son comportement, comprendre qui il est comme espèce et comme individu, c’est-à-dire sa personnalité. Et à chaque fois, en me basant sur des travaux issus de recherches et de retours d’expérience du terrain par des amateurs et des professionnels. Certains regards m’intéressent, des gens proches de leurs animaux et capables de déceler des caractéristiques qui ne sont pas forcément étudiés par les scientifiques. Dans la recherche, il faut maitriser tous les facteurs et on cherche à dégager les tendances générales. Avec les anecdotes des gens du terrain, on peut découvrir des comportements rares ou subtils, si un propriétaire connaît très bien un cheval. On est alors plus dans l’empirisme. Ainsi, ma particularité, c’est de mélanger des connaissances issues de la recherche et d’autres d’anecdotes. Cela permet de nuancer le point de vue des uns et des autres. En fait je me situe entre le monde du cheval et celui de la recherche en éthologie équine. Et ce sont mes idées que je développe dans mes ouvrages.

Quel est le livre qui a eu le plus de succès ?

Le premier « Comportements et postures » qui a été vendu à plus de 10 000 exemplaires depuis sa parution en 2008. A l’origine il était chez Belin, désormais, il est chez Vigot où il a été réédité en juin 2019. Nous sommes aujourd’hui à 12 000 exemplaires.

En 2008, il y avait « Cheval qui es-tu ? »  de Michel-Antoine Leblanc et Marie-France Bouissou, mais qui été écrit de manière académique. J’ai proposé de vulgariser ces connaissances. Ainsi mon livre est plus accessible, plus didactique avec des résumés, des illustrations, des questions avec des QCM… Le succès de ce livre a correspondu avec le développement de « l’équitation éthologique ». C’est en fait la partie théorique des savoirs éthologiques.

En 2018, j’ai eu le Prix Pégase pour « Les chevaux nous parlent si on les écoute ».

Parlez-nous de votre nouveau livre « Apprendre à observer les chevaux ; Dans les pas des scientifiques » à paraître chez Delachaux et Niestlé. Quelle a été votre motivation ? Son angle ?

Il est dans la continuité de mon premier livre. « Comportements et postures », c’est la base, l’essentiel, avec ce nouveau livre je propose de transposer la méthodologie des scientifiques au terrain et montrer ce qu’elle apporte. La méthodologie utilisées par les chercheurs est la suivante : on pose une question, on cherche à y répondre en utilisant un protocole. En éthologie, on utilise un répertoire comportemental qui guide sur ce l’on doit observer. L’idée de ce livre, c’est de découvrir cette méthodologie, mais en s’amusant et d’une manière allégée. Ainsi, la durée d’observation est progressive en fonction de la patience de l’observateur. Puis ces données doivent être analysées et mises en forme. Ce livre est composé de fiches qui ont une logique de progression, mais qui peuvent aussi être abordées en fonction de ses centres d’intérêt.

Qu’est ce qui peut intéresser les cavaliers amateurs ? 

Pour les amateurs, ce livre peut répondre aux questions pour mieux connaître son cheval, ses habitudes, reconnaître ses signes de bien-être ou de mal être, évaluer la qualité de son environnement.

Et les professionnels ?

Cela peut répondre aux mêmes questions que pour les amateurs et également permettre d’animer des séances avec leurs cavaliers. Je pense que ce livre intéressera plutôt des enseignants ou des grooms pour comprendre les signes de bien-être. Mais également les éleveurs sur l’aspect des interactions sociales, pour qualifier les relations dans l’élevage, voir les choses et les expliciter. Apprendre à mieux gérer les groupes, poneys, poulinières. Eviter de briser des ententes qui fonctionnent bien.

Je pense que pour se prémunir des arguments des animalistes, il faut être capable de voir certaines choses du point de vue de l’animal. Et pour le dire, c’est avec les outils de l’éthologie scientifique, c’est-à-dire objectiver les ressentis. Aujourd’hui les professionnels sont de bons observateurs, mais ils ne sont pas toujours capables d’expliquer ce qu’ils voient. L’éthologie scientifique peut expliquer, quantifier et objectiver ce que l’on voit et permet de dire si un cheval est dans un état de bien-être ou non. S’approprier les moyens de la recherche, c’est objectiver ce qui était basé sur l’empirisme, c’est redonner une place de sachant aux professionnels en utilisant leurs ressentis. C’est le point de vue de l’animal qu’il faut défendre. Face aux animalistes, c’est important d’avoir des arguments scientifiques.

Quel est le lien entre votre travail et les sports équestres ?

Ce n’est pas forcément évident, mais à présent je parle d’un animal qui est support des sports équestres, du bien-être du cheval athlète. Les attaques des antispécistes se font sur l’utilisation du cheval. Mon travail, c’est de prendre l’observation comme un outil pour répondre aux interrogations de la société et devancer l’ampleur des critiques. Etre armé avec des arguments scientifiques face aux arguments des antispécistes. Les arguments des cavaliers ne sont pas recevables car ils se basent uniquement sur le registre émotionnel. Pour contrer les arguments des animalistes, il faut être analytique et critique pour être constructif. L’idée, ce n’est pas de pointer du doigt telle ou telle discipline. Il peut y avoir de la souffrance chez des chevaux de loisirs et des chevaux de sport qui vont bien. La porte de sortie, c’est de se poser des questions, d’être à l’écoute de l’animal, de ce qu’il perçoit, de son avis. Le quantifier par les outils de l’éthologie scientifique et de la médecine vétérinaire. A priori, l’observation est accessible à tout le monde car elle ne coûte rien.