Marine Oussédik : « J'aime saisir des instants de vie »
vendredi 27 août 2021

L'oxer - Marine Oussédik
Marine Oussédik est une artiste aux multiples talents : elle dessine aussi bien qu'elle sculte ou écrit © Coll.

L’artiste Marine Oussédik expose ses oeuvres équestres dans cinq sites d'ici la fin de l’année. Des chevaux à l'écurie, au travail, attelés, dans l'arène, en course, sur les terrains de concours… Ces chevaux d'encre, de papier, de toile, de porcelaine et de bronze dansent sur tous les supports. Elle vient également d'ouvrir sa galerie privée pour recevoir les amateurs d’art chez elle, dans l'Oise.

« Depuis l'âge de cinq ans je pense cheval. À l’école, j'ai noirci des cahiers de croquis pour me souvenir des leçons », se rappelle Marine Oussédik, pour qui cheval et art sont intimement liés. Ils fondent son mode de vie, elle qui habite avec Bruno, son compagnon, à la campagne au nord de l’Oise, dans une ferme picarde, avec trois chevaux qu'elle sort tous les jours. Comme elle a envie de partager ses émotions, elle vient d'aménager trois salles d'exposition où l'on découvre trente ans de création. « Cette galerie privée m'évite de dépendre exclusivement des galeries habituelles tout en échangeant avec les amateurs d’art, explique-t-elle. Ici, je peux exprimer ma vision des œuvres. » Elle présente ses chevaux de sport, galopeurs, trotteurs à la chasse, poneys de polo, équidés attelés pour la promenade ou pour le travail aux champs ou encore exécutant des exercices de haute école. Aucun n'est statique. Ils ont l'œil expressif, presque humain. Ses chevaux sont légers, élégants. Jamais stylisés, ils ont des proportions et une anatomie justes, avec des formes arrondies et généreuses.

Marine nous emmène dans un univers poétique, raffiné et chatoyant. Elle peint de mémoire, comme si l'animal était en elle. Sans oublier une pointe d'humour pour croquer les facéties des animaux entre eux. « Ces chevaux, faucons et lévriers ont de la joie et bien des tours dans leur sac. J’aime saisir ces instants de vie », précise l’artiste. Identifié au premier regard, le style Oussédik montre d'abord l'élan et l'allure de chevaux puissants à la belle croupe, mais l'œuvre est touffue ; il faut l'observer longtemps pour y découvrir des détails charmants, apprécier le raffinement des broderies des tapis, le harnachement luxueux. Le souci du réalisme va jusqu'au choix de supports, tel ce papier grège grainé évoquant le sable sous le pied des Arabes. 

Une artiste, de nombreux supports

Après avoir dessiné beaucoup de chevaux arabes, pour qui elle avoue avoir un faible, elle leur consacre un premier livre, Les chevaux du vent. Oiseaux sans ailes (Martelle Editions). Amaury de Louvencourt l'accueillera bientôt dans sa galerie à Paris, puis Yves Bienaimé à Chantilly. Elle exposera en Europe tout en alignant les livres pédagogiques. Elle a réalisé, seule ou en collaboration, une cinquantaine d'ouvrages, dont l'excellent Une histoire de l'équitation française (éditions Belin), avec Guillaume Henry. « J'ai travaillé d'arrache-pied pour être au niveau et aboutir à la meilleure vulgarisation possible, pour sortir un livre accessible qui renouvèle le sujet. La création doit être un échange », tient-elle à souligner. Après l'encre et les toiles, en 1996, elle attaque le bronze, qu'elle pratique toujours. « Je me sens peintre et sculpteur, deux techniques qui se nourrissent et sont imbriquées. L'idée de me renouveler m'amuse car l'art est une quête infinie, créer est toujours un bonheur. » Pour la manufacture de porcelaine de Gien, elle conçoit deux collections de vases et de plats sur les Arabes et les Lusitaniens, ses races favorites. Puis elle détourne les livres de référence des maîtres, représentant un cavalier de Saumur fouler en séance de haute école "les questions équestres" du Général L'Hotte. Sur une tête de cheval sculptée en papier mâché, ses muscles saillants soulignent des bribes de phrases de François Baucher. Cela signifie-t-il qu’un cavalier doit sans cesse remettre son expérience et ses connaissances en question ?

Marine apprécie les périodes de collaboration avec éditeurs, écrivains, galeristes. Elle privilégie les lieux d'exposition chargés d’histoire, qui font voyager l'esprit et amplifient l'émotion artistique, où elle peut accrocher des œuvres en harmonie avec l’élégance de l’endroit. Puis elle joue l’ermite à la maison pour produire et finalement, au bout d'un certain temps, l'œuvre apparait : « C'est comme achever une promenade à cheval en tenant les rênes longues ».

Visites dans la galerie privée sur rendez-vous uniquement. Pour prendre rendez-vous, discuter avec l'artiste et découvrir le catalogue : www.marine-oussedik.net

Expositions :
- Ecuries du château de Chaumont-en-Charolais (Saône-et-Loire), du 9 au 19 septembre.
- Pigeonnier du château de Montpoupon (Indre-et-Loire) jusqu'au 20 septembre. Expo-vente de dessins et d'encres sur la vénerie, scènes d'écurie, d'attelage et de haute école, amazones... L'occasion de visiter les trente salles (selles Hermès, trompes Périnet, collections de tableaux, de voitures anciennes et de figurines de plomb CBG).
- Musée de la fauconnerie à Alter do Chao (Portugal), jusqu'en septembre. Pour célébrer le Lusitanien (figures de dressage, tauromachie, travail avec les bovins...).
- Château-musée de Gien (Loiret), du 6 au 28 novembre. Chasse, histoire, nature, pour les 200 ans de la manufacture de porcelaine, avec les différentes étapes de la fabrication depuis les dessins préparatoires jusqu'à la cuisson. Deux collections : Arabes et Lusitaniens. 
- Porte de Versailles à Paris, du 10 au 12 décembre, pendant le championnat du monde du cheval arabe.