Pas d'édition 2021 pour Camagri...
mercredi 10 février 2021

Camagri
Déjà mis à rude épreuve à cause de la crise sanitaire, les éleveurs de chevaux Camargue n'auront en plus pas l'occasion de se retrouver et d'échanger avec leur public lors de l'évènement Camagri en 2021. © Florence Chevallier

Camagri, l'événement annuel du cheval Camargue en ses terres au Mas de la Cure aux Saintes Maries de la mer (13) à la mi-février, a été annulé. Seuls quelques concours seront reportés en septembre 2021. En effet, « les conditions d'organisation du salon ne permettent pas de le repousser », explique Thierry Trazic, président de l'AECRC (association des éleveurs de chevaux de race Camargue).

Beaucoup d'amoureux d'événements en Camargue ont regretté une énième manifestation annulée. Pour le président de l'AECRC, Camagri demeure « Le RDV » incontournable dans l'agenda des professionnels du cheval Camargue. « C'est un moment festif, où tout le monde se réunit. Le moment fort du cheval Camargue dans l'année ». Et d'ajouter : « les gens sont forcément un peu triste de ne pas pouvoir se retrouver pour l'édition de 2021 ». C'est une nouvelle déception dans une période dès plus morose et difficile pour toutes les activités de la filière.

« On ne pouvait pas engager des frais et un surplus de travail pour tous les organisateurs et participants et perdre notre temps », ajoute Thierry Trazic. Camagri est un salon dont le prix d'entrée symbolique de 2 euros affiche la démarche de leurs organisateurs. Ils l'envisagent comme une vitrine du Camargue pas seulement à l'échelle régionale mais aussi niveau national et international. D'ailleurs, l'absence du salon va pénaliser les ventes de chevaux. « Les acheteurs qui attendaient Camagri pour choisir leur cheval -car ils peuvent le voir évoluer dans les carrières et lors des concours- ne viendront pas », déplore le président.

Le salon se déroule habituellement sur trois jours. En septembre 2021, deux journées permettront de finaliser les concours de qualification de la race, reportées donc de février à la fin de l'été. «Il s'agit des concours de qualification des femelles et des mâles. Les concours de tri de bétail et de parcours de pays seront eux annulés ». Les résultats des épreuves de présélections de tri qui ont eu lieu en octobre 2020 « seront conservés, à moins que des binômes n'existent plus ». Finaliser ces épreuves en Septembre va permettre à l'association de « créer malgré tout un événement », car 2021 sera une année blanche avec peu de perspectives d'ici au moins deux ans. « Pour nous dans la production et dans l'élevage, le contexte actuel est très problématique » assure Thierry Trazic. La filière a conscience que les acheteurs potentiels auront du mal à acquérir des chevaux. « On ne sait pas où on va c'est très compliqué. Heureusement que nous sommes soutenus par Nîmes métropole depuis 3-4 ans dans notre organisation ».

La Camargue et ses traditions en péril

Le succès de Camagri est grandement lié à la période choisie .« On ne peut pas déplacer la date du salon. Les éleveurs et autres participants du milieu sont disponibles durant cette période hivernale et on a pu également constater que les visiteurs venaient plus nombreux en hiver » , indique Thierry Trazic. 

En effet, habituellement, dès le printemps et en été, le rythme change et l'heure est à l'accueil du public dans les manades et la participation de ces dernières à des fêtes de traditions roussataïos ou courses camarguaises. Cependant, les 120 manades qui élèvent chevaux et taureaux se retrouvent aujourd'hui dans une situation catastrophique. Deux millions d'euros ont été distribuées à la filière (1 million respectivement par les régions d'Occitanie et de PACA), ce qui a représenté une « bulle d'air de 7500 euros par manade au cours de mois de mars, avril et mai 2020 mais depuis plus de 10 mois, nous n'avons plus de revenus », alerte Bérenger Aubanel vice-président de la fédération des manadiers. 

Les manades sont classifiées comme exerçant uniquement une activité d'élevage et non pas comme des lieux recevant du public, ils ne perçoivent donc pas certaines aides de l'état. « Les spectacles de tradition ne sont pas considérés comme ouverts au public au niveau du ministère des finances », explique Bérenger Aubanel. 

Certaines communes en région Occitanie ont tenu à maintenir leurs animations au cours de l'été 2020 et d'autres ont même réglé les prestations qui n'ont pas eu lieu en soutien aux manadiers. Une aide précieuse explique Thierry Trazic car de plus, « on n'a pas beaucoup d'aides car nous sommes en dehors de la filière agricole ».