Christophe Leservoisier « l’héritier » de Cheval d’aventure
mercredi 11 mars 2020

Christophe Leservoisier en Mongolie.
Christophe Leservoisier en Mongolie. © Cheval d’aventure

Dans deux ans, Cheval d’aventure fêtera ses cinquante ans d’existence. Son dirigeant actuel Christophe Leservoisier fait perdurer l’esprit d’Anne Mariage en utilisant les outils modernes. Rencontre avec un passionné d’aventures équestres et humaines.

Christophe Leservoisier vous avez repris Cheval d’aventure en janvier 2005. Quel a été le challenge à l’époque ?

Le challenge était énorme, mais nous avons commencé sous de bons auspices avec Anne Mariage qui m’a proposé de faire l’ouverture d’une randonnée dans le désert de l’Atacama au Chili en novembre 2004. Je l’ai compris comme une chance de réussite.

En mars 2004, alors que j’avais déjà une activité dans le voyage avec Atalante, Continents insolites et Terra incognita, j’ai reçu un mail d’Anne Mariage, la fondatrice de Cheval d’aventure me demandant si je pouvais reprendre Cheval d’aventure. Elle savait que j’étais cavalier et engagé dans le tourisme responsable. Je lui ai répondu que j’étais intéressé et après quelques péripéties, nous nous sommes entendus et j’ai repris les rênes de Cheval d’aventure grâce à une transmission active.

La philosophie de Cheval d’aventure, c’est Anne Mariage qui l’a impulsée. Elle préparait le voyage d’une manière globale avec une approche de l’histoire et de la géographie, tout cela dans des conditions très simples, en voyageant en autonomie et en rencontrant les locaux. Je partageais les mêmes valeurs qu’elle, le même type de voyage, dormir en brousse… Elle m’a accompagné pendant six mois. Elle était disponible. Elle est décédée le 4 août 2018 à 76 ans.

Lorsque nous avons repris Cheval d’aventure, il y avait douze cavaliers historiques qui avaient l’habitude de voyager avec Anne Mariage. Et lorsque nous avons changé le logo, on en a entendu parler pendant cinq ans.

Le challenge était énorme car je devenais le nouveau chef de tribu et je devais faire évoluer la programmation des randonnées pour faire face à la concurrence. Nous avons mis en place un nouveau site internet et mis en places des outils informatiques efficaces.

Puis en 2012, comme je n’étais plus d’accord avec les actionnaires de l’ensemble des structures, j'ai décidé de partir avec Cheval d’aventure.

Comment a évolué la clientèle de Cheval d’aventure ?

A l’époque historique de Cheval d’aventure, il y avait beaucoup d’expéditions et rien en France. La clientèle a évolué avec l’évolution de notre offre. Aujourd’hui, nous sommes une plateforme où des êtres humains sélectionnent des prestataires en fonction de trois critères : une belle cavalerie et un harnachement de qualité ; des guides très bon techniquement qui offrent une pratique sécuritaire et transmettent des connaissances sur l’environnement ; et la capacité de ce guide à organiser une bonne logistique. En résumé, une randonnée de qualité dans un beau lieu.

Nous utilisons beaucoup internet et notre blog pour raconter des histoires. Nous avons aussi une offre plus large de 7 à 77 ans. Depuis trois ans, nous avons des offres pour les enfants et les juniors.

Nous avons plus de mal dans les grosses expéditions, les grandes traversées. Ce n’est pas une question de prix mais de confort. On le voit même dans la randonnée à pied, la quête du confort est assez importante. Mais, j’ai le sentiment que l’immersion va prendre plus de place, car les gens ont besoin de moments de rupture avec leur quotidien. Dans deux ans, nous fêterons les 50 ans de Cheval d’aventure. Aujourd’hui, je me sens comme l’héritier d’Anne Mariage.

Quelles difficultés rencontrez-vous pour tenir face à la concurrence ?

La concurrence est très large, car nos prestataires vendent aussi en direct, mais au même prix que nous. Pour conserver la fidélité de nos cavaliers nous misons principalement sur la qualité et la rapidité du conseil.

Quels sont les points forts de Cheval d’aventure ?

Notre différence, c’est d’être une marque pionnière qui reste la fierté de l’équipe. Nous sommes curieux, à la recherche de nouvelles expériences. Depuis plus de 30 ans d’expérience dans l’univers du voyage, on peut piocher ailleurs que dans l’univers du cheval. Nous avons une expérience géographique forte. Nous savons de quoi nous parlons. C’est une approche d’équipe. Notre plus, c’est du conseil de qualité.

Comment une agence spécialisée dans le voyage à cheval peut faire perdurer son modèle ?

Je n’en sais rien, mais nous continuons à croitre. Nous continuons à améliorer ce que l’on fait. Nous avons un nouveau site illustré avec des photos de qualité. En fait, à côté de Cheval d’aventure, nous avons aussi Equus Journey en Grande-Bretagne. La promotion est très importante. Il faut être innovant. Aujourd’hui notre marque doit être rassurante, car les personnes qui y travaillent sont compétentes et nos outils très efficaces. Il faut du service. On répond vite et bien. Nous sommes très attentif au bon choix et nous avons la réputation d’envoyer de bons cavaliers. Nos clients sont de bon niveau technique.

Face aux crises dans différents pays. Est ce qu’il y a une carte à jouer à vendre des produits en France ?

Nous vendons déjà des produits en France depuis 2009-2010. Le monde est vaste, mais je dirais qu’il y a du sens à vendre des produits en Europe. Sur 400 offres nous en avons 91 en France et 107 en Europe (hors France).

Nos plus belles offres sont les safaris. Au Botswana nous avons 52 départs par an. Il y a aussi la Tanzanie. J’y suis allé début février pour assister à la grande migration des gnous. J’ai failli y resté tellement j’étais bien.

Nous sommes aussi membre de ATER, Agir pour un tourisme responsable et du SETO, un syndicat des tours-operateurs, qui travaille sur tous les aspects sanitaires comme le corona virus et en étroite collaboration avec le ministère des affaires étrangères qui met à jour les cartes des pays suivant leurs caractéristiques en terme de sécurité. Concernant le corona virus, nous ne passons plus par Pékin pour aller en Mongolie, mais par Moscou.

Mais, s’il y a des modifications de comportements, nous sommes prêts à proposer des destinations en France et en Europe. Mais, en 2019, nous avons constaté que la France et l’Europe ont baissé. Nos destinations les plus vendues sont tous les pays de safari, l’Islande, les Etats-Unis, la Mongolie, le Botswana. Nos clients veulent de l’apprentissage, une approche d’une race de chevaux et une expérience.

J’adore partir et être avec des cavaliers internationaux et d’âges variés. Nous avons en commun le cheval, le cheval est très rassembleur. Une fois à cheval nous sommes tous des cavaliers et le reste n’a plus d’importance.