80 ans de tradition à la manade Bilhau
dimanche 08 mars 2020

Manade Bilhau
Manade Bilhau © Florence Chevallier

Il y a des noms de famille dont la résonance nous est familière et puis informations prises, on s'aperçoit que ce nom, on l'a lu sur des plaques de rues, d'arènes ou entendu prononcé au cours de notables manifestations équestres. Celui de la famille Bilhau est de ceux-là dans la région gardoise et même au-delà. Portrait d'une famille et surtout d'un homme d'exception.

Emile Bilhau a été un précurseur dans bien des domaines. On lui doit notamment, le célèbre « toro piscine » repris par Guy Lux dans les jeux d'Intervilles avec les vachettes. La famille Bilhau a été la première manade à ouvrir son domaine au public à Saint Gilles (30) afin de faire découvrir la Camargue et ses traditions, ce que tient à faire perdurer Jean-Marie Bilhau. Certaines personnalités politiques (plusieurs présidents de la république) ainsi que du milieu artistique et littéraire Bernard Pivot ont vécu une journée camarguaise à la manade et d'autres sont attendues dès cet été.

« Le vrai manadier, ça a été Emile Bilhau, je n'ai fait que poursuivre à ma manière sans dénaturer quoi que ce soit des traditions afin que les gens viennent connaître nos coutumes », confiait Jean-Marie Bilhau avant d'insister « c'est un métier où, il ne faut pas dénaturer les traditions ». Cependant, il a bien conscience que ces traditions camarguaises peuvent être fragilisées et qu'il est aujourd'hui important de rester vigilant pour réussir à les faire perdurer.

Cette journée afin de mettre la manade à l'honneur en fêtant ses 80 ans est surtout un hommage à un père précurseur que son fils lui-même manadier tient à saluer et pour lequel celui-ci a créé un musée retraçant quelques moments marquants de sa vie. Car, Emile Bilhau qui avait débuté dans le milieu « camarguais » comme gardian amateur auprès du marquis de Baroncelli avait effectué son service militaire dans la cavalerie au cours duquel « il avait dressé de nombreux chevaux réputés difficiles ». Celui-ci avait des rêves et des envies dans cette région où il a décidé de s'installer en achetant en 1940 un domaine. « Mon père a tout réalisé par plaisir », précise sans préambule Jean Marie Bilhau. Il était de ces hommes au tempérament affirmé avec une énergie assez exceptionnelle. « Il faisait une abrivado aux Saintes Maries de la Mer pour ensuite  participer aux jeux de gardians à Nîmes et puis il rentrait avec le même cheval au domaine D'Estagel à Saint Gilles ».

C'est d'ailleurs ainsi qu'il a pu voir dans les arènes de Nîmes entre autres, les fameux spectacles de Buffalo Bill ou même des artistes mexicains dans les années 1935 qui ont été la source de son inspiration pour ensuite lui-même devenir cascadeur. « Mon père s'est imprégné de toutes ces cultures et de plus, il avait établi un record jamais égalé en détenant le premier titre du prestigieux « Biou d'Or » en 1954 obtenu avec 6 taureaux, aujourd'hui le titre est décerné au manadier de l'année avec un seul taureau ». Il aimait les animaux après l'achat mais oui, de moutons en Camargue ce n'est pas banal. Il a plus classiquement acheté des chevaux et bien sûr des taureaux. Un, en particulier a marqué les esprits et les mémoires, le fameux « Domino » ; « il le commandait à la voix dans les arènes lors des très attendus jeux du toro piscine ; ou en tout cas c'est le sentiment que le public ressentait » se remémore Jean-Marie Bilhau. Et puis dans les arènes, on se souvient également d'Emile Bilhau pour sa dextérité à cheval car il a été le premier à proposer des démonstrations de saut de cheval à cheval à cru lancé au grand galop, notamment dans les arènes nîmoises. Et puis, on retiendra également de lui, ses participations à des tournages de films en tant que cascadeur dans la région où il a même eu de petits rôles par exemple dans le film « Vendetta en Camargue ». La vie dense d'Emile Bilhau a même été relaté par le manadier lui même dans un livre qu'il a écrit vers l'âge de 85 ans (il est décédé à 90 ans) au nom évocateur d'« Une vie pour la Camargue ». 

Quant à Jean-Marie Bilhau, il a lui aussi plusieurs hauts faits à son actif « j'ai eu le privilège de porter la flamme olympique en 1968 lors de jeux de Grenoble ». Et autre moment fort qui restera, très certainement, un événement qui ne sera plus jamais renouvelé, un lâcher de 100 taureaux cornes nues de nuit dans les rues de Nîmes qui à l'époque n'étaient pas fermées par des barrières, menés avec son ami Pierre Aubanel et un grand nombre de cavaliers. 

C'est toujours dans l'idée de faire vivre les traditions à 70 ans qu'il a, avec sa fille Magali et ses gendres, organisé une journée d'hommage à la manade et à son père en offrant au public gratuitement cinq abrivados pour ses 80 ans d'existence. Et c'est non sans une certaine fierté que celui-ci souligne « j'ai lu beaucoup de livres sur les traditions mais laquelle permet de voir 70 chevaux, 40 taureaux,15 camions et 70 cavaliers mener des abrivados où le public participe gratuitement ». Il souhaite, à l'égal d'autres manadiers, que la tradition des courses qui ont débuté en 1801 en l'honneur du Comte de Provence se poursuivent. « Il faut que les organisateurs de courses, les raseteurs soient vigilants et comprennent que l'on ne va pas passer à travers certaines lois ». Mais renchérit « jamais personne ne pourra éteindre ces traditions de courses camarguaises avec de beaux taureaux bien sélectionnés ».