Emeline Parmentier : « Quand on est à côté d’un cheval, on oublie tous nos maux »
vendredi 24 septembre 2021

Emeline et son poney Dalton
Emeline et son poney Dalton © Coll. privée

Cavalière handisport depuis un accident en 2019, Emeline Parmentier se lance à présent un nouveau défi, parcourir plus de 200 kilomètres à cheval en Jordanie. Pour L’Eperon, la cavalière revient sur son accident, sur ses débuts à cheval et nous livre avec émotion comment l’équitation l’a aidée dans sa convalescence.

Victime d’un accident de la route il y a trois ans, vous avez subi une amputation des deux jambes à la suite de cette collision, qu’avez-vous ressenti lors de cette annonce ?

J'ai eu mon accident en février 2019, et j’ai été directement amputée de mes deux jambes, il n’a jamais été question de m’en sauver une, je pense que c’est important de le préciser. J’étais passagère du véhicule et mon compagnon conduisait, un autre véhicule a déboulé sur notre droite et à percuté notre voiture. J’ai été éjectée du véhicule et je me suis réveillée à l'hôpital. À l’époque j’étais aide soignante, je travaillais dans le paramédical, ma première pensée lorsque j’ai appris que je n’avais plus de jambes était "Comment vais-je faire pour travailler ?". Ne plus pouvoir faire le métier que j’avais appris a été le plus douloureux pour moi. La question de remonter à cheval est venue se poser quelques semaines après. Je me suis posée beaucoup de questions, et j’ai cherché à avoir des réponses, alors je me suis rapprochée d’athlètes handisports. Je me suis remise sur le dos d’un cheval seulement un an après mon accident.

Comment se reconditionne-t-on à remonter à cheval lorsque tout notre être est bousculé ?

Remonter à cheval n’était pas vraiment la question, car je savais que j’allais remonter, mais je me demandais plutôt comment. Je ne pouvais pas me résigner, je n’y ai même pas songé un instant, c'était une évidence, je devais remonter à cheval malgré l'avis défavorable des médecins. Dans ma rééducation, l’équitation a été une réelle source d’inspiration, car je voulais pouvoir remarcher pour aller voir mes chevaux. Lorsque je suis enfin remontée à cheval, l’émotion était immense. Et finalement, on se rend compte très rapidement que l'assiette et le maintien ne changent pas tant que ça. Par contre, l’équilibre lui, n’est plus le même, car je n’ai plus mes jambes pour maintenir mon haut de corps. L'absence de jambes modifie complètement mon équilibre. J’ai dû énormément travailler mon équilibre. Je retiendrai toujours dans ma tête le moment où je suis remontée à cheval, c’est un peu comme la première fois ou j’ai remarché, c’est indescriptible.

Quelle relation entretenez-vous aujourd’hui avec vos chevaux ?

Avant mon accident, j’avais un petit cheval et un poney. J’ai malheureusement dû placer mon cheval, car il était beaucoup trop nerveux et ce n’était pas possible de continuer ensemble, car ce cheval était émotionnellement instable. Je suis donc remontée sur mon poney, qui lui est bien plus droit. Même si c’est une "petite crasse" de poney comme je le dis souvent, j’avais la sensation qu’il était très à l’écoute, et qu’il comprenait les choses. Pendant les premiers mois où je suis remontée sur son dos, j’avais l’impression qu’il faisait très attention à ne pas me brusquer, car il ne faisait pas ses bêtises habituelles. Mais aujourd’hui, quand il n’a pas envie de faire quelque chose, il ne le fait pas. Il s’est certainement rendu compte que je n’étais pas si différente, puisque mon équilibre est revenu et que je prend les choses en main. Il est redevenu le poney que je connaissais avant, pour mon plus grand plaisir. 

Qui sont les personnes qui vous ont accompagnée dans votre remise à cheval ?

Je dois beaucoup de choses à ma meilleure amie, c’est elle qui m’a remise à cheval et avec qui j’ai trouvée des solutions pour remonter. Nous avons tout fait ensemble et elle m’a beaucoup soutenue et aidée. Évidemment, en plus du soutien de mon entourage, j’ai voulu me rapprocher de professionnels travaillant avec des personnes en situation de handicap. J’ai rencontrée un cavalier belge, qui m’a apporté beaucoup de conseils et d’aide. Étant un cavalier de para-obstacle, il n’a pas eu beaucoup de mal à me mettre à cheval. Cependant, je n’ai pas trouvé un seul enseignant capable de dire qu’ils avaient l’habitude d'enseigner le handisport et de m'accompagner dans ce nouveau défi. Mais ils ont tous cherché une petite corde à rajouter à l’arc, afin de m’aider au mieux. 

Quel impact les chevaux ont-ils eu dans votre convalescence ?

Les chevaux m’ont aidée à tenir le coup. C’était une source de motivation puisque je voulais continuer à aller voir mes chevaux. Mais je dirais avant tout que l’équitation m’a accompagnée dans un premier temps côté psychologique. Après mon accident, j’avais besoin de me recentrer sur les choses simples que j’aimais, sur les bases que j’avais construites, et mes chevaux m’ont tout donné. Vous savez, quand on est à côté d’un cheval on oublie tous nos maux de la journée. 

Aujourd'hui quels sont vos objectifs, presque trois ans après votre accident ?

Aujourd’hui, dans ma relation avec les chevaux, je ne souhaite pas mettre la barre trop haute. Si je me mets un objectif et que je ne l'atteint pas, là c’est un désastre pour mon équilibre personnel. À chaque objectif atteint, j’en vise un autre, et c’est comme ça que j’arrive à avancer. Depuis toute petite, je grandis entourée de chevaux, mes parents en avaient à la maison et faisaient de la randonnée. J’ai toujours été à l'extérieur, avec des choses très simples, je n’ai jamais été devant les écrans à regarder les compétitions. J’ai vraiment profité des chevaux dans la nature, et aujourd’hui j’en profite encore plus, car ces choses si simples m’aident à tenir. Je me lance désormais le défi de partir pour un raid équestre en Jordanie de plus de 200 kilomètres, avec les Gallops of Jordan, ou je vais monter un cheval que je ne connais pas encore. J’ai hâte de vivre cette aventure équestre et humaine pour me permettre de vivre pleinement mes émotions à cheval.