Monte en amazone : une équitation moderne et pédagogique ?
dimanche 07 février 2021

Monte en amazone
L'amazone a l’avantage de développer très rapidement l’assiette © DR/Hélène LG

Dimanche 24 janvier dernier se tenait la journée internationale du sport féminin qui dénonce le manque de médiatisation des sportives par rapport à leurs homologues masculins. L’occasion idéale de jeter un coup de projecteur sur une pratique historiquement féminine qui souffre de nombreux a priori : la monte en amazone.

Au Moyen Âge, les femmes montaient en amazone car il était plus aisé pour elles, encombrées de leurs jupons, de se jucher de côté sur leur monture, les deux jambes du même côté. Il était d’ailleurs jugé inconvenant pour une femme de monter avec les jambes écartées : une posture qui pouvait, selon les croyances de l’époque, altérer la fertilité. À ses débuts, cette monte se pratiquait sur une selle particulièrement instable qui ne permettait aux cavalières d’évoluer qu’au pas. La selle d’amazone a beaucoup évolué depuis, mais ce n’est qu’en 1836, qu’un ajout du Français Louis Pellier, permet enfin aux amazones d’accéder à une équitation de sport et de loisir en toute sécurité.

Monter en amazone : une équitation moderne

La monte en amazone pratiquée aujourd’hui est donc extrêmement moderne et n’a plus rien à voir avec son ancêtre du Moyen Âge. Les amazones pratiquent de nombreuses disciplines équestres : dressage, chasse, spectacle, loisir, équitation de travail. Elles participent même à des compétitions de complet, hunter ou CSO. On les retrouve cependant davantage en démonstration. 
Chaque année plusieurs concours sont réservés aux amazones : deux championnats de France encadrés par la Fédération Française d’Équitation mais aussi des épreuves spécifiques, mises en place par l’Association des Amazones de France. Ces épreuves comprennent trois catégories : historique, élégance et spectacle. Lors de ces épreuves, les cavalières revêtent des costumes d’amazones et sont jugées sur leur posture à cheval autant que sur le respect des traditions.

Une autre façon de monter

Stéphanie Fortin, présidente de l’Association des Amazones de France rappelle que la monte en amazone n’est pas une discipline mais une façon de monter, pas si différente de la monte classique. Contrairement à certaines croyances, les amazones ne montent pas « de travers », leur bassin et leurs épaules sont dans l’axe du cheval et les aides restent les mêmes qu’à califourchon. Une longue cravache, la houssine, remplace l’action de la jambe droite pour encadrer le cheval. Lors de compétitions fédérales, les amazones concourent donc sur les mêmes circuits que les cavaliers classiques. « Le record du monde en amazone est détenu par une anglaise, Susan Oakes, qui a sauté 2m07. Une bonne amazone fera un parcours comme les autres. C’est déjà arrivé que des amazones déroulent le Grand Prix », nous apprend-elle.
La monte en amazone comprend cependant quelques spécificités. Elle impose à la cavalière une certaine technique dans sa main droite qui doit pouvoir dissocier l’action sur la bouche du cheval de celle du stick. Les amazones utilisent davantage le poids du corps et moins de jambe. « Pour partir au galop par exemple, c’est surtout le poids du corps qui se déplace sur l’extérieur. Comme à califourchon, mais cela permet de mieux comprendre l’action du poids du corps. Pour améliorer sa compréhension de la monte classique, la monte en amazone est donc un bon outil », expose Stéphanie Fortin.

Plus qu’un symbole, un outil pédagogique

Débarrassée de ses injonctions morales, la monte en amazone ne se pratique plus du tout pour des questions de bienséance. « Au-delà du patrimoine historique, de son côté féminin et esthétique, les cavalières la pratiquent pour le contact avec le cheval et son aspect pédagogique », explique Stéphanie Fortin. À califourchon, il y a peu de points de contact avec le cheval. Alors qu’en amazone, tout le fessier et l’arrière des cuisses sont au contact. De fait, il est difficile pour les amazones de trotter enlevé. Elles travaillent donc assises aux trois allures. Ceci a l’avantage de développer très rapidement l’assiette chez des débutants et certains enseignants passent parfois leurs élèves en amazone lors de reprises de mise en selle.
La monte en amazone s’avère également utile pour débloquer certains chevaux plantés à l’obstacle. En amazone, la cavalière se place quelques vertèbres en arrière par rapport à la position à califourchon. Les points d’appui ne sont pas les mêmes et libèrent l’avant main, la cavalière ne précède pas le cheval. Certains chevaux peuvent ainsi être remis plus facilement à l’obstacle.

Vers une monte en amazone pour tous ?

Longtemps réservée aux femmes, la monte en amazone n’est plus exclusivement féminine. Certains hommes la pratiquent volontiers. « En public et en compétition, elle reste réservée aux femmes par convention. Mais maintenant il y a des hommes qui montent ainsi, soit parce qu’ils veulent apprendre pour enseigner, soit parce qu’ils aiment le contact avec le cheval », confie Stéphanie Fortin, qui regrette cependant que la monte en amazone soit délaissé des formations courantes. « C’est dommage que dans la formation des BEPJEP, il n’y ait pas un module de découverte obligatoire. C’est vraiment un outil pertinent. D’autant plus que la grande majorité des adhérents de la FFE sont des femmes », déplore la présidente des Amazones de France. Elle milite pour démocratiser cette pratique et la débarrasser des a priori. « Ce que je souhaiterais c’est que les enseignants, hommes comme femmes, se forment, donnent des cours et accueillent des amazones », conclut-elle.