Mandy Lerouge : rencontre musicale avec les gauchos d’Argentine
jeudi 17 décembre 2020

Mandy Lerouge
Mandy Lerouge © Angie Solanet

La Madrugada, c’est le terme espagnol qui désigne l’aurore. C’est aussi le nom du premier album de Mandy Lerouge. Sa musique, inspirée de la Pampa, fait voyager au cœur des étendues sauvages d’Argentine. Au rythme des percussions, l’artiste nous emmène à la rencontre des gauchos, cow-boys argentins, et de leurs chevaux criollos. 

Cet album rassemble des chansons issues du nord de l’Argentine, chantées par Mandy Lerouge. L’artiste ne possède aucune origine argentine et témoigne d’une expérience musicale héritée du jazz et de la soul. Elle a donc collaboré avec le pianiste argentin Lalo Zanelli afin d’arranger ces musiques argentines à son image. En résulte un album métissé, où le piano fait revivre les textes empreints de nature des gauchos. « Ce qui m’a beaucoup touché dans ces musiques, c’est la manière de parler avec poésie de choses très simples du quotidien » explique l’artiste.

Rendez-vous chez les gauchos et leurs criollos

Son inspiration, Mandy Lerouge la puise de ses voyages dans le Nord de l’Argentine où elle a pu rassembler le bétail à dos de cheval aux côtés des gauchos. Au cours de ces voyages, elle découvre un rapport différent au cheval, central dans la culture et le quotidien des gauchos.

Le gaucho, figure solitaire, passe ses journées dans les grands espaces avec ses troupeaux, toujours accompagné de son cheval pour qui il porte un immense respect. Compagnon privilégié, il reste cependant un collègue de travail. Aussi, la relation qu’entretiennent les gauchos avec leurs chevaux apparaît beaucoup moins affectueuse que la nôtre. Une chose qu’a très rapidement noté Mandy Lerouge : « J’adore prendre mon cheval dans mes bras, lui faire des bisous, des câlins… mais eux ça les faisait plutôt rire. »

Proches de l’homme, les chevaux évoluent en liberté autour de l’estancia, faisant ainsi entièrement partie de la vie des gauchos. S’ils ne recherchent pas l’affection des humains, les criollos n’en sont pas pour autant craintifs. La chanteuse qui a eu la chance de les monter, les décrit comme des chevaux extrêmement fiables et calmes, froids, mais parfaitement réactifs face au bétail.

Le cheval, la musique et ce qui les lie

« Si j’en suis arrivée à chanter ces chansons, c’est grâce aux chevaux » confie Mandy Lerouge. La chanteuse a grandi dans les Hautes-Alpes, où elle montait régulièrement à cheval, en club. Elle y pratiquait notamment la monte en extérieur. Partir à la rencontre des gauchos et de leurs chevaux criollos représentait pour elle un rêve d’adolescente. C’est au cours de son premier voyage en Argentine qu’elle rencontre ces rythmes dont elle tombe amoureuse. 

Ces musiques du Nord de l’Argentine mettent d’ailleurs souvent le cheval à l’honneur. Le rythme de la chacarera, par exemple, se joue avec un tambour appelé le bombo. Celui-ci a la particularité de reproduire le son du galop d’un cheval.

Aujourd’hui, Mandy Lerouge vit à Marseille et continue de rechercher dans sa pratique de l’équitation un lien avec la nature, en même temps qu’une relation simple à l’animal. « Ce qui me plaît le plus, c’est d’être avec le cheval, passer du temps avec lui et tisser une relation complice » témoigne la chanteuse. Une relation qu’elle entretient notamment grâce au chant. En effet, son premier public était un cheval : sa jument préférée, Gipsy, à qui la graine d’artiste chantait des chansons. « Quand je chantais, je voyais son encolure s’abaisser et elle soupirait de décontraction », se souvient Mandy Lerouge. 

La Madrugada : un album métissé

Mandy Lerouge a souhaité que son premier album soit à son image. Une identité que l’on découvre sur la pochette de l’album elle-même. La photo a été prise à Rustrel, dans le Colorado Provençal. La terre rouge de cette région n’est pas sans rappeler les couleurs des paysages argentins. Mais elle évoque également le pays d’origine de la chanteuse, Madagascar. 

Montée à cru sur un cheval camarguais prénommé Aramis, Mandy Lerouge porte fièrement le chapeau traditionnel des gauchos, qu’elle a rapporté de son voyage. Sa jupe bleue, inspirée de celles portées par les femmes gauchos pour danser, flotte sur les flancs de son cheval, ajustée à la taille par à une ceinture aux motifs camarguais. 

Pourquoi ce clin d’œil à la Camargue ? Parce que Mandy Lerouge a trouvé dans la culture camarguaise une relation au cheval qui lui correspond : simple et naturelle. Depuis quelques temps, la chanteuse se rapproche donc des traditions camarguaises. Une culture qui n’est pas sans rappeler celles des gauchos d’Argentine. Un joli mélange de cultures, donc, qui représente à merveille l’identité de Mandy Lerouge, ses inspirations et ses chansons.